elections

 

  • MYANMAR : « Les partis d'opposition se plaignent que le corps électoral censure leur discours »

    Cape DiamondCIVICUS s'entretient avec le journaliste lauréat Cape Diamond (Pyae Sone Win) au sujet des prochaines élections au Myanmar. Cape est un journaliste multimédia basé au Myanmar qui s’intéresse au domaine des droits humains, des crises et des conflits. Il travaille actuellement de manière indépendante pour l'Associated Press (AP). Il a assuré une couverture critique de la crise des réfugiés rohingyas et a travaillé avec de nombreux médias internationaux, dont Al Jazeera, ABC News et CBS. Il a également contribué au documentaire lauréat du BAFTA,Myanmar’s Killing Fields, et au filmThe Rohingya Exodus, médaillé d'or au Festival du film de New York.

    Prévues pour le 8 novembre 2020, ces élections seront les premières depuis 2015, date à laquelle elles ont abouti à une victoire écrasante de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), et ne seront que les deuxièmes élections compétitives depuis 1990, date à laquelle la victoire écrasante de la LND a été annulée par l’armée.

    Quel est l'état des libertés civiles et de la société civile à l'approche des élections ?

    La situation de la liberté d'expression est très préoccupante. Au fil des années, des journalistes et des militants des droits de l'homme au Myanmar ont fait l'objet d'accusations pénales en raison de leur travail. Des lois restrictives, telles que la loi sur les télécommunications, la loi sur les associations illicites, la loi sur les secrets officiels et les dispositions du code pénal relatives à la diffamation, continuent d'être utilisées pour poursuivre les militants et les journalistes. La loi sur les défilés et rassemblements pacifiques a également été utilisée contre les manifestants.

    De nombreux partis politiques se sont plaints du fait que la Commission électorale de l'Union (CEU), l'organe électoral, a censuré des messages devant être diffusés à la télévision nationale avant les élections. Par exemple, Ko Ko Gyi, président du parti populaire, a déclaré que les changements apportés par la CEU dans son discours de campagne l'empêchaient d'exprimer pleinement la position politique de son parti sur les élections. Deux partis, le Parti démocratique pour une nouvelle société et la Force démocratique nationale, ont annulé leurs émissions électorales pour protester contre la censure.

    En même temps, les adversaires disent que le corps électoral est biaisé en faveur du parti au pouvoir, la LND, dirigé par Aung San Suu Kyi. C'est une question à laquelle nous devons être attentifs et dont nous devons parler afin de garantir des élections crédibles.

    Le corps électoral s’est-il rapproché de la société civile ?

    J'ai entendu dire que l'actuel CEU n'a pas cherché activement à établir un lien avec la société civile. Le CEU a d'abord interdit à l'Alliance du peuple pour des élections crédibles (APEC), l'un des plus grands groupes de surveillance des élections du pays, de surveiller les élections. La CEU a accusé l'APEC de ne pas être enregistrée en vertu de la loi régissant les organisations de la société civile et de recevoir des fonds de sources internationales. Bien que la CEU l'ait finalement autorisée à fonctionner, l'organisation éprouve des difficultés à le faire en raison des restrictions récemment imposées à cause de la COVID-19.

    Quelles sont les principales questions autour desquelles la campagne s'articulera ?

    La pandémie de la COVID-19 et la guerre civile en cours dans le pays sont nos principaux problèmes pour le moment. Il est très clair que le parti au pouvoir et le gouvernement ne prêtent pas suffisamment attention à la situation des minorités dans les régions qui souffrent de la guerre civile.

    Il est inquiétant que le pays traverse une pandémie, dont je pense qu'il n'a pas la capacité suffisante pour y faire face. Au 29 septembre 2020, nous avons eu un total de 11 000 cas signalés et 284 décès dus à la COVID-19. L'augmentation des infections au cours des dernières semaines est inquiétante, puisque nous n'avions eu qu'environ 400 cas confirmés en août. Je crains que la situation ne permette aux gens d'aller voter aux élections en toute sécurité.

    Plus de 20 partis politiques ont envoyé des demandes au corps électoral pour reporter les élections en raison de la pandémie, mais celles-ci ont été rejetées. Le parti au pouvoir n'est pas prêt à reporter les élections.

    Est-il possible de développer une campagne « normale » dans ce contexte ?

    Je ne pense pas qu'il soit possible d'avoir des rassemblements de campagne normaux comme ceux des dernières élections, celles de 2015, car nous sommes en pleine pandémie. Le gouvernement a pris plusieurs mesures pour lutter contre la propagation de la maladie, notamment l'interdiction de se réunir. Les partis politiques ne peuvent pas faire campagne dans des zones qui sont en situation de semi-confinement.

    Les grandes villes, telles que Yangon et sa région métropolitaine, ainsi que certaines municipalités de Mandalay, sont en semi-confinement, dans le cadre d'un programme que le gouvernement a appelé « Restez à la maison ». Au même temps, l'ensemble de l'État de Rakhine, qui connaît une guerre civile, est également en semi-confinement. J'ai bien peur que les habitants de la zone de guerre civile ne puissent pas aller voter.

    Pour s'adresser à leur public, les candidats utilisent à la fois les réseaux sociaux et les médias traditionnels. Toutefois, comme je l'ai déjà souligné, certains partis de l'opposition ont été censurés par la CSU. Certains membres de l'opposition ont dénoncé le traitement inéquitable de la CEU et du gouvernement, tandis que le parti au pouvoir utilise son pouvoir pour accroître sa popularité. Cela va clairement nuire aux chances électorales de l'opposition.

    Quels sont les défis spécifiques auxquels sont confrontés les candidats dans l'État de Rakhine ?

    Étant donné que tout l'État de Rakhine est soumis à des restrictions en raison de la COVID-19, les candidats ne peuvent pas faire campagne personnellement. C'est pourquoi ils font généralement campagne sur les réseaux sociaux. En même temps, dans de nombreuses municipalités de l'État de Rakhine, une coupure du service Internet a été imposée de façon prolongée en raison des combats continus entre l'armée arakanienne et les forces militaires. Je crains que les gens là-bas ne puissent pas obtenir suffisamment d'informations sur les élections.

    Le gouvernement du Myanmar utilise également la loi discriminatoire de 1982 sur la citoyenneté et la loi électorale pour priver les Rohingyas de leurs droits et les empêcher de se présenter aux élections. Les autorités électorales ont empêché le leader du Parti de la démocratie et des droits humains (PDDH) dirigé par les Rohingyas, Kyaw Min, de se présenter aux élections. Kyaw Min a été disqualifié avec deux autres candidats du PDDH parce que ses parents n'auraient pas été citoyens, comme l'exige la loi électorale. C'est l'un des nombreux outils utilisés pour opprimer le peuple Rohingya.

    En octobre, la CEU a lancé une application pour smartphone qui a été critiquée pour l'utilisation d'un label dérogatoire en référence aux musulmans rohingyas. L'application mVoter2020, qui vise à sensibiliser les électeurs, désigne au moins deux candidats de l'ethnie rohingya comme des « Bengalis », ce qui laisse entendre qu'ils sont des immigrants du Bangladesh, même si la plupart des Rohingyas vivent au Myanmar depuis des générations. Ce label est rejeté par de nombreux Rohingyas. De plus, aucun des plus d'un million de réfugiés Rohingyas au Bangladesh, ni des centaines de milliers de personnes dispersées dans d'autres pays, ne pourra voter.

    L'espace civique au Myanmar est décrit comme « répressif » par leCIVICUS Monitor.
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  • Myanmar elections show the regression of civic space over the last five years

    By Lisa Majumdar, Advocacy Officer, CIVICUS

    Amidst a flurry of high-profile elections this week, it will be Myanmar’s turn to go to the polls on 8 November. Nearly 100 political parties are contesting the country’s general election, with the upper and lower houses of the national, state and regional governments all to play for.

    This will be the second election in Myanmar since the end of military rule in 2011. But the contrast between the two could hardly be starker. While the 2015 elections saw a landslide victory for Aung San Suu Kyi’s National League for Democracy (NLD) amid a groundswell of hope for democratic progress and human rights change, the upcoming election will take place in an environment of ongoing serious human rights violations, escalating attacks on democratic freedoms and discriminatory policies.

    Unfree and unfair

    The conditions for free and fair elections depend on an open civic space, where voters have access to information, can enjoy freedom of expression and opinion, and are able to organize and gather. Countries that purport to be democracies have a responsibility to ensure that these conditions are met, so that people can truly have a say in their own governance.

    But in Myanmar, these conditions are in short supply.

    As the CIVICUS Monitor has documented, there has been a sustained attack on civic space in the country over the last few years. Human rights defenders, journalists and critics have been criminalized and attacked for speaking up about human rights violations. A raft of old draconian laws are deployed by the government and military to silence dissent. 

    This already has created an unhealthy environment for elections. However, in the run-up to the election, authorities have compounded this by actively targeting electoral processes. 

    For example, Myanmar’s Union Election Commission (UEC), which has been accused by human rights groups of making critical decisions without transparency, has censored the speeches of political parties that want to broadcast campaign materials on state-run TV and radio networks. The election commission’s stringent guidelines on the content of speeches means that criticism of government policies by opposition parties has essentially been banned from state-run airwaves, denying voters crucial information. 

    Government-imposed internet restrictions in Rakhine and Chin States – which have now lasted for more than a year – has had a serious impact on the ability of voters in the affected areas to access information about candidates, parties, and their positions. 

    The government’s response to COVID-19 had a negative impact on media freedom, affecting the ability of the electorate to be informed. Journalists and media workers have been declared a nonessential business and face travel restrictions due to the government’s strict stay-at-home orders, hindering comprehensive coverage. Four national newspapers – the Standard Times, 7 Day Daily, the Myanmar Times, and the Voice Daily – announced their decision to suspend circulation of their newspapers from 23 September 2020. Notably, the publication of state-owned newspaper will not be affected. 

    Discriminatory policies 

    Most egregiously, though, the Myanmar government is preventing people from voting or from standing for election altogether. 

    It has systematically and deliberately disenfranchised voters from ethnic minorities, using the discriminatory 1982 Citizenship Law and the Election Law to prevent Rohingya candidates from running for office, even though most Rohingya families have lived in Myanmar for generations. 

    They include Abdul Rasheed, a Yangon resident whose father was a civil servant and who was born and has lived his whole life in Myanmar. Kyaw Min, the chairperson of the Democracy and Human Rights party, has also been barred despite having run in the 1990 election and spending years as a political prisoner alongside thousands of NLD activists and others.

    The authorities have barred an estimated 600,000 Rohingya from registering to vote in the election. None of the million Rohingya who fled genocide in Myanmar for neighbouring Bangladesh will be allowed to vote. This adds yet another layer of repression and discrimination on a community that has experienced ethnic cleansing and a systematic denial of their rights in recent years. 

    Voting has been suspended or cancelled in various constituencies in Kachin, Karen, Mon, Rakhine, and Shan States, and the Bago Region, with the election commission citing security concerns. As a result, over 1.5 million people will not be able to vote.

    It is a common feature of would-be autocrats to attempt to suppress the votes of those who disagree with, or are negatively impacted by, their policies. Myanmar is not the only country to attempt to do so; it is not even the only country to have done so this week. But for a country where optimism for change and freedom shone so brightly five years ago, this represents a bleak failure of democratic progress. 

    The two elections, five years apart, have bookended a downward spiral into gross human rights violations, attacks against dissenters, and a curtailment of democratic freedoms. While some countries have spoken up and stood by human rights defenders and victims of violations, other countries, particularly in the Southeast Asian region, have failed miserably to call out Myanmar on its actions.  Whatever the outcome of this elections – marred already by acts of censorship, racist voter suppression and other restrictions – we all must redouble our efforts to support civil society and activists to reverse the democratic regression we have witnessed since the 2015 elections.

     

  • MYANMAR: ‘Opposition parties complain that the election body censors their messaging'

    Cape DiamondCIVICUS speaks to award-winning journalist Cape Diamond (Pyae Sone Win) about the upcoming elections in Myanmar. Cape is a multimedia journalist based in Myanmar, covering issues of human rights, crisis and conflict. Currently freelancing for the Associated Press (AP), he has provided critical coverage during the Rohingya crisis and contributed to numerous international outlets, including Al Jazeera, ABC News and CBS. He also contributed to the BAFTA Award-winning documentaryMyanmar’s Killing Fields and New York Film Festival gold medal award-winner The Rohingya Exodus.

     

    Scheduled on 8 November 2020, the election will be Myanmar’s first since 2015, which resulted in a landslide victory for the National League for Democracy (NLD), and only the second competitive election since 1990, when the military annulled the NLD’s overwhelming victory.

    What is the situation for civic freedoms and civil society ahead of the elections?

    The situation for the freedom of speech is very concerning. Over the years, journalists and rights activists in Myanmar have been criminally charged for their work. Restrictive laws, including the Telecommunications Law, the Unlawful Associations Act, the Official Secrets Act and defamation provisions in the Penal Code, continue to be used to prosecute activists and journalists. The Peaceful Assembly and Procession Law has been used against those protesting.

    Many political parties have raised complaints that the Union Election Commission (UEC), the electoral body, has censored the messages that are set for broadcast on national TV ahead of the elections. For example, Ko Ko Gyi, chairman of the People's Party, said that the edits that the UEC made to his election campaign speech prevent him from airing the party's full political stance ahead of the elections. Two parties – the Democratic Party for a New Society and the National Democratic Force – cancelled their election broadcasts in protest against censorship.

    At the same time, critics say that the electoral body is biased in favour of the ruling party, the NLD led by Aung San Suu Kyi. It’s something that we should keep our eyes on and speak out about to ensure credible elections.

    Has the electoral body engaged with civil society?

    I’ve been hearing that the current UEC is not that actively engaging with civil society. They initially barred the People’s Alliance for Credible Elections (PACE), one of the largest election monitoring groups in the country, from monitoring the election. The UEC accused PACE of not being registered under the law that applies to civil society organisations and of receiving funding from international sources. Even though the UEC subsequently allowed PACE to operate, the organisation is struggling to proceed due to the newly imposed COVID-19 restrictions.

    What are the main issues the campaign will revolve around?

    The COVID-19 pandemic and the ongoing civil war across the country are the main issues for us at the moment. It’s very clear that the ruling party and the government are not paying enough attention to the situation of minorities in regions experiencing civil war. 

    It’s worrying that the country is undergoing a pandemic, which I believe it does not have enough capacity to handle. As of 29 September 2020, we have had a total of 11,000 reported cases and 284 deaths due to COVID-19. A surge of infections over the last few weeks has been worrying, as we only had around 400 confirmed cases in August. I am concerned about whether the environment will be safe for people to go out and vote on the election days. 

    More than 20 political parties have sent requests to the electoral body to postpone the elections due to the pandemic, but they were rejected. The ruling party is not willing to have the elections postponed.

    Will it be possible to have a ‘normal’ campaign in this context? 

    I don’t think it’s possible to have normal campaign rallies such as those of the previous election in 2015, because we are in a pandemic. The government has taken several measures to combat the spread of the disease, including orders against gatherings of people. Political parties are not allowed to organise their campaigns in semi-lockdown areas.

    Major cities like Yangon and the Yangon Region, as well as some townships in Mandalay, are under semi-lockdown, which the government calls the Stay-At-Home programme. At the same time, the whole of Rakhine State, which is experiencing civil war, is also on semi-lockdown. I am afraid people in the civil war zone will not be able to go out and vote.

    Candidates are using both mainstream and social media to reach their audiences. However, as noted earlier, some opposition parties have been censored by the UEC. Some opposition members have denounced unfair treatment by the UEC and the government, while the ruling party is using its power to expand its popularity. This will clearly harm the electoral chances of the opposition.

    What specific challenges do candidates face in Rakhine State?

    As the whole of Rakhine State is under COVID-19 restrictions, candidates are not able to campaign in person. Therefore, they are mostly campaigning on social media. At the same time, a long internet shutdown has been in place in many townships in Rakhine State, imposed due to ongoing fighting between the Arakan Army and the military. I am concerned about whether people will be able to get enough information around the elections.

    The Myanmar government is also using the discriminatory 1982 Citizenship Law and the Election Law to disenfranchise Rohingya people and block them from running for political office. Election officials barred Kyaw Min, head of the Rohingya-led Democracy and Human Rights Party (DHRP), from running. He was disqualified along with two other DHRP candidates because their parents were allegedly not citizens, as required by election law. This is one of the various tools used to oppress the Rohingya population.

    In October, the UEC released a smartphone app that was criticised over its use of a derogatory label for Rohingya Muslims. The mVoter2020 app, aimed at improving voter awareness, labels at least two candidates from the Rohingya ethnic group as ‘Bengali’, a term that implies they are immigrants from Bangladesh, although most have lived in Myanmar for generations. This label is rejected by many Rohingya people. Additionally, none of the one million Rohingya refugees in Bangladesh and another several hundred thousand dispersed in other countries will be allowed to vote.

    Civic space in Myanmar is rated asrepressed’ by theCIVICUS Monitor.

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  • NICARAGUA: ‘For the government, these fraudulent elections were a total failure’

    CIVICUS discusses the recent elections in Nicaragua, characterised by the banning of candidates, fraud and repression, with a woman human rights defender from a national platform of Nicaraguan civil society, who requested anonymity for security reasons.

    Nicaragua elections Nov 2021

    What was the political context in which the 7 November presidential election took place?

    The context began to take shape in 2006, with the pact between the leaders of the Sandinista National Liberation Front (FSLN), Daniel Ortega, and the then-ruling Constitutionalist Liberal Party (PLC), led by former president Arnoldo Alemán. The aim of the so-called ‘Alemán-Ortega pact’ was to establish a two-party system dominated by both leaders, which did not work out for both: it resulted in a complete restructuring of the political system, including a reform of the constitution and the modification of election dates, which allowed the FSLN – which had failed to win the presidency on several occasions – to win the 2006 election with 38 per cent of the vote, never to leave power since.

    Once in power, the FSLN carried out several constitutional and electoral law reforms ordered by Daniel Ortega, in collusion with legislative, judicial and electoral institutions, to impose a constitution tailored to its needs and to allow himself to be re-elected indefinitely.

    Since the most recent package of electoral changes, carried out in May 2021, the electoral stage was already set so that the current government would win the election. The changes gave the FSLN control of the entire electoral structure, gave the police the power to authorise or ban opposition political rallies and took away funding for candidates.

    Already in December 2020, the National Assembly had passed a law to neutralise opposition candidacies: under the pretext of rejecting foreign interference in Nicaragua’s internal affairs, it prohibited the candidacies of people who had participated in the 2018 protests, labelled by the government as an attempted coup d’état financed by foreign powers.

    All these laws were applied by state institutions in a way that resulted in the banning of all democratic candidates who could in any way be viewed as positioned to defeat the FSLN candidate. The result was an election lacking all real competition.

    Was there any attempt to postpone the election until the proper conditions were met?

    First, in the context of the 2018 protests, which were heavily repressed and resulted in hundreds of deaths, several groups, including the Nicaraguan Bishops’ Conference, proposed holding an early election to resolve the crisis. Some also considered the possibility of forcing the resignation of the president due to his responsibility for the systematic human rights violations committed in the context of the 2018 protests.

    But Ortega refused to call an early election, and instead challenged the alleged ‘coup perpetrators’ protesting against him to get the people’s vote in the 2021 election. In the meantime, instead of proceeding with the electoral reform that had been demanded for years, he set about preparing the ground so that no one could challenge him in the elections.

    With the 2021 electoral process already underway, and in view of the fact that there would be no real competition, voices from civil society recommended suspending and rescheduling an election that would be clearly illegitimate and lacking in credibility, but this call was not echoed.

    How do you assess the election results?

    Clearly the overwhelming majority of Nicaraguan citizens viewed these elections as illegitimate, since only about 10 per cent of eligible voters turned out to vote. Some of those who did vote are government supporters, while others – such as members of the military and police and public servants – were compelled by fear and their work circumstances.

    These claims are supported by polling data from various civil society groups inside and outside Nicaragua, such as Coordinadora Civil, Mujeres Organizadas and Urnas Abiertas. On election day, some of these organisations did a quick poll on the ground, twice – morning and afternoon – and documented. through photos, videos and testimonies by some election observers invited by the government, that the majority of the population did not turn out to vote.

    From civil society’s perspective, these elections were a complete failure for the government, as they gave us all the elements to demonstrate at the international level that the president does not meet the minimum conditions of legitimacy to remain in office. It is not only Nicaraguans who do not recognise the results of these elections: more than 40 countries around the world have not recognised them either. The government conducted a fraudulent election to gain legitimacy, but it failed to do so because no one recognises it at the national or international level.

    What is the outlook for Nicaraguan civil society following the election?

    The panorama has not changed. What awaits us is more of the same: more repression, more persecution, more kidnappings, more political prisoners, more exiles. At the same time, this unresponsive and unaccountable government is completely incapable of solving any of Nicaragua’s problems, so poverty, unemployment and insecurity will also continue to deepen.

    In response, we can do nothing but sustain resistance and try to break the chains of fear, because fear is what this illegitimate government rules through.

    What kind of international support does Nicaraguan civil society need?

    Nicaraguan civil society needs all kinds of support, from support for building and strengthening alliances to amplify our voices, so we can publicise the political situation in Nicaragua and demand action in international forums, to financial and in-kind support to equip us with the tools with which to do our work, sustain our organisations and provide protection for human rights defenders who are being persecuted and attacked.

    Civic space in Nicaragua is rated as ‘repressed’ by theCIVICUS Monitor. Nicaragua is currently on ourWatch List, which includes cases in which a severe and abrupt deterioration in the quality of civic space is taking place. 

     

  • NICARAGUA: ‘María Esperanza’s case is part of a growing process of criminalisation of social protest’

    CIVICUS speaks with Ana Lucía Álvarez, Nicaragua officer of the Mesoamerican Initiative of Women Human Rights Defenders (IM-Defensoras), about the case of María Esperanza Sánchez, unjustly imprisoned in Nicaragua since March 2020, and the ongoing campaign for her release.

    IM-Defensoras is a network of activists and organisations from El Salvador, Guatemala, Honduras, Mexico and Nicaragua that seeks to provide a comprehensive, regional response to the increasing violence against women human rights defenders in Mesoamerica. Founded in 2010, it seeks to empower and connect women defenders involved in various organisations and social movements to strengthen networks of protection and solidarity among them and to increase the visibility, recognition and impact of their human rights work.

    Ana Lucia AlvarezEntrevista

    How long has María Esperanza been in prison, and why?

    María Esperanza was captured on 26 January 2020. She is an activist who for a long time accompanied relatives of political prisoners. I believe she began her activism and her organisation after the citizens’ uprising of April 2018. She was already being persecuted, so she was staying in a safe house. The police illegally and arbitrarily raided the house, without a search warrant, and arrested her. She was accused of trafficking narcotics, psychotropics and other controlled substances to the detriment of public health. Her trial is being handled by lawyer Julio Montenegro, who specialises in cases of criminalisation of protest and judicial prosecution of activists and human rights defenders. 

    Do you consider María Esperanza’s case to be part of a broader attack on civic space in Nicaragua?

    There is definitely a growing process of criminalisation of social protest in Nicaragua. The first upsurge in criminalisation came after Operation Clean-up, which ended around August 2018. This was a pseudo-military operation carried out by police and para-police forces to dismantle any organisation of territorial protection that the population had built through barricades in neighbourhoods and roadblocks around the country.

    Once Operation Clean-up was over, the criminalisation of those who had taken part in the civic struggle began. More than 800 people became political prisoners, before being released in 2019 by unilateral decision of the government through the Amnesty Law.

    María Esperanza had already been persecuted, harassed, put under surveillance and threatened before she was imprisoned for her human rights work. Her arrest and trial, like those of so many others, were plagued by irregularities. Violations of due process are systematic. In Nicaragua, the justice system is totally co-opted. It has collapsed and is under the control of the presidential couple: President Daniel Ortega and his vice-president and wife, Rosario Murillo.

    How has the situation of civil society changed since the 2018 wave of protests?

    More than 350 people were killed in a span of six months during the 2018 protests. The symbolic and emotional weight of that death toll in a country that has experienced civil wars, dictatorships and armed uprisings has been tremendous. In Nicaragua there has never been accountability, there have always been policies of wiping the slate clean, which has deepened the wounds.

    In addition to the suffering of the 350 dead, there were over 800 people imprisoned for political reasons, and while many have since been released from prison, we purposefully say that they have been released rather than that they are free, because after their release, political persecution has not ended for them. Systematic harassment by police and para-police forces continues, and it becomes an obstacle to the enjoyment of many rights, including the right to work.

    For these people, the effects of the economic crisis that the country is currently experiencing are compounded by the difficulties brought about by political persecution. They often cannot leave their home because there is a patrol outside, or they go out and they are followed, and then those who follow them learn the names of their employers and start to harass them as well.

    Persecution happens at the local, neighbourhood level. The ruling party, the Sandinista National Liberation Front, has established various structures that are used to maintain territorial control through surveillance and repression: Councils of Citizen Power, Family Cabinets and Sandinista Leadership Committees. If you are an opponent or a human rights defender, there will always be a neighbour of yours who is involved in one of these structures and informs the regime and the police of what you are doing, and then you start to be persecuted and harassed, and maybe at some point you get arbitrarily arrested.

    Harassment and hypervigilance cause psychological damage not only to the persecuted individual but also to their family. This has had an impact on the increase in emigration, which is a dual phenomenon, caused by both political persecution and social need. Since 2018, 120,000 people have left Nicaragua, a huge number for a country of just six million.

    The 2021 presidential election openly exposed the regime’s lack of legitimacy. On what basis does the government stand?

    In the run-up to the 2021 election, persecution was only exacerbated. In order to carry out the electoral farce of November, the government imprisoned 10 presidential pre-candidates and many people with a key role in the electoral process and in the formation of alternatives. This sent a very clear message, as a result of which there is still a lot of self-censorship.

    Daniel Ortega has continued to concentrate and consolidate his power. We are currently living under a regime that has become totalitarian, where all freedoms are totally restricted. This is the only way the government can sustain itself, because it has no legitimacy. That is why repression and social control continue to increase rather than decrease. In the absence of such levels of repression and social control, the very high level of popular rejection of the regime would make it impossible for it to maintain political control.

    As a result, repression, territorial control, neighbourhood repression, the criminalisation of protest and social dissent, and the closing of spaces for the exercise of the freedom of expression and media freedoms can be expected to continue.

    Now a combination of laws has been passed that includes a Cybercrime Law. And we have already seen the first political prisoner convicted under this law, which does nothing other than criminalise the freedom of opinion.

    What the government is looking for with political prisoners is to use them as hostages. Among the people arrested recently are presidential candidates, businesspeople, bankers, lawyers, activists and human rights defenders. The government is trying to negotiate their release to gain legitimacy and international approval.

    The truth is that the government has no international support. The only foreign leaders who attended the presidential inauguration were Cuba’s Miguel Díaz-Canel, Venezuela’s Nicolás Maduro and outgoing Honduran president Juan Orlando Hernández.

    How can the international community support Nicaraguan civil society in its struggle for the recovery of democracy and human rights?

    We need to amplify denunciations of violations and sharpen accountability mechanisms. Civil society in Nicaragua has made a tremendous effort not only to document human rights violations but also to identify their perpetrators. Given that the justice system in Nicaragua has collapsed, and that civil society is doing everything within its power, the onus is on the international community to push for accountability and punishment of those responsible.

    Daniel Ortega’s regime is no longer a political project but an economic enterprise. Its control of the state allows Ortega to use corruption networks to his advantage. In the light of this, the international community should fine-tune its mechanisms, review economic sanctions and identify the companies that continue to do business, not always entirely legally, with the Ortega regime. Since many association agreements have democratic and anti-corruption clauses, they need to be made operational. Personal sanctions must also be imposed on the architects of corruption and repression.

    What kind of pressure should be exerted to get María Esperanza Sanchez released?

    María Esperanza was sentenced to 10 years in prison. Everything that has happened to her and to the rest of the political prisoners is completely arbitrary; that is precisely why we consider them to be political prisoners. What we demand is the unconditional and guaranteed release of them all.

    What happens to them will depend to a large extent on the strength with which the opposition and the international community manage to exert pressure, and on the correlation of forces that is established between the Nicaraguan government and the human rights movement.

    We must campaign and keep up the pressure. We must continue to put our finger on all the arbitrariness, illegalities and human rights violations. There are still people in Europe and other parts of the world who think Ortega is the idealistic revolutionary of the past, and not the despot he has become. The best way to expose dictators and human rights abusers is to keep communicating the truth on the basis of well-documented evidence.

    Civic space in Nicaragua is rated ‘closed’ by theCIVICUS Monitor. Nicaragua is currently on theCIVICUS Monitor Watch List, which identifies countries in which a severe and abrupt deterioration in the quality of civic space is taking place.
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  • OUGANDA : « Personne ne peut gagner les élections sans le vote des jeunes »

    CIVICUS s'entretient avec Mohammed Ndifuna, directeur exécutif de Justice Access Point-Uganda (JAP). Établi en 2018, le JAP cherche à faire avancer, encourager et renforcer la lutte pour la justice dans le contexte du processus de justice transitionnelle bloqué en Ouganda, des difficultés du pays à mettre en œuvre les recommandations de ses premier et deuxième examens périodiques universels au Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies, et face à la réaction de certains États africains contre la Cour pénale internationale.

    Mohammed est un défenseur des droits humains et un travailleur de la paix expérimenté et passionné, avec plus de 15 ans d'activisme des droits humains et de prévention des atrocités aux niveaux local, national et international. En 2014, il a reçu le Prix des droits de l’Homme de l'Union européenne pour l'Ouganda ; Il a siégé au comité directeur de la Coalition for the Criminal Court (2007-2018) et au conseil consultatif du Human Rights House Network à Oslo (2007-2012). Il siège actuellement au comité de gestion du Comité national ougandais pour la prévention du génocide et des atrocités de masse.

    Mohammed Ndifuna

    Quel est l'état de l'espace civique en Ouganda à l'approche des élections tant attendues en 2021 ?

    L'espace civique en Ouganda peut être caractérisé comme un espace harcelé, étouffé et pillé. La société civile semble être sur une sorte de pente glissante alors que les choses tournent de mal en pis. Par exemple, les organisations de la société civile (OSC) ont subi une vague d'attaques effrontées contre leur espace physique qui ont pris la forme d'effractions dans leurs bureaux en plein jour. Pendant ce temps, les attaques contre les OSC en général, et en particulier celles qui défendent les droits humains et encouragent la responsabilité, se sont poursuivies. Ces dernières années, un certain nombre de mesures législatives et administratives ont été adoptées à l'encontre des OSC et d'autres secteurs, comme la loi sur la gestion de l'ordre public (2012) et la loi sur les ONG (2016).

    Face aux élections générales et présidentielles, qui se tiendront le 14 janvier 2021, le ministre de l'Intérieur a établi que toutes les OSC doivent passer par un processus obligatoire de validation et de vérification pour pouvoir fonctionner. De nombreuses OSC n'ont pas été en mesure d'achever le processus. De ce fait, au 19 octobre 2020, seulement 2 257 OSC avaient terminé avec succès le processus de vérification et de validation, et celles-ci ne comprenaient que quelques OSC qui plaident en faveur des questions de gouvernance.

    Les OSC ougandaises sont fortement dépendantes des donateurs et étaient déjà aux prises avec des ressources financières réduites, ce qui a fortement affecté la portée de leur travail. Cette situation a été exacerbée par l'épidémie de COVID-19 et les mesures de verrouillage prises en réponse, qui ont sapé les efforts de mobilisation des ressources des OSC. Ainsi, la combinaison de ces trois forces - harcèlement, restrictions et accès limité au financement - a affaibli les OSC, obligeant la plupart à concentrer leurs efforts sur leur propre survie.

    Il semblerait que les enjeux des élections de 2021 soient bien plus importants que les années précédentes. Qu'est ce qui a changé ?

    La situation a commencé à changer en juillet 2019, lorsque Robert Kyagulanyi, mieux connu sous son nom de scène, Bobi Wine, a annoncé qu'il se présenterait à la présidence en tant que candidat à la plate-forme de l'opposition nationale pour l'unité. Bobi Wine est un chanteur, acteur, activiste et politicien. En tant que leader du mouvement du Pouvoir Populaire, Notre Pouvoir, il a été élu législateur en 2017.

    L'attention que Bobi reçoit des jeunes est énorme et il faut tenir compte du fait que plus de 75% de la population ougandaise a moins de 30 ans. Cela fait des jeunes un groupe qu'il est essentiel d'attirer. Aucun candidat ne peut remporter les élections ougandaises s'il ne recueille pas la majorité des voix des jeunes. Lors de la prochaine course présidentielle, Bobi Wine semble être le candidat le plus capable d'attirer ces votes. Bien qu'il n'ait pas beaucoup d'expérience en tant que politicien, Bobi est une personnalité très charismatique et a réussi à attirer non seulement des jeunes mais aussi de nombreux politiciens des partis traditionnels dans son mouvement de masse.

    Longtemps connu comme le « président du ghetto », Bobi Wine a utilisé son appel en tant que star de la musique populaire pour produire des chansons politiques et mobiliser les gens. Ses racines dans le ghetto l'ont également rendu plus attractif dans les zones urbaines. On pense que cela a motivé de nombreux jeunes à s'inscrire pour voter, il est donc possible que l'apathie des jeunes électeurs diminue par rapport aux élections précédentes.

    Face à la lutte acharnée actuelle pour les votes des jeunes, il n'est pas étonnant que l'appareil de sécurité se soit violemment attaqué aux jeunes, dans une tentative évidente de contenir la pression qu'ils exercent. De nombreux activistes politiques liés au Pouvoir Populaire ont été harcelés et, dans certains cas, tués. Plusieurs dirigeants politiques du Pouvoir Populaire ont été détenus intermittemment et poursuivis devant les tribunaux, ou auraient été enlevés et torturés dans des lieux clandestins. Dans une tentative évidente d'attirer les jeunes du ghetto, le président Yoweri Museveni a nommé trois personnes du ghetto comme conseillers présidentiels. Cela ouvre la possibilité que les gangs du ghetto et la violence jouent un rôle dans les prochaines élections présidentielles. 

     

    Lors des élections précédentes, la liberté d'expression et l'utilisation d'Internet ont été restreintes. Peut-on s’attendre à voir des tendances similaires cette fois ?

    Nous les voyons déjà. La préoccupation concernant la restriction de la liberté d'expression et d'information est valable non seulement rétrospectivement, mais aussi en raison de plusieurs événements récents. Par exemple, le 7 septembre 2020, la Commission ougandaise des communications (CCU) a publié un avis public indiquant que toute personne souhaitant publier des informations sur Internet doit demander et obtenir une licence de la CCU avant le 5 octobre 2020. Cela affectera principalement les internautes, tels que les blogueurs, qui sont payés pour le contenu qu'ils publient. De toute évidence, cela tente de supprimer les activités politiques des jeunes sur Internet. Et c'est aussi particulièrement inquiétant car, étant donné que les réunions et assemblées publiques sont limitées en raison des mesures de prévention de la COVID-19, les médias numériques seront la seule méthode autorisée de campagne pour les élections de 2021.

    La surveillance électronique a également augmenté, et la possibilité d'un arrêt des plateformes de médias sociaux à la veille des élections n'est pas écartée.

    Comment la pandémie de COVID-19 a-t-elle affecté la société civile et sa capacité à répondre aux restrictions d'espace civique ?

    La pandémie de COVID-19 et les mesures prises en réponse ont exacerbé l'état déjà précaire des OSC. Par exemple, la capacité de la société civile d'organiser des rassemblements publics et des manifestations pacifiques en faveur des droits et libertés fondamentaux, ou de protester contre leur violation, a été limitée par la manière dont les procédures opérationnelles standard (POS) ont été appliquées pour faire face à la COVID-19. Cela a entraîné des violations et des attaques contre l'espace civique. Par exemple, le 17 octobre 2020, les forces de police ougandaises et les unités de défense locales ont effectué une effraction conjointe lors d'une réunion de prière de Thanksgiving qui se tenait dans le district de Mityana et ont gazé gratuitement la congrégation, qui comprenait des enfants, des femmes, des hommes, des personnes âgées et des chefs religieux ; la raison alléguée était que les personnes rassemblées avaient désobéi aux POS pour la COVID-19.

    Dès que la mise en œuvre des POS pour la COVID-19 entre en contact avec la pression électorale, il est possible que la répression des libertés de réunion pacifique et d'association s'aggrave. Malheureusement, les OSC sont déjà fortement restreintes.

    Comment la société civile internationale peut-elle aider la société civile ougandaise ?

    La situation de la société civile ougandaise est telle qu’elle nécessite l’appui et la réponse urgents de la communauté internationale. Vous devez prêter attention à ce qui se passe en Ouganda et vous exprimer d'une manière qui amplifie les voix d'une société civile locale de plus en plus étouffée. Plus spécifiquement, les OSC ougandaises devraient être soutenues afin qu'elles puissent mieux répondre aux violations flagrantes des libertés, atténuer les risques impliqués dans leur travail et améliorer leur résilience dans le contexte actuel.

    L'espace civique en Ouganda est classé comme « répressif » par leCIVICUS Monitor.
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  • PAKISTAN: ‘Democratic forces have become weak due to prolonged military regimes’

    As part of our 2018 report on the theme ofreimagining democracy, we are interviewing civil society activists and leaders about their work to promote democratic practices and principles, the challenges they encounter and the victories they score. CIVICUS speaks to Peter Jacob, the Executive Director of the Centre for Social Justice in Pakistan, a civil society organisation (CSO) engaging in research and advocacy on human rights, the democratic development and social justice. He has been an activist, researcher and freelance journalist for over 30 years.

    In Pakistan’s July 2018 elections, Pakistan Tehreek-e-Insaf, a party led by Imran Khan,emerged as the largest party in parliament, breaking the decades-long dominance of the Pakistan People's Party and the Pakistan Muslim League-Nawaz. The election wasovershadowed by hundreds of political arrests, a massive crackdown on the media and allegations that the powerful military covertly backed Imran Khan.

    What do you see as the key components of a functioning democracy, and how do you assess the quality of democracy in Pakistan against those standards?

    Just as anywhere else, a functioning democracy should have democratic norms, including constitutions and traditions, democratic institutions, including parliament and an opposition, basic freedoms of association, peaceful assembly and expression, and a robust civil society that advocates for exercising these freedoms. Pakistan is struggling to become an inclusive and vibrant democracy after transitioning from a military-led government, even though direct military rule ended 10 years ago.

    Pakistan faces an inherent challenge on account of having a constitution that provides for both a theocracy and a democracy, or a mix of religion and politics, posing specific risks to the rights of religious minorities.

    How would you assess the conduct of the July 2018 elections? To what extent do you feel they were free and fair? What were the key challenges encountered and lessons learned?

    The elections were held at a time when the previous government was facing trials on corruption and other charges, so there was a lot of speculation and allegations of gerrymandering. The government and the opposition have agreed to form a parliamentary commission to probe into these allegations. Whatever the outcome, one expects that it will help bring maturity and stability into the politics and governance of the country.

    Until recently Pakistan has faced enormous challenges such as terrorism and lawlessness, low economic performance and an expanding population. It is understandable that the government system is weak and recovery is expected to be incremental. Additionally, the electoral system is not strong enough to have full transparency of the electoral process.

    Nevertheless, one can say that there was wide participation by citizens in the recent elections and therefore the continuation of the democratic process presents hopes for building a fuller democracy. The decision of the opposition to become part of parliament has at least ensured that there isn’t a political crisis in the immediate post-election phase.

    How did conditions for civil society change in the run-up to the elections?

    A section of government has been always sceptical of CSOs; therefore, action against both international and domestic CSOs started back in 2015, largely through registration laws that were used to curtail their operations or their role in the social and public spheres. A smear campaign has also been going on, particularly against rights-based groups, which has pushed them to justify and maintain their own existence. CSOs also became victims of terrorism, and even though terrorist attacks have gradually decreased since 2015, a recovery from that situation has not come about. Therefore, the July 2018 elections did not do much to change the conditions for the civil society for the better.

    To what extent was civil society able to mobilise around the elections?

    Owing to these existential threats, during the recent elections, there were few organisations that could participate or even prepare to mobilise opinion around the elections.

    However, due to popular human rights campaigns in the past and present, all political parties were obliged to incorporate a section on human rights in their election manifestos, which provides space for CSOs engagement in the future.

    What are your key hopes and fears for the new administration that has come to power following the elections, and what should its priorities be?

    The new government presents hope as it has come up with a rather holistic version of a development agenda, so besides a capitalist or neoliberal agenda they have laid an emphasis on environmental conservation, austerity and fighting corruption. Pakistanis, including the opposition, want this agenda to succeed as much as the government does. But Imran Khan has assumed power for the first time at the federal level and is therefore prone to mistakes. The biggest fear is that this team might land themselves in a trouble politically or take on a challenge bigger than they can handle. For example, the government made high claims about reducing its dependence on foreign lending yet it was obliged to approach the International Monetary Fund for a bailout. This indicates some miscalculations or poor assessment of the challenges in the economy and the way forward.        

    Some delicate issues may serve as on-the-job training for the government. For instance if the government can handle religious extremism where they have shown some tendency to perform - as in the well-known case of Asia Bibi, a victim of blasphemy laws - there is a pretty good chance that they will take the country forward.

    Besides focusing on economic challenges, the government should also pay attention to the quality of education and cultural rights. At the moment, public education is mere indoctrination, and cultural and creative expressions are suffocated by censorship of various kinds, so they need to be unshackled.

    Are there other key challenges for civil society’s fundamental rights and democratic freedoms in Pakistan?

    The country is still passing through multiple transitions, such as in its external relations and the economy, which for too long have depended on US military aid and the World Bank’s financial assistance. The country needs to free itself economically and politically. Democratic forces were weakened by prolonged military regimes. The government is inclined to learn from the Chinese model, which is not a democratic one.

    The media is facing curbs on its freedoms and CSOs are facing severe restrictions including a clampdown on receiving foreign funding, although CSOs are fighting back. Given its tradition of struggle against autocratic regimes, civil society might still make a comeback; however, there is currently a lot of confusion as to how civil society space will be reclaimed. But since Pakistan is setting up human rights institutions for women’s, children’s and human rights more generally, these institutions may help to disseminate a stronger discourse and bring attention to fundamental standards of freedoms and rights.

    What support does Pakistani civil society need from the international community and international CSOs to help build greater respect for human rights and democratic freedoms?

    Human rights are all about internationalism and multilateralism, and countries must give and receive support from international actors, including international civil society, in their struggle for freedoms, which we strongly believe are interrelated. I would therefore like to encourage the international community and international CSOs to visit Pakistan, take stock of the ongoing developments and engage with the Pakistani people as well as the government.

    Civic space in Pakistan is rated as ‘repressed’ by theCIVICUS Monitor

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  • PERU: ‘It is necessary to restore trust in elections’

    CIVICUS speaks with Iván Lanegra, secretary general of Transparency Civil Association (Asociación Civil Transparencia), about Peru’s recent presidential elections and the state of its democracy. Transparency is an independent civil society organisation that works to improve the quality of democracy and political representation by facilitating dialogue between political, governmental and civil society actors, implementing education and capacity-building programmes for citizen and political leadership, developing public policy proposals and observing electoral processes.

    Ivan Lanegra

    What was different and what was at stake in this election?

    The recent general election was embedded in several political and social processes. First, it took place at the end of a very politically unstable five-year period, in which we had four presidents – Pedro Kuczynski, Martín Vizcarra, Manuel Merino and Francisco Sagasti – and Congress was constitutionally dissolved. At the same time, the economy was no longer growing as much, and social discontent began to increase. In this context, corruption scandals undermined the credibility of political parties. This was compounded by the socio-economic impact of the pandemic, which fuelled greater demands for redistribution.

    As a result of all these processes, there was an atomisation of citizens’ preferences. The effects of this situation translated into high fragmentation of the vote in the parliamentary elections of January 2020 and, again, in the first round of the presidential election, held in April 2021, in which the two candidates who came out on top, and therefore went on to the second round, jointly received barely 33 per cent of the vote. There are 10 different political parties represented in our 130-seat Congress.

    In the second electoral round, the victory of Pedro Castillo, of the left-wing Perú Libre (Free Peru) party over Keiko Fujimori, of the right-wing Fuerza Popular (Popular Force), showed the importance of the demands for change and rejection of conventional politics that grew in recent years.

    However, the announcement of the official results was severely delayed, which created a climate of great uncertainty. In a context of high polarisation, there was an exponential increase in the number of appeals against the election results: normally, fewer than a dozen are filed, but on this occasion there were more than a thousand, none of which were considered well-founded. These appeals were used instrumentally: unfounded allegations of fraud were used to prolong the process as much as possible and to try to prevent the announcement of the results. While this attempt was unsuccessful, it delayed the transfer of power and increased distrust of politics and electoral institutions.

    Why did many people not vote?

    The rate of absenteeism in the first electoral round was almost 30 per cent, somewhat higher than in the 2020 legislative elections, when it reached 26 per cent; however, it dropped to less than 24 per cent in the runoff election. It is important to bear in mind that the first round of election took place when the COVID-19 pandemic was at its highest point in Peru. In other countries, such as Chile, it was not even possible to hold a vote due to the health emergency, but the elections took place normally in Peru. In fact, what is remarkable is that absenteeism wasn’t any higher.

    What role did Transparency play in relation to the electoral process?

    In the run-up to the election, as part of the #DecideBien (#ChooseWell) campaign, Transparency disseminated systematic information about the parties, their candidates and their proposals, so that citizens could assess their options. We broke down the parties’ policy programmes so that each person could learn about and compare the proposals of each candidate on the issues that interested them, and vote on the basis on that knowledge.

    In addition, we invited citizens to register with the National Transparency Volunteer Network to become election observers. From our perspective, election observation consists of monitoring, providing guidance and bearing witness to the events that take place during election day, as well as educating citizens about electoral conduct and rules.

    With this network of volunteers, Transparency observed the election process and from the outset we noted that the electoral process had been conducted normally, with only the kind of minor incidents that tend to occur in all elections, but which do not affect the results.

    In view of the unfounded allegations that were made in an attempt to discredit the process, we also worked to counter electoral disinformation. The phenomenon of disinformation on social media, particularly after the runoff election, was much stronger than in previous elections, and the electoral authorities themselves had to set up teams dedicated almost exclusively to debunking ‘fake news’. The climate of polarisation surely contributed to increasing the impact of disinformation.

    What political challenges lie ahead in the aftermath of the election?

    The main challenges are how to reduce distrust in the state, how to address dissatisfaction with democracy and how to improve political representation. Although compared to these challenges, political polarisation, which was exacerbated in the electoral context, is less of a concern, it must also be considered. While the most radicalised sectors continue to fuel polarisation, they are in the minority. They managed to polarise the election because they were able to get through to the second round despite having received a low percentage of the vote, but after the election, the majority of citizens are far from the extremes. However, it is important to bear in mind that distrust, dissatisfaction and the feeling of lack of representation are elements that those who seek to exploit polarisation can use to their advantage.

    It is necessary to restore trust in elections. To this end, we must continue to educate and inform citizens about the rules of elections, politics and democracy. We must also improve the mechanisms available to us for combatting disinformation. It is also necessary to move electoral reforms forward, in order to create incentives for the strengthening of political parties, as well as to improve the quality of political representation.

    Civic space in Peru is rated ‘obstructed’ by theCIVICUS Monitor.
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  • PHILIPPINES: ‘We fear the democracy those before us fought so hard for will be erased’

    CIVICUS speaks about the recent presidential election in the Philippines with Marinel Ubaldo, a young climate activist, co-founder of the Youth Leaders for Environmental Action Federation and Advocacy Officer for Ecological Justice and Youth Engagement of Living Laudato Si’ Philippines (LLS).

    Founded by Catholic lay people, LLS began in 2018 as an interfaith movement calling on Filipino financial institutions to divest from coal-related operations and other environmentally harmful activities. It aims to empower people to adopt lifestyles and attitudes that match the urgent need to care for the planet. It promotes sustainable development and seeks to tackle the climate crisis through collective action.

    Marinel Ubaldo

    From your perspective, what was at stake in the 9 May presidential election?

    The 2022 election fell within the crucial window for climate justice. As stated in the latest report by the Intergovernmental Panel on Climate Change, we need to keep global warming below 1.5 degrees Celsius or we will suffer terrible consequences, such as a rise in sea levels that will submerge much of the currently populated land, including the Philippines. Upcoming leaders will serve for the next six years –and possibly beyond. They have the immense responsibility of putting a climate change mitigation system in place for our country and urging more countries to do the same.

    As shown by Super Typhoon Rai that hit the Philippines in December 2021, climate change affects all of us. Whole communities lost their loved ones and their homes. Young people will reap the fruits, or pay the consequences, for whatever our incoming leaders do in response to this crisis. This is why climate anxiety is so prevalent among young people.

    How did young people mobilise around this election?

    Young people campaigned house to house. We also went to grassroots communities to educate voters on how to vote wisely. Alongside other organisations that form the Green Thumb Coalition, our organisation produced a Green Scorecard and we used our social media platforms to promote the ‘green’ candidate.

    One of the biggest youth initiatives around the elections was ‘LOVE, 52’, a campaign aimed at empowering young people and helping them engage with candidates and make their voices heard in demand of a green, just, and loveable future through better governance. We wanted to shift the focus from candidates’ personality and patronage politics to a debate on fundamental issues, and to help young people move traditional powerholders towards a people-centred style of policymaking.

    We called this initiative ‘LOVE, 52’ in reference to the fact that young people – people under 40 – comprise 52 per cent of the Philippines’ voting population. We sought to appeal to younger voters’ emotions, and our central theme was love because a frequent response to the question ‘why vote?’ is to protect what we love: our families, our country, and our environment. The main element of this campaign was a ‘love letter’ drafted by several youth organisations and addressed to the country. It contained young people’s calls to incoming leaders, including those of prioritising environmental and social issues, coming up with a coherent plan to address the climate crisis, and supporting a vibrant democracy that will enable climate and environmental justice. We gathered all the love letters people wrote, put them in one envelope, and delivered them physically to the presidential candidates’ headquarters.

    What are the implications of the election results for civil society and civic freedoms?

    The results of these elections will have a lot of implications for the Filipino people. They will have a direct impact on civil society and our freedoms of association, expression and peaceful assembly.

    The winning candidate, senator Ferdinand ‘Bongbong’ Marcos Jr., the son and namesake of a former dictator, has said that he will include his family in his administration. Just today, I saw the new president’s spokesperson on the news saying Marcos will make his own appointments, bringing in the people he trusts. I think he will really try to control the government with people who follow him unconditionally. He will put such people in all the positions available, so everyone will tell him what he wants to hear and no one will disagree with him. I think this is the scariest part of it all.

    I fear in a few months or years we will be living under a dictatorship. Marcos may even be able to stay in power for as long as he wants. After trying to reach power for so long, he has finally won, and he won’t let go of power easily.

    It’s very scary because the human rights violations that happened during his father’s dictatorship are not even settled yet. More human rights violations are likely to happen. It’s a fact that the Filipino people won’t be allowed to raise their voices; if they do so, they may risk being killed. This is what happened under martial law during Ferdinand Marcos’s dictatorship.

    This will definitely affect civil society. It will be very difficult for humanitarian workers to respond to any crisis since Marcos will likely aspire to micro-manage everything. We fear the democracy those before us fought so hard for will be erased.

    Regarding the specifics of policymaking, we don’t really know what the plan is. Marcos campaigned on vague promises of national unity and implied that all problems would be solved if people unite behind his leadership. Needless to say, he never mentioned any policy to tackle climate change and the environmental crisis.

    Against all signals, I keep hoping the new administration will be receptive to people’s demands. I really hope our new president listens to the cries of the people. Our leaders must reach out to communities and listen to our issues. I doubt Bongbong Marcos is capable of doing that, but one can only hope.

    What support does Filipino civil society need from international civil society and the international community?

    We need to ensure the international community sends out a consistent message and stands by our side when oppression starts. We also need them to be ready to rescue Filipinos if their safety is at risk. We activists fear for our lives. We have doubts about how receptive and accepting the new administration will be toward civil society. 

    Today is a gloomy day in the Philippines. We did our best to campaign for truth, facts, and hope for the Philippines. Vice President Leni Robredo campaigned for public sector transparency and vowed to lead a government that cares for the people and bolsters the medical system. If she had won the elections, she would have been the third woman to lead the Philippines after Cory Aquino and Macapagal Arroyo.

    Leni’s loss is the loss of the Philippines, not just hers. There are still too many people in the Philippines who believe Marcos’s lies. I don’t blame the masses for believing his lies; they are victims of decades of disinformation. Our system sadly enables disinformation. This is something that needs to be urgently tackled, but the next administration will likely benefit from it so it will hardly do what’s needed.

    We now fear every day for our lives and for the future of our country.

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  • POLAND: ‘The crisis of democracy and human rights will deepen’

    CIVICUS speaks with Małgorzata Szuleka about Poland’s recent presidential elections, held under the COVID-19 pandemic, and the ruling party’s use of anti-LGBTQI+ rhetoric to mobilise its electorate. Małgorzata is a lawyer at the Helsinki Foundation for Human Rights (HFHR) Poland, one of the largest and oldest human rights organisations in Poland and the region. HFHR Poland represents victims of human rights abuses in court proceedings, conducts research and monitors human rights violations. Since 2015 it has actively monitored the increasing rule of law violations in Poland. It works with partners in Eastern Europe, Central Asia, the European Union (EU) and the USA.

    Małgorzata Szuleka

    After rescheduling, the Polish elections were held in June and July 2020. What was civil society’s position on having an election during the COVID-19 pandemic?

    The elections were originally scheduled for May 2020 and organising them posed a huge legal problem because there was no legal mechanism to postpone them. The only way to reschedule them was to announce a state of emergency, as provided for by the constitution. No elections may be organised during a state of emergency or within the next 90 days of it ending. From a constitutional perspective, an official declaration that the country was experiencing an epidemic would give the government the prerogative to introduce the state of emergency. This would automatically extend the term of office of the president until after regular elections could be scheduled, once the epidemic was over. However, the government did not follow this process. The elections were rescheduled and the run-off vote between the two leading candidates was held on 12 July 2020 on very dubious legal grounds. However, this wasn’t questioned by neither the government majority, nor the opposition.

    Civil society organisations (CSOs) first pushed the government to organise the elections in a proper way, urging it to announce a state of emergency. Once this didn’t happen, CSOs tried to raise the issue of international monitoring, mainly in terms of fairness and financing of the campaign. The problem was that the election was expected to be free but not fair. Public media was biased towards the candidate supported by the ruling Law and Justice (PiS) party, President Andrzej Duda, and extremely critical and unprofessional towards any opposition candidate. Even though no state of emergency had been declared, many fundamental rights such as the freedoms of assembly and access to information were limited. These were major concerns.

    There was also the problem of the Supreme Court confirming the validity of the elections. On 12 July, President Duda was re-elected for a second term by a tight margin. He received 51 per cent of the vote while the opposition Civic Coalition contender received 49 per cent. Turnout was barely above 68 per cent, and more than 5,800 complaints were submitted regarding irregularities in the process. The Supreme Court ruled that 92 of those complaints were justified but had not influenced the final result, so it declared the results valid. Sadly, this decision completely ignored the problem of the constitutional and legal grounds for organising the elections in the first place.

    Were measures adopted to protect people during the campaign and voting process? Did the pandemic have any impact on turnout?

    The organisation of the campaign involved sanitary measures regarding social distancing and mask use. But these provisions were not fully respected on both sides. For campaigning purposes, the government loosened some restrictions; for example, even though face mask use was mandatory, pictures were published of the prime minister not wearing one in public. Also of concern was the fact that many public authorities engaged in political campaigning alongside President Duda. Public institutions were instrumentalised by ruling politicians. The government security centre, responsible for coordination and information in case of natural calamities or danger, sent out mass text messages on election day. Every voter received a message that said that people over 60 years old, pregnant women and people with disabilities could vote without waiting in line. This might have been used to mobilise the core electorate of the ruling party. This is just one example, but it could be an indication of the role played by official institutions to tilt the playing field in favour of the PiS party.

    Was media coverage during the election fair?

    Public media coverage was absolutely unfair. The rest of the coverage, mainly by private media, was relatively good; it definitely was not as bad as public media coverage, which was used for propaganda and enhanced President Duda’s campaign.

    One of elections complaints brought to the Supreme Court specifically referred to media coverage. It stated that public television supported the incumbent while systematically discrediting his rival, and that public institutions and officials repeatedly violated correct conduct by supporting only one of the candidates. But the problem with the entire institution of election complaints is that you need to prove not only that the alleged irregularity happened, but also that it had an impact on the election results. In presidential elections such as this one, this is very difficult to prove. Additionally, the electoral code doesn’t regulate the work of the media, so it’s hard to make the legal claim that the media should operate differently. And if you do, it is also difficult to prove that particular coverage of a particular candidate, or the lack of coverage, resulted in a particular election result. We can intuitively assume this, particularly in view of such tight results, but it is very difficult to create a solid legal case.

    What does President Duda’s re-election mean for democracy and human rights in Poland?

    It is a continuation of a very worrying trend. Out of all possible campaign issues, President Duda chose to focus on stoking homophobia. The campaign took place in a context of a years-long backsliding of the rule of law, in the middle of a crisis of relations between Poland and the EU, during a huge healthcare challenge and on the verge of an economic crisis that will affect everyone in Poland. But none of these issues were the focus of the political campaign and public discussion. President Duda mainly spoke about LGBTQI+ people posing a threat to our Christian traditional heritage, equating homosexuality with paedophilia. The issue was narrowed down to this divisive, outrageous and dehumanising narrative by the PiS party. It was a very pragmatic move from PiS spin doctors because it mobilised the very core of the electorate. All of a sudden LGBTQI+ groups and communities became the scapegoat for everything that is wrong in Poland. It is outrageous how much this issue was politicised and how it was used to dehumanise this minority group. It was painful and heartbreaking to watch.

    And the campaign was far from the end of it. President Duda is just a representative of the ruling PiS party, so he will say whatever he needs to keep them aligned. This is just a matter of calculation and internal power struggles. In June, the PiS party targeted LGBTQI+ people. In July, it targeted victims of domestic violence by starting discussion on withdrawing from the Istanbul Convention. In August, it proposed to register CSOs that are financed from abroad. Now I don’t know who is going to be their next enemy. It’s not only about being homophobic but rather about this governing majority always needing an enemy to confront or blame.

    We just entered a phase in which there will be no elections for the next three years so we can expect a huge consolidation of power and the government doing everything that it dreams of, such as creating pressure on CSOs, further polarising the media, targeting specific minority groups and escalating the conflict with the EU. We can expect all of this to happen over the next three years. The only thing that can stop them is pragmatic evaluation about whether this is needed at this time or whether there might be something more important to do. But I think the crisis of democracy and human rights in Poland will deepen.

    Civic space in Poland is rated as ‘narrowed’ by theCIVICUS Monitor.

    Get in touch with the Helsinki Foundation for Human Rights-Poland through itswebsite orFacebook page, and follow@hfhrpl and@m_szuleka on Twitter.

     

  • Police reforms must go beyond IPCMC

    By Josef Benedict

    The change of government on May 9 has offered a real opportunity for Malaysians to fix the gaps and problems that currently plague the various state institutions in the country.

    Read on: Malaysiakini

     

  • POLOGNE : « La crise de la démocratie et des droits humains va s'aggraver »

    CIVICUS parle à Małgorzata Szuleka à propos de la récente élection présidentielle en Pologne, qui s'est tenue pendant la pandémie COVID-19, et sur l'utilisation par le parti au pouvoir de la rhétorique anti-LGBTQI+ pour mobiliser son électorat. Małgorzata est avocate à la Fondation Helsinki pour les droits humains (HFHR) - Pologne, l'une des plus grandes et des plus anciennes organisations de défense des droits humains en Pologne et dans la région. La HFHR Pologne représente les victimes de violations des droits humains dans les procédures judiciaires, mène des enquêtes et surveille les violations des droits humains. Depuis 2015, elle surveille activement les violations croissantes de l'État de droit en Pologne. Elle travaille avec des organisations partenaires en Europe de l'Est, en Asie centrale, dans l'Union européenne (UE) et aux États-Unis.

    Małgorzata Szuleka

    Après avoir été reprogrammées, les élections polonaises ont eu lieu en juin et juillet 2020. Quelle était la position de la société civile sur la tenue d'élections pendant la pandémie de la COVID-19 ?

    Les élections étaient initialement prévues pour mai 2020 et leur organisation posait un gros problème juridique car il n'y avait pas de mécanisme légal pour les reporter. La seule façon de les reporter était de déclarer l'état d'urgence, comme le prévoit la Constitution. Les élections ne peuvent pas être organisées pendant l'état d'urgence ou dans les 90 jours suivant sa fin. D'un point de vue constitutionnel, une déclaration officielle reconnaissant que le pays subissait une épidémie aurait donné au gouvernement la prérogative d'imposer l'état d'urgence. Cela aurait automatiquement prolongé le mandat du président jusqu'à ce que des élections régulières puissent être programmées, une fois l'épidémie terminée. Cependant, le gouvernement n'a pas suivi cette procédure. Les élections ont été reprogrammées et le second tour entre les deux principaux candidats a été reporté au 12 juillet 2020 sur la base d'arguments juridiques très douteux. Cependant, cela n'a été contesté ni par la majorité gouvernementale ni par l'opposition.

    Les organisations de la société civile (OSC) ont d'abord fait pression sur le gouvernement pour que les élections se déroulent correctement, l'exhortant à déclarer l'état d'urgence. Lorsque cela ne s'est pas produit, les OSC ont essayé de soulever la question du contrôle international, principalement en termes d'équité et de financement des campagnes. Le problème était qu’on s’attendait à ce que les élections soient libres mais non justes. Les médias publics ont fait preuve de partialité à l'égard du président Andrzej Duda, le candidat soutenu par le parti au pouvoir Droit et Justice (PiS), et se sont montrés extrêmement critiques et plutôt peu professionnels à l'égard de tout candidat de l'opposition. Bien que l'état d'urgence n'ait pas été déclaré, de nombreux droits fondamentaux, tels que la liberté de réunion et l'accès à l'information, se sont vus limités. Telles étaient les principales préoccupations.

    Il y avait aussi le problème de la Cour suprême qui confirmait la validité des élections. Le 12 juillet, le président Duda a été réélu pour un second mandat avec une faible marge. Il a obtenu 51 % des voix, tandis que son adversaire de l'opposition, la Coalition civique, en a obtenu 49 %. Le taux de participation a été légèrement supérieur à 68 % et plus de 5 800 plaintes pour irrégularités ont été déposées. La Cour suprême a jugé que 92 de ces plaintes étaient justifiées mais n'avaient aucune influence sur le résultat final, elle a donc déclaré les résultats valables. Malheureusement, cette décision a complètement négligé le problème des bases constitutionnelles et juridiques sur lesquelles ces élections avaient été convoquées.

    Des mesures ont-elles été prises pour protéger les gens pendant la campagne et le processus de vote ? La pandémie a-t-elle eu un impact sur la participation électorale ?

    L'organisation de la campagne a impliqué des mesures sanitaires en termes de distanciation sociale et d'utilisation de masques. Mais ces dispositions n'ont pas été pleinement respectées par les deux parties. Pour les besoins de la campagne, le gouvernement a assoupli certaines restrictions ; par exemple, bien que le port du masque facial soit obligatoire, des photographies ont été publiées dans lesquelles le premier ministre n'en portait pas en public. Le fait que de nombreux fonctionnaires aient participé à la campagne électorale aux côtés du président Duda est également préoccupant. Les institutions publiques ont été instrumentalisées par les hommes politiques du parti au pouvoir. Le centre de sécurité du gouvernement, responsable de la coordination et de l'information en cas d'urgence ou de catastrophe naturelle, a envoyé des SMS de masse le jour des élections. Chaque électeur a reçu un message disant que les personnes de plus de 60 ans, les femmes enceintes et les personnes handicapées pouvaient voter sans faire la queue. Cela aurait pu être utilisé pour mobiliser l'électorat du parti au pouvoir. Ce n'est qu'un exemple, mais il pourrait être révélateur du rôle joué par les institutions de l'État pour faire pencher la balance en faveur du parti PiS.

     

    La couverture médiatique pendant les élections a-t-elle été équitable ?

    La couverture médiatique publique était absolument injuste. Le reste de la couverture, principalement par les médias privés, a été assez bon ; il n'a certainement pas été aussi mauvais que les médias publics, qui ont été utilisés à des fins de propagande et ont renforcé la campagne du président Duda.

     

    L'une des plaintes électorales déposées auprès de la Cour suprême portait spécifiquement sur la couverture médiatique. Elle a déclaré que la télévision publique soutenait le président tout en discréditant systématiquement son rival, et que les institutions et les fonctionnaires publics ont violé à plusieurs reprises le code de conduite en soutenant un seul des candidats. Mais le problème avec le mécanisme de plaintes électorales est qu'il exige la preuve non seulement que l'irrégularité alléguée a eu lieu, mais aussi qu'elle a eu un impact sur les résultats des élections. Lors d'élections présidentielles comme celle-ci, c'est une chose très difficile à prouver. De plus, le code électoral ne réglemente pas le travail des médias, il est donc difficile de soutenir juridiquement que les médias devraient fonctionner différemment. Et si on y parvient, il est également difficile de prouver que la couverture (ou l'absence de couverture) reçue d'un média par un candidat particulier a abouti à un résultat électoral particulier. C'est une chose que nous pouvons intuitivement supposer, en particulier face à des résultats aussi serrés, mais il est très difficile de créer un argument juridique solide.

    Quelles sont les implications de la réélection du président Duda pour la démocratie et les droits humains en Pologne ?

    Elle représente la poursuite d'une tendance très inquiétante. Parmi tous les objets de campagne possibles, le président Duda a choisi d'alimenter l'homophobie. La campagne s'est déroulée dans le contexte d'un processus de longue date de recul de l'État de droit, au milieu d'une crise dans les relations entre la Pologne et l'UE, au cours d'un énorme défi sanitaire et au bord d'une crise économique qui touchera tous les Polonais. Mais aucune de ces questions n'a été au centre de la campagne électorale et du débat public. Le président Duda a surtout parlé des personnes LGBTQI+ qui représentent une menace pour notre héritage chrétien traditionnel, assimilant l'homosexualité à la pédophilie. La question s'est distillée dans le récit diviseur, scandaleux et déshumanisant du parti PiS. C'était un geste très pragmatique des astucieux propagandistes du PiS car il a mobilisé le noyau même de l'électorat. Soudain, les groupes et communautés LGBTQI+ sont devenus le bouc émissaire de tout ce qui ne va pas en Pologne. Il est scandaleux de constater à quel point cette question a été politisée et comment elle a été utilisée pour déshumaniser cette minorité. Ce fut un spectacle douloureux et déchirant.

    Et cela ne s'est pas terminé avec la campagne. Le président Duda n'est qu'un représentant du parti PiS, il dira donc tout ce qu'il faut pour le maintenir aligné. Ce n'est rien d'autre qu'une question de calcul et de lutte de pouvoir interne. En juin, le parti PiS a ciblé la population LGBTQI+. En juillet, elle a ciblé les victimes de violence domestique en lançant un débat sur le retrait de la Convention d'Istanbul. En août, il a proposé un système de registre pour les OSC qui reçoivent des fonds de l'étranger. Maintenant, je ne sais pas qui sera son prochain ennemi. Ce n'est pas seulement que la majorité actuelle au pouvoir est homophobe, mais aussi qu'elle a tout le temps besoin d'avoir un ennemi à affronter ou à blâmer.

    Nous venons d'entrer dans une phase où il n'y aura pas d'élections pendant trois ans, alors attendez-vous à une consolidation majeure du pouvoir qui permettra au gouvernement de faire ce qu'il veut : exercer plus de pression sur les OSC, polariser davantage les médias, attaquer les groupes minoritaires et intensifier le conflit avec l'UE, entre autres choses. On peut s'attendre à ce que tout cela se produise au cours des trois prochaines années. La seule chose qui pourrait les arrêter est l'évaluation pragmatique de la question de savoir si c'est quelque chose qui répond au besoin du moment ou s'il pourrait y avoir autre chose de plus important. Mais je crois que la crise de la démocratie et les droits humains en Pologne va s'aggraver.

    L'espace civique en Pologne est classé« rétréci »par leCIVICUS Monitor.
    Contactez la Fondation Helsinki pour les droits humains - Pologne via sonsite web ou sa pageFacebook, et suivez@hfhrpl et@m_szuleka sur Twitter. 

     

  • RÉPUBLIQUE DOMINICAINE : « Nous avons peut-être une période de changement positif devant nous »

    DominicanRepublic FlagCIVICUS discute des élections qui ont eu lieu récemment en République dominicaine, dans le contexte de la pandémie de COVID-19, avec Hamilk Chahin, coordinateur du Manifeste citoyen pour la transparence électorale, et Addys Then Marte, directrice exécutive d’Alianza ONG. Le Manifeste citoyen, une initiative multipartite menée par la société civile, a été lancé en décembre 2019 pour suivre les élections municipales, législatives et présidentielles de 2020 et pousser à la consolidation des institutions démocratiques. Alianza ONG est un réseau comprenant 40 organisations de la société civile (OSC) de la République dominicaine. Fondé en 1995, il se consacre à la promotion du développement durable par des initiatives visant à renforcer la société civile, le dialogue intersectoriel, la formation et le partage d’informations, le plaidoyer politique et la promotion de la solidarité et du volontariat.

    Avant même l’apparition de la pandémie de COVID-19, le paysage électoral était déjà compliqué. Quelle était la situation vers mars 2020 ?

    Ces dernières années, le parti au pouvoir, le Parti de la libération dominicaine (PLD), a accumulé beaucoup de pouvoir dans toutes les institutions de l’État, affectant la qualité de la démocratie. Le même parti a été réélu pour plusieurs mandats et les élites politiques se sont bien établies dans leurs positions et ont pris l’habitude d’exercer le pouvoir pour leur propre bénéfice et au détriment des intérêts de la collectivité. Petit à petit et sans s’en rendre compte, la société a également commencé à accepter cette situation. La gestion exceptionnellement efficace des mécanismes de communication par les gouvernements successifs y a beaucoup contribué. Avec les bonnes alliances internationales et la bonne fortune dans la gestion économique, les structures de publicité et de propagande ont facilité la perpétuation du gouvernement.

    Heureusement, il existe dans chaque société une graine pratiquement impossible à déraciner : la société civile. Elle peut parfois être en état de sommeil ou en hibernation, mais à un moment donné, quelque chose se produit qui la met en mouvement. Dans notre cas, c’est l’extrême confiance de nos gouvernants dans l’assurance de leur pouvoir qui les a conduits à des pratiques de plus en plus effrontées, au point que les citoyens, qui pour la plupart les avaient longtemps tolérés, ont un jour dit que ça suffisait et sont entrés en effervescence. La première grande manifestation de cette lassitude a été le mouvement de la Marche verte, lancé en janvier 2017.

    Née de l’indignation populaire suscitée par le scandale Odebrecht, qui impliquait des hauts fonctionnaires de trois gouvernements dominicains successifs, la Marche Verte a rassemblé un large éventail d’OSC et s’est concentrée sur la mobilisation de rue. Tout a commencé par une modeste marche de protestation que nous avons organisée par l’intermédiaire d’une OSC appelée Foro Ciudadano, qui a déclenché un grand phénomène de mobilisation dont la principale réussite a été de briser l’indifférence des citoyens, de faire sortir la classe moyenne de cette zone de confort où elle critiquait sans agir. Les partis d’opposition ont commencé à profiter de cette dynamique, mais le gouvernement, certain de disposer de tous les leviers du pouvoir, lui a d’abord accordé peu d’importance. Cependant, le phénomène est allé bien au-delà des marches : des signatures ont été recueillies, des réunions communautaires ont été organisées et de nombreuses formes de mobilisation ont été encouragées. C’était un état d’éveil motivé par la dignité. Les citoyens ont perdu leur peur de s’exprimer et cela a déconcerté le gouvernement.

    Comment le processus électoral 2020 a-t-il commencé, et comment le Manifeste citoyen a-t-il été formé ?

    Le début du processus électoral a également marqué le début de la fin du gouvernement actuel. En octobre 2019, les primaires des partis politiques ont eu lieu ; il s’agissait des premières primaires à être organisées dans le cadre de la nouvelle législation sur les élections et les partis politiques, et elles ont été gérées par le Conseil électoral central (JCE). Alors que le PLD a opté pour des primaires ouvertes, permettant la participation de tous les électeurs éligibles, le principal parti d’opposition, le Partido Revolucionario Moderno (PRM), a organisé des primaires fermées, permettant la participation de ses seuls affiliés. Les primaires du PRM ont clairement fait ressortir la candidature de Luis Abinader, qui sera finalement élu président. En revanche, à l’issu des primaires du PLD, Gonzalo Castillo n'est devenu le candidat officiel que de justesse par rapport au président triomphant à trois reprises Leonel Fernández.

    Les élections primaires du parti au pouvoir étaient bien plus qu’un processus de sélection de candidats : ce qui était réellement en jeu dans ces élections était le pouvoir du président, Danilo Medina. Au pouvoir depuis 2012, Medina avait été réélu en 2016, et avait tenté en vain de réformer la Constitution pour se faire réélire. En tant que président du parti, Leonel Fernandez s’était opposé à ces manœuvres, si bien que Medina ne l'a pas soutenu lorsqu'il a décidé de se présenter aux primaires. Il est devenu évident que le gouvernement recourait aux ressources de l'État pour soutenir l'héritier désigné de Medina ; en conséquence, le PLD s’est divisé et Fernandez a rejoint le bloc d’opposition. Ces élections ont été très contestées, et ont donné lieu à de nombreuses manipulations. Elles ont laissé un goût amer parmi les citoyens : étant donné la possibilité que la fraude ait été utilisée dans une élection primaire, beaucoup se sont demandés ce qu’il adviendrait de l’élection nationale.

    À ce moment-là, de nombreuses OSC ont commencé à réfléchir à ce qu’il fallait faire : nous avons établi des liens entre nous et avec les acteurs politiques, nous avons partagé des informations et nos évaluations de la situation. Nous avons décidé d’exprimer notre préoccupation et d’exiger des mesures correctives de la part des institutions et entités responsables de l’organisation des élections, à commencer par la JCE et en nous tournant vers le Tribunal Supérieur Electoral et le Bureau du Procureur Général de la République, qui sont chargés de poursuivre les crimes et les irrégularités. C’est ainsi qu’est née l’initiative du Manifeste Citoyen (Manifiesto Ciudadano), qui regroupe des acteurs du monde de l’entreprise, de la religion, du travail, des syndicats et du monde paysan. Nous avons fait campagne pour attirer l’attention de la société sur la nécessité de défendre et de surveiller le processus d’institutionnalisation démocratique à l’approche des élections. Et surtout, nous avons fait du plaidoyer auprès des acteurs politiques. Nous avons organisé des réunions avec les représentants des partis, afin que le manifeste bénéficie du soutien de tous les secteurs. Cela a également fait de nous un interlocuteur direct de la JCE.

    Quand les élections étaient-elles prévues ?

    Le cycle électoral comprenait une série d’élections : les élections municipales, prévues en février, et les élections nationales, tant présidentielles que législatives, initialement prévues en mai. Les élections municipales ont inauguré un nouveau système de vote double, entièrement électronique pour les zones urbaines à forte densité de population et manuel pour les zones rurales. Suite aux demandes du Manifiesto Ciudadano d’apporter certaines garanties et certitudes au processus, le système de vote électronique comportait également une composante manuelle dans la phase de dépouillement des bulletins déposés ; nous avons également réussi à faire enregistrer les décomptes et avons ajouté un système de capture des empreintes digitales et des codes QR.

    Bien que les mesures de sécurité aient été renforcées, la mise en œuvre du nouveau logiciel a posé de sérieux problèmes. Le 16 février, plusieurs heures après le début du vote, la JCE a découvert qu’il y avait un problème avec environ 60% des machines à voter électroniques, et a décidé de suspendre les élections municipales dans tout le pays.

    Cela a provoqué une crise de confiance et des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour protester presque quotidiennement. Le 17 février, une manifestation devant le siège de la JCE a exigé la démission de tous ses membres. Le mécontentement a également touché le gouvernement, car de nombreux manifestants ont estimé qu’il avait tenté de tirer profit du mauvais fonctionnement des machines. Le 27 février, jour de l’indépendance, une manifestation massive a eu lieu pour demander une enquête sur ce qui s’était passé et une plus grande transparence dans le processus électoral. La diaspora dominicaine dans différents pays du monde a organisé des manifestations de solidarité pour soutenir la démocratie dans leur pays. 

    Les élections municipales ont été reprogrammées pour le 16 mars et se sont déroulées sans vote électronique. A cette époque, la pandémie de COVID-19 avait déjà commencé, mais suspendre les élections une seconde fois aurait été un coup dur. C’est pourquoi la République dominicaine a déclaré tardivement l’état d’urgence : le gouvernement a attendu que les élections aient lieu pour décréter trois jours plus tard l’état d’urgence et le couvre-feu.

    En avril, face à cette situation prolongée, le corps électoral a décidé de reporter les élections nationales au 5 juillet, après consultation des partis et de la société civile. Il n’y avait pas beaucoup de marge car il fallait prévoir l’éventualité d’un second tour des élections qui devrait avoir lieu avant le 16 août, date à laquelle le changement de gouvernement devait avoir lieu. Bien sûr, il a même été question de la possibilité d’un amendement constitutionnel pour reporter le jour de l’investiture ; la société civile a dû jouer un rôle important pour désamorcer ces alternatives et organiser un calendrier électoral comprenant toutes les mesures sanitaires nécessaires. Heureusement, les médias ont fourni les espaces nécessaires aux OSC ; nous disposions d’une bonne tribune de communication.

    Étant donné que les élections ont eu lieu pendant la pandémie, des mesures ont-elles été prises pour limiter le risque de contagion ?

    Du côté de la société civile, nous avons essayé de faire en sorte que des mesures sanitaires adéquates soient imposées. Nous avons exhorté la JCE à suivre les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé et de l’Organisation des États américains afin d’avoir la certitude que les mesures nécessaires seraient prises pour que les élections puissent avoir lieu. Ce fut un effort titanesque, car en République dominicaine, nous n’avions pas encore de politique efficace de prévention et de dépistage rapide, mais nous avons pu imposer des protocoles sanitaires comprenant la désinfection et l’assainissement, la distribution de matériel de protection et des mesures de distanciation physique.

    La vérité est que l’importante épidémie de COVID-19 que nous connaissons aujourd’hui n’est pas exclusivement due au jour des élections, mais surtout aux deux mois et demi de campagne désorganisée et irresponsable menée principalement par le parti au pouvoir. Le gouvernement a tenté de tirer profit de la pandémie et des limites imposées par l’état d’urgence. Cependant, cela a pu jouer en sa défaveur. Il y a eu un tel gaspillage de ressources en faveur de la candidature du parti au pouvoir que les gens l’ont mal supporté. C’était grotesque : par exemple, tout comme en Chine, on a adopté la mesure consistant à asperger les rues de désinfectant ; mais alors qu’en Chine un robot ou un véhicule parcourait les rues la nuit et passait dans tous les quartiers, ici nous avons eu droit à un défilé d’une caravane de véhicules officiels à 20 heures, avec sirènes, drapeaux, musique, tout un spectacle de campagne. Les gens n’ont pas apprécié, car cela a été interprété comme un gaspillage de ressources à des fins de propagande qui auraient pu être utilisées pour contrôler efficacement la pandémie.

    Quelles possibilités l’opposition avait-elle de faire campagne dans le contexte de l’urgence sanitaire ?

    Les conditions de la campagne étaient très inégales, car les fonctionnaires jouissaient d’une liberté de mouvement au-delà des heures fixées de couvre-feu, et les partis d’opposition se sont plaints que le parti au pouvoir pouvait poursuivre sa campagne sans restriction alors qu’ils étaient limités aux heures autorisées. L’accès aux médias était également inégal : la propagande en faveur du candidat au pouvoir était omniprésente, car elle était confondue avec la propagande du gouvernement. Dans ce sens, il y a eu une publicité qui a généré beaucoup de malaise, qui disait quelque chose comme « restez chez vous, nous nous occupons de l’aide sociale », et comportait les images des candidats officiels à la présidence et à la vice-présidence.

    La pandémie a été utilisée politiquement de nombreuses manières. À un moment donné, la peur de la contagion a été utilisée pour promouvoir l’abstention : il y a même eu une campagne qui présentait le dessin d’une tête de mort avec le slogan « sortir tue ». Alors que nous menions une campagne avec le message « protégez-vous et allez voter », le gouvernement pariait sur l’instillation de la peur dans la classe moyenne indépendante, tout en prévoyant de faire voter ses partisans en masse. La réaction négative a été si forte qu’ils ont été contraints de retirer cette publicité après quelques jours.

    De plus, l'État a été absent de la plupart des politiques mises en œuvre contre la pandémie, et a laissé la fourniture de l’aide sociale et la prévention entre les mains du candidat du parti au pouvoir. Ainsi, ce n’était souvent pas le gouvernement qui se chargeait de la fumigation, mais les entreprises du candidat. Ce sont les jets de la compagnie d’aviation du candidat, et non les avions d’État ou militaires, qui ont ramené les Dominicains bloqués à l’étranger. Les premiers kits de test ont été apportés de Chine par le candidat lui-même, bien sûr avec de grandes opérations de propagande.

    Avec tous les atouts en sa faveur, comment expliquer que le gouvernement ait perdu les élections ?

    En effet, le candidat du PRM, Luis Abinader, l’a emporté dès le premier tour, avec plus de 52% des voix, tandis que le candidat du gouvernement arrivait en deuxième position avec 37% et l’ancien président Fernandez n’a atteint que 9%. La division du parti au pouvoir à la suite des allégations de fraude lors des primaires a eu un effet, car si le parti avait été uni et non affecté par ce scandale, les résultats auraient pu être différents.

    Face au fait qu’un seul parti a gouverné pendant 20 des 25 dernières années, les citoyens en ont eu assez et ont cherché des alternatives. Les citoyens se sont exprimés non seulement par la mobilisation et la protestation, mais aussi par un processus de sensibilisation qui durait depuis plusieurs années. Des plateformes d’expression très intéressantes ont vu le jour, comme le média numérique Somos Pueblo (Nous sommes le peuple), qui a joué un rôle très important avec sa chaîne YouTube. Le gouvernement faisant campagne dans les rues et les citoyens étant isolés par la pandémie, des stratégies créatives ont également été mobilisées pour contourner les limitations et protester sans sortir de chez soi, comme les « cacerolazos ».

    Le désir de participer afin d’obtenir un changement s’est reflété dans le taux de participation aux élections, qui a dépassé 55%. Si ce chiffre est bien inférieur à la moyenne de 70% enregistrée lors des élections de la dernière décennie, il est remarquable dans le contexte de la pandémie. Face à la mauvaise gestion de la pandémie par le gouvernement actuel, les espoirs placés dans le nouveau gouvernement sont très élevés. Si nous parvenons à surmonter ce défi, nous aurons peut-être devant nous une ère de changements positifs en termes de renforcement des institutions et de consolidation de la démocratie.

    L’espace civique en République dominicaine est classé « rétréci » par leCIVICUS Monitor.

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  • RUSSIA: ‘Human rights activism can be expected to increase in reaction to repression’

    CIVICUS speaks with Leonid Drabkin, a coordinator with OVD-Info, an independent human rights civil society organisation (CSO) that documents and helps the victims of political persecution in Russia. Through a hotline and other sources, OVD-Info collects information about detentions at public rallies and other cases of political persecution, publishes the news and coordinates legal assistance to detainees.

     

  • Russia’s presidential election: a decline in citizen rights

    By Natalia Taubina and Bobbie Jo Traut

    The re-election of Vladimir Putin has been preceded by a significant crackdown on freedom of assembly and rule of law. The CIVICUS Monitor, which tracks and rates civil society conditions across all UN member states in close to real-time, has found that civic space in Russia has closed dramatically as civil society groups have been publicly vilified and marginalised.

    Read on: Open Democracy 

     

     

  • RUSSIE : « L'activisme des droits humains devrait s'intensifier en réaction à la répression »

    CIVICUS s'entretient avec Leonid Drabkin, l'un des coordinateurs d'OVD-Info, une organisation indépendante de défense des droits humains de la société civile (OSC) qui documente et assiste les victimes de persécutions politiques en Russie. Par le biais de sa hotline et d'autres sources, OVD-Info recueille des informations sur les arrestations de manifestants et autres cas de persécution politique, publie des informations et coordonne l'assistance juridique aux détenus.

    Leonid Drabkin

    Pouvez-vous nous parler du travail de OVD-Info ?

    Nous travaillons principalement sur la question de la liberté de réunion pacifique en Russie, en surveillant les violations et en aidant les victimes, bien que nous couvrions également d'autres cas de persécution politique non liés aux manifestations. Nous définissons la persécution politique comme une persécution par le gouvernement ou une personne liée au gouvernement qui implique la violation des libertés civiques, c'est-à-dire de la liberté de réunion pacifique, de la liberté d'expression, de la liberté d'association et de certaines libertés électorales. Nous travaillons dans deux directions : nous aidons les personnes dont les libertés ont été bafouées, et nous recueillons et diffusons des informations, qui à leur tour alimentent notre plaidoyer et nos campagnes pour le changement.

    Nous aidons les personnes détenues grâce à une ligne téléphonique qui fonctionne 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. C'est à la fois un moyen facile de signaler une persécution et une occasion de consulter des professionnels qui savent à quoi s'attendre dans chaque situation, quoi faire et comment le faire. Notre ligne d'assistance reçoit des appels de partout dans le pays et nous recevons également des SMS via Telegram. Nous offrons une aide juridique par ces moyens et également en envoyant des avocats dans les commissariats de police où des personnes sont détenues. Nous soutenons également ceux qui sont poursuivis devant les tribunaux. Par exemple, en octobre 2020, nous avons fourni une aide juridique dans 135 affaires judiciaires - environ cinq ou six par jour ouvrable - dans différentes régions de Russie, étant donné que cette année a été assez particulière pour diverses raisons, y compris le fait que les grandes protestations à Khabarovsk, le district le plus à l'est de la Fédération, se poursuivent. Dans ce cas particulier, le décalage horaire a été un gros problème pour nous. Nous sommes basés à Moscou et nous recevions normalement des appels pendant nos heures de travail, mais durant cette période nous recevons des appels à 4 ou 5 heures du matin et nous avons dû adapter notre façon de travailler.

    Nous travaillons également avec la Cour européenne des droits humains et aidons ceux qui ont besoin de notre aide là-bas. Ce qui nous distingue, c'est notre devise « l'information protège », ce qui signifie que nous aidons non seulement en offrant une assistance directe mais aussi en diffusant des informations, si bien que nous fonctionnons également comme un média et une agence de presse. Nous avons un site Web que nous tenons à jour, et nous avons des journalistes qui font un travail d'enquête et rédigent des articles et des rapports. C'est une autre des façons dont nous aidons les gens, étant donné que ces informations sont utilisées pour tenter de changer les choses à travers un travail de plaidoyer et de clarification de la citoyenneté. Nous publions des bases de données sur une grande variété de sujets. Nous conservons bien les dossiers, donc si quelqu'un veut savoir, par exemple, combien de personnes ont été arrêtées en Russie en 2019, il peut trouver ces informations sur notre site Web.

    Je suis fier de dire que 70 à 80% de notre budget provient de sources privées. Cela reflète la force de notre communauté de donateurs, composée de quelque 6 000 personnes qui versent des contributions mensuelles. Notre organisation a vu le jour en décembre 2011, dans le contexte d'une vague de manifestations de masse qui a abouti à des arrestations massives. Cela a commencé avec une publication sur Facebook et a été fondé en tant que petit groupe de bénévoles, et neuf ans plus tard, nous sommes toujours là : nous sommes devenus une organisation plus durable avec un personnel professionnel et spécialisé, où le bénévolat et le soutien communautaire continuent de jouer un rôle important. Nous avons environ 600 bénévoles, dont certains nous aident au quotidien, tandis que d'autres le font sur une base mensuelle ou sporadique.

    De votre point de vue, quels sont les principaux risques auxquels les activistes et les journalistes sont actuellement confrontés en Russie ?

    Les activistes et les journalistes sont confrontés à de nombreuses menaces, mais peut-être en raison de l'orientation de notre travail, je dirais que les principales sont liées à la restriction de la liberté de réunion pacifique. Ces restrictions opèrent à chaque tournant. Si vous organisez une manifestation pacifique, il est fort probable que vous vous retrouviez en détention, même si cela dépend du problème, de la région où vous vous trouvez et de votre chance. Il y a beaucoup d'incertitude, donc vous ne savez jamais si vous allez être arrêté ou non.

    Avant de protester, vous devez informer le gouvernement local que vous souhaitez organiser une réunion, et pour ce faire, vous avez besoin de leur approbation. Dans de nombreux cas, le processus d'approbation échoue. Le fait même que cette procédure existe est en soi une menace. Selon les normes internationales, ce n'est pas ainsi que cela devrait fonctionner. En Russie, il est nécessaire de demander une autorisation à l'avance. Le délai varie d'une région à l'autre, mais supposons que vous deviez soumettre la demande 7 jours à l'avance, puis attendre le permis et alors seulement, s'ils vous le donnent, pouvez-vous faire votre déclaration. Cela signifie que vous n'avez pas la capacité de réagir rapidement lorsque quelque chose de grave se produit, par exemple en cas de meurtre ou en cas de doute sur les résultats des élections. Il n'est pas possible de protester en réaction à ces événements car vous devez soumettre la demande d'autorisation et attendre plusieurs jours à ce qu'elle vous soit remise, et ce si elle vous est donnée. L'enthousiasme et l'énergie que ces événements provoquent ont tendance à diminuer avec le temps, et il est fort probable que dans une semaine ou deux ils se soient calmés, ce que la législation actuelle prévoit.

    Si votre rallye est approuvé, ils ne vous arrêteront probablement pas. Mais les protestations sur des questions controversées ne sont généralement pas approuvées, et si vous n'avez pas d'autorisation et que vous vous exprimez de toute façon, il est très probable que vous soyez arrêté, puis envoyé dans un poste de police et ensuite jugé. Lorsque les manifestations sont réprimées, vous pouvez également être frappé par les forces de police. Ce n'est pas si courant, mais parfois la police a frappé les manifestants avec leurs matraques, ou leurs « démocratiseurs » comme nous les appelons.

    Si vous êtes poursuivi et qu'il s'agit de votre première violation des règles qui s'appliquent à la manifestation, vous ne serez condamné qu'à une amende, mais si vous êtes un récidiviste, vous pourriez être emprisonné pendant 10 ou 15 jours. Si vous êtes un activiste, vous faire prendre une deuxième ou une troisième fois n'est qu'une question de temps. Or, le système est absurde, car il implique que la nature du crime change lorsqu'il est commis à plusieurs reprises : lorsque vous enfreignez la réglementation pour la première fois, c'est un crime mineur qui est poursuivi par le tribunal administratif, mais quand vous le faites pour la troisième fois, il est considéré comme un crime grave, qui est donc poursuivi par le système pénal, avec d'autres crimes graves tels que le meurtre ou l'enlèvement. Nous disons que c'est le seul article politique de notre Code pénal, car il a été créé pour être utilisé politiquement et constitue une grande menace pour l'activisme.

    Les règles ou leur application ont-elles été renforcées pendant la pandémie de la COVID-19 ?

    Oui, le gouvernement russe a utilisé la pandémie comme excuse pour violer les droits humains. La Russie a été l'un des pays les plus touchés par les infections et les décès causés par le COVID-19, mais elle a également été l'un des rares pays d'Europe à autoriser les gens à se rendre dans les stades de football, les cinémas et les théâtres ; même le métro, toujours plein, fonctionne comme d'habitude, alors que toutes les mobilisations et manifestations sont interdites, selon l'allégation de la pandémie.

    La société civile comprend mieux que le gouvernement tous les impacts négatifs du COVID-19 et n'a pas l'intention de déclencher une grande manifestation. Tout ce que nous voulons, c'est que les gens puissent organiser de petites manifestations, même des manifestations à une personne ou des piquets de grève individuels, qui sont en principe les seuls types de manifestation que nous pourrions faire sans préavis ni demande d'autorisation des autorités. C'est l'une des raisons pour lesquelles les piquets individuels ont augmenté ces dernières années. Mais la répression à leur encontre s'est également intensifiée et les restrictions ont également continué de s'appliquer pendant la pandémie, même si ces manifestations ne présentent aucun risque pour la santé publique. Au cours du premier semestre 2020, quelque 200 manifestants ont été arrêtés, plus que lors de toute année précédente. En fait, j'étais l'une des personnes arrêtées, même si je n'ai pas été arrêtée en relation avec le travail que nous faisons à OVD-Info. En tant qu'OSC, nous essayons de rester politiquement neutres, tandis que moi, en tant qu'individu et activiste, j'ai fait un piquet de grève individuel et j'ai été arrêté pour cela. Je porte actuellement mon cas devant la Cour européenne des droits de l’Homme.

    Y a-t-il eu des restrictions sur d'autres libertés civiques ?

    Bien que je considère que notre plus gros problème soit la restriction de la liberté de réunion, il y a bien sûr aussi une censure en Russie. Certains sites Web sont parfois interdits, mais ce n'est pas très courant. En fait, là où la liberté d'expression devient souvent problématique, c'est en relation avec la liberté de réunion. Par exemple, il y a eu le cas d'une personne qui a été arrêtée pendant 30 jours pour avoir téléchargé un message sur Facebook invitant d'autres personnes à participer à une manifestation qui n'avait pas été approuvée par le gouvernement. Bien que cette personne ait été arrêtée pour avoir exercé son droit à la liberté d'expression, la violation était associée à la restriction de la liberté de réunion, qui rend illégale la convocation à une manifestation non autorisée.

    Il existe un nombre croissant de lois qui interdisent certaines formes de discours, du « manque de respect » envers le gouvernement à la diffusion de la « propagande LGBT ». On peut être accusé d'avoir dit ou posté quelque chose de critique au point d'être perçu comme irrespectueux, ou même juste d’avoir évoqué des droits des personnes LGBTQI +, car en 2013 une loi connue comme « loi sur la propagande gay » ou « loi anti-gay » a été passée ayant supposément pour objectif de protéger les enfants en criminalisant la distribution de « propagande non traditionnelle sur les relations sexuelles » aux mineurs. Cette loi interdit fondamentalement de parler aux mineurs, et dans tout autre contexte, des sujets LGBTQI +.

    Ces dernières années, les restrictions à la liberté d'association ont également augmenté. Des dizaines d'OSC ont été classées comme « agents étrangers » et de nombreux groupes d'activistes ont été traités comme des terroristes ou des extrémistes, même s'ils n'ont rien fait. Un exemple clair s'est produit il y a quelques mois, lorsque sept jeunes activistes ont été condamnés pour extrémisme et certains ont été condamnés à plusieurs années de prison. Ils n'avaient eu que des conversations dans un groupe de discussion infiltré par un agent du FSB (Service fédéral de sécurité), qui avait poussé à un agenda politique radical pour tendre un piège aux autres participants, qui ont ensuite été contraints de faire de faux aveux.

    Compte tenu de l'accent mis par OVD-Info sur l'information, êtes-vous préoccupé par les tactiques de désinformation utilisées par les responsables du gouvernement russe ?

    Je suis de nombreux politiciens sur Facebook et parfois je vois qu'à côté de leurs messages, il y a une légende qui dit quelque chose comme « s'il vous plaît vérifiez cette information car elle pourrait être fausse », comme avec les tweets de Trump. Je ne considère pas que ce soit un si gros problème en Russie, ou peut-être que nous ne sommes pas pleinement conscients parce que cela a toujours été le cas. En interne, je ne vois pas la désinformation comme une nouvelle tactique. En Russie, nous n'avons jamais fait confiance à notre gouvernement, sur aucune question - ni en relation avec les statistiques COVID-19, ni en relation avec l'inflation ou les taux de chômage. Cela a toujours été comme ça. Les chiffres sont inventés et personne ne les croit.

    Concernant les sources d'information, je pense qu'en Russie, nous avons deux publics différents, qui se mélangent que très rarement : le public de la télévision et les internautes. Les personnes âgées et celles qui vivent dans des zones plus rurales ont tendance à regarder la télévision, tandis que les plus jeunes et ceux des zones urbaines utilisent Internet. La plupart de ce que l’on voit à la télévision est de la propagande, pas de l'information ; si vous voulez vous y référer en tant qu'information, alors ce serait une « fausse information ». Mais si vous surfez sur Internet, vous avez la possibilité de trouver des informations fiables. Il est nécessaire de bien chercher, car il y a beaucoup d'informations et souvent les informations fausses et vraies sont mélangées, mais au moins vous en avez accès.

    Pouvez-vous nous parler du référendum constitutionnel de juin 2020 ?

    Je pense que vous, qui le regardez de l'extérieur, y avez prêté plus d'attention que nous en Russie. En fait, référendum n'est même pas le mot juste. Le gouvernement n'a jamais qualifié le vote de référendum ; ils l'appelaient une « enquête nationale ». Il n'est même pas nécessaire de tenir un référendum pour amender la Constitution. En fait, il n'y a pas longtemps, lorsque la Russie a conquis la péninsule de Crimée, la Constitution a dû être amendée pour inclure une région supplémentaire de la Russie, mais aucun référendum n'a eu lieu ; d'autres mécanismes ont été utilisés à la place.

    Le gouvernement aurait pu emprunter la voie législative, mais il voulait que les modifications soient légitimées par une grande majorité de la population. Cependant, ils n'ont pas pu organiser de référendum car ce mécanisme devait être appelé des mois à l'avance et les règles permettaient uniquement aux personnes ayant des problèmes de santé de voter de chez elles. Ils ont donc appelé cela une « enquête nationale », une figure qui n'est réglementée par aucune loi - contrairement au référendum, qui doit être organisé selon des directives spécifiques. Cela a donné au gouvernement une grande souplesse en termes de dates et de règlements. Dans de nombreuses régions, les gens pouvaient voter à distance par des moyens électroniques, ce qui ne serait pas en soi négatif, mais dans ce contexte, cela offrait des possibilités supplémentaires de violations. Une semaine complète a été ajoutée pour voter avant le jour du vote, ce qui était une bonne décision du point de vue de la santé publique, mais a ajouté encore plus de possibilités de fraude. Et il n'y a pas eu de contrôle indépendant, donc les résultats ne peuvent être fiables, selon lesquels une écrasante majorité de 70% s'est prononcée en faveur de la réforme.

    J'ai été indigné par les modifications possibles de la Constitution, qui comprenaient de nouvelles dispositions faisant référence aux limites du mandat présidentiel et permettaient de ne pas compter les périodes précédemment détenues par ceux qui occupaient le poste, permettant à Poutine de concourir pour deux mandats présidentiels supplémentaires de six ans. Par ailleurs, l'accent était mis sur la « famille traditionnelle », l'introduction de l'éducation patriotique dans les écoles, une mention explicite de la foi en Dieu et une déclaration qui place la Constitution au-dessus du droit international.

    J'étais également très préoccupé par le fait que personne autour de moi n'était assez en colère. Les partis politiques et les dirigeants de l'opposition n'ont pas appelé les gens à voter contre ; ils n'ont simplement rien dit. Ils n'étaient même pas opposés au vote pendant la pandémie. Pour moi, c'était une décision criminelle, mettant inutilement en danger des dizaines de millions de personnes en les faisant voter en pleine pandémie. Je fais partie d'un comité électoral et à toutes les élections je travaille aux tables de vote ; je me présente à l'école locale et je reste assis toute la journée à chercher les noms des électeurs dans les registres, à leur remettre leurs bulletins de vote et à signer à côté de leurs noms, mais cette fois-ci je ne l'ai pas fait parce que j'avais peur pour ma santé. Je ne voulais pas être dans une pièce avec autant de monde en pleine pandémie.

    La société civile n'était pas non plus très active. L'une des OSC russes les plus connues, Golos, qui travaille sur les questions d'observation électorale, a fait la lumière sur la question, dénonçant que le vote a été manipulé et que les résultats ont été falsifiés. Mais la société civile dans son ensemble n'a pas vraiment été confrontée au problème, et je pense que la pandémie pourrait avoir quelque chose à voir avec cela, car en temps normal, elle serait sortie pour protester, mais à l'heure actuelle, la pandémie rend les choses extrêmement compliquées.

    Les activistes des droits humains ont-ils trouvé des formes de résistance créatives et alternatives ?

    Les activistes des droits humains sont comme des champignons après la pluie : nous nous multiplions en réaction aux violations des droits humains. Après chaque nouvelle vague de répression, l'activisme augmente et de nouvelles OSC émergent. OVD-Info est né en réaction à la répression des grandes manifestations qui ont eu lieu après les élections législatives, et neuf ans plus tard, nous continuons à grandir. 2019 a été une année de persécutions massives et de nombreux projets prometteurs ont été développés en conséquence. Par exemple, nous avons maintenant un excellent tchat Telegram appelé « paquets aux postes de police », qui est activé lorsqu'une personne est détenue et a besoin d'eau, de nourriture, d'un chargeur de téléphone portable ou de tout autre élément essentiel, et à travers laquelle nous nous coordonnons afin que quelqu'un aille tout simplement au poste de police et remette les éléments à la personne détenue. De cette manière, tout le monde peut exprimer sa solidarité. En participant à cette initiative, même ceux qui ont peur de protester peuvent être utiles sans risque. Nous avons une autre initiative, « taxi pour prisonniers », à travers laquelle les gens se portent volontaires pour vous chercher ou vous chercher un taxi si vous êtes détenu et ils vous libèrent au milieu de la nuit, quand il n'y a pas de transports publics. Lorsqu'ils m'ont arrêté plus tôt cette année, ils m'ont infligé une amende, et alors j'ai bénéficié d'une autre initiative qui soutient le piquetage individuel en utilisant « crowdfunding » afin de recueillir les fonds nécessaires au paiement de l'amende. De nouvelles initiatives continuent de voir le jour pour lutter contre chaque nouvelle violation des droits, et à mesure que de nouvelles restrictions sont imposées, on peut s'attendre à ce que l'activisme des droits humains s'intensifie.

    L'espace civique en Russie est qualifié de « répressif » par leCIVICUS Monitor.
    Entrez en contact avec OVD-Info via leursite Web ou pageFacebook, et suivez@Ovdinfo sur Twitter. 

     

  • SADC should urge respect of the rule of law in Zimbabwe’s post-elections crisis

    JOHANNESBURG: The Southern African Development Community (SADC) should urge Zimbabwean authorities to show restraint and respect of the rule of law in the wake of a violent crackdown on post-election protests.

    Global civil society alliance, CIVICUS, is calling on SADC to engage Zimbabwe on its response to protesters who express dissatisfaction with the administration of the July 30 general elections.

    At least six people were killed and many more injured when security forces used live ammunition against protesters in the capital Harare, as the country awaited the results of the historic vote.  Riot police and military in armoured vehicles swept through the streets, targeting bystanders and forcing others to shutter businesses and return home.  Several journalists covering the event were intimidated and forced to stop working.

    On August 4, riot police dispersed a press conference organised by the opposition Movement for Democratic Change (MDC) in the capital, Harare.  Before that, police raided MDC headquarters, arresting party members and charging them with inciting and engaging in political violence.  Most are currently being held in Harare’s notorious Chikarubi Maximum Security Prison.  Security forces have intimidated the political opposition and ordinary citizens, arresting supporters of the MDC.  Some have been abducted and others have gone into hiding.  The army is also harassing, under the cover of darkness, activists it suspects of leading the organization of protests.

     The release of the results of the 30 July elections and the actions of the army and riot police have brought back traumatic memories of decades of repression suffered by Zimbabweans, under the regime of ousted president Robert Mugabe.

     “The use of live ammunition against unarmed civilians can never be justified,” said David Kode, CIVICUS Campaigns and Advocacy lead.

    “As responsible neighbours and stakeholders of peace in the region, SADC leaders should send a clear message to Zimbabwean authorities to act with integrity and respect the rule of law including exercise of fundamental freedom.”

    The 30 July elections were expected to usher in a new era of democratic governance in Zimbabwe after the military coup in November 2017 but the post elections crisis has led to uncertainty and demonstrated that the military continues to cast an ominous shadow over politics.  Zimbabwean authorities invoked the restrictive Public Order and Security Act to enable the armed forces intervene.  

    The right to freedom of expression, association and assembly is enshrined in the Zimbabwean constitution. SADC should call on the government and security forces to exercise restraint and respect these fundamental rights of citizens including the right to assemble peacefully.  

    CIVICUS Monitor, an online tool that tracks threats to civil society in all countries around the world, rates the space for civil society in Zimbabwe as “repressed.”

    ENDS.

     

    For more information, please contact:

    David Kode

     

    Grant Clark

     

     

  • SERBIE : « La crise politique va s’approfondir parce qu’une grande partie des citoyens n’est pas représentée »

    CIVICUS s’entretient avec Ivana Teofilović sur les causes des récentes manifestations et la réaction du gouvernement à celles-ci, ainsi que sur les élections tenues en Serbie pendant la pandémie de la COVID-19. Ivana est coordinatrice du programme de politique publique à Civic Initiatives, une association de citoyens serbes qui vise à renforcer la société civile par l’éducation civique, la promotion des valeurs et des pratiques démocratiques et la création d’opportunités de participation citoyenne.

     

  • SINGAPORE: ‘Opposition parties were given unfavourable coverage by the state media and had difficulty accessing voters’

    CIVICUS speaks to human rights defender Jolovan Wham about the recent elections in Singapore, which were held in the context of the COVID-19 pandemic. TheCIVICUS Monitor has documented the use of restrictive laws in Singapore against civil society activists, human rights defenders, lawyers, independent online media outlets and members of the political opposition, who face prosecution, including through defamation suits and contempt of court charges.

    Jolovan Wham

     

    Has there been any disagreement around whether elections should be held, when, or how?

    Yes. Opposition parties were largely against it as the COVID-19 pandemic had not abated and holding the elections might pose a public health threat. They were also concerned that physical rallies and door-to-door visits would be disallowed, which would hinder their campaign efforts.

    And indeed, it was more difficult to connect face to face with voters when a one-metre distance had to be maintained during walkabouts and door-to-door visits. Everyone had to give their speeches and connect with voters online.

    Some changes were introduced so elections would proceed in the context of the pandemic. Voting time was extended by two hours to take the longer queues caused by social distancing into consideration. But the possibility of online voting was not discussed. And older people and those who were frail may have not participated for fear of getting infected with COVID-19.

    What was the state of civic freedoms ahead of the elections?

    The ruling People’s Action Party’s (PAP) control of all public institutions is a major civic freedom issue. It means it gets to shape the political discourse according to its agenda and set the rules of the game to its advantage. For example, the elections department, which draws electoral boundaries, reports to the prime minister himself. Most civil society groups are afraid of engaging in the elections in a meaningful way for fear of being seen as ‘partisan’. If a civil society association is associated with an opposition party, it may lose funding, support and patronage for its work.

    A recent report by the ASEAN (Association of Southeast Asian Nations) Parliamentarians for Human Rights documented structural flaws that prevented the election from being fair, including the prime minister’s broad powers over the entire electoral process without any effective oversight. The environment in which the Singaporean people were able to exercise their right to participate in public life was heavily restricted. Key opposition candidates had been targeted with lawsuits by members of the PAP, and voters in opposition-led constituencies fear reprisals for not voting for the PAP. Fundamental freedoms, which are intrinsically linked to free elections, are limited as the government controls the media and uses restrictive laws against dissenting and critical voices.

    How did this affect the chances of the opposition?

    Opposition candidates and parties had to rely solely on social media to get their message out, because of unfavourable coverage by state media. They also had difficulty accessing voters because of the PAP’s monopoly, manipulation and control of national grassroots groups, unions and organisations, on top of the difficulties involved in holding physical rallies in the context of the pandemic.

    The elections were held on 10 July. The PAP secured 83 parliamentary seats but faced a setback as the opposition made minor but historic gains. The Workers’ party, the only opposition party in parliament, increased its seats from six to 10 – the biggest result for the opposition since independence. The PAP popular vote dipped to 61 per cent.

    What were the main issues the campaign revolved around?

    For the PAP, the campaign revolved around smearing opposition candidates, accusing them of peddling falsehoods and of having nefarious agendas and engaging in character assassination. Scaremongering tactics were also used: the electorate were told that only the PAP could get Singaporeans out of the COVID-19 pandemic and that having more opposition members in parliament would thwart these efforts.

    Opposition parties, on the other hand, focused on telling the electorate that they were in danger of being wiped out of parliament as they held fewer than 10 elected seats out of almost 90. Issues such as the high cost of living and immigration were other key issues raised by the opposition.

    Civic space in Singapore is rated as ‘obstructed’ by theCIVICUS Monitor.

     

  • Singapore: Open letter to parliamentary candidates and political party leaders to prioritise fundamental freedoms

    As Singaporeans prepare to go to the polls in parliamentary elections on 10 July 2020, the Asian Forum for Human Rights and Development (FORUM-ASIA), CIVICUS: World Alliance for Citizen Participation and the International Commission of Jurists urge all parliamentary candidates and political party leaders to commit to respecting and protecting human rights, particularly fundamental freedoms, as part of their mandate.