Chers donateurs, vous souhaitez offrir votre soutien aux mouvements sociaux ? Voici en gros l’essentiel de ce que vous devez faire:

1. Soyez mal à l’aise.
2. Transférez plus d’argent.
Thousand Currents est actif depuis 30 ans et est intervenu à travers la philanthropie internationale et pour le changement social. Lors de ces années d’activité, nous avons personnellement appris la différence entre l’aide à une cause, un organisme ou un mouvement. Voici notre vision en termes de caractéristiques importantes pour les mouvements sociaux :
Ces mouvements sont généralement axés sur l’évolution de systèmes, de structures et d’institutions en termes de justice et d’égalité. (Pour information, la philanthropie est en soi une institution.) Cela signifie un changement fondamental du statu quo de la société, pas simplement une amélioration des services pour les « pauvres » (bien que cela reste important pour les mouvements en termes de stratégie).
Les mouvements créent des communautés et du dynamisme en réponse aux besoins spécifiques ou aux conditions sociales, ou à une vision particulière, ou même au trois à la fois. Ces mouvements ressemblent à une organisation faîtière, plutôt qu’à un organigramme, y compris le rassemblement de plus en plus d’individus, de militants, de groupes formels et informels, d’analystes politique, d’organisations de la société civile (CSO), de producteurs de médias, etc. tous prenant des mesures coordonnées.
Le plus important est de savoir ce qui différentie les mouvements d’autres initiatives sociales est que ceux-ci découlent des populations. Ce leadership collectif peut prendre plusieurs formes, mais il est vu comme une reddition de comptes à l’égards de ces populations – et non aux comités ni aux donateurs.
Les mouvements sont caractérisés par des analyses systémiques et des programmes précis afin de prendre des mesures de principe, collectives et directes et de créer de la pression de manière stratégique et ciblée. Les mouvements sont des phénomènes, tout autant qu’ils puissent inclure des efforts communs en terme de politique, de changement de discoure, de mobilisation populaire ou des organisations. Cependant, parfois les mouvements sont des efforts distincts travaillant à la mise en place d’un programme nouveau ou écarté. Les mouvements diffèrent énormément, puisque ce sont les populations qui décident de leurs configurations.
Si vous souhaitez toujours apprendre comment aider de manière efficace ces groupes de personnes en constante évolution essayant d’apporter du changement dans le monde, voici quelques idées de la part de Thousand Currents.
3. Soyez clairs : les donateurs ne lancent pas les mouvements. Ils les financent. Ils les mettent en relation. Ils peuvent les réunir. Ils soutiennent, mais ne créent pas. La création de mouvements est le travail des directeurs.
4. N’affirmez pas votre soutient lors d’une inscription formelle. Les mouvements peuvent avoir plusieurs formes et ne conviennent pas toujours aux options des formulaires administratifs. Limiter votre financement à une structure particulière risque d’affaiblir l’émergence et la dynamique des mouvements et freine leurs impacts.
5. Expliquez pourquoi VOUS (le donateur) devez être celui ou celle qui soutient le(s) mouvement(s). Soyez prévoyant.
6. Envisagez plusieurs points d’entrée vers les mouvements. Ne vous rattachez pas à un seul groupe ou au leader d’un mouvement. Renseignez-vous sur les multiples acteurs et les relations à l’intérieur du mouvement, et identifiez les multiples points d’entrée à travers lesquels vous pouvez apporter votre soutient.
7. Sachez que les leaders des mouvements prennent tous des risques ; leur vie, leur famille, leurs communautés sont à risque. Lors du récent rassemblement de la Edge Funders Alliance à la Nouvelle Orléans, les organisateurs communautaires et le vice-directeur exécutif de Freefom Inc., Mr Adams, a dit que « les personnes travaillant pour des mouvements ont peu et donnent tous leurs biens matériels, émotionnels et collectifs… Je vous défis, vous les donateurs, de donner autant que nous avec votre argent. »
8. Soyez très clair à propos des limites de votre responsabilité envers les mouvements. Si vous soutenez un mouvement, vous êtes responsable envers ce mouvement. Comment sera vu votre contribution par rapport à leurs priorités/efforts ? Comment allez-vous leurs faire part de vos activités ? Comment vous feront-ils part de leurs activités ? Soyez conscient de la flexibilité que cela demande. Ces interactions continueront à changer votre manière de soutenir les mouvements.
9. Préparez-vous à être contesté. Les mouvements posent des questions pour répondre aux injustices. Cela représente le noyau de leur travail, et cela s’appliquera à votre organisation également. Par exemple, la source de votre financement sera remise en question. Imaginez : De quoi êtes-vous prêt à débattre au sein de votre organisation ? Les partenariats avec les mouvements ne vous rendront pas la tâche facile. Voir point numéro 1 ci-dessus.
10. Offrez un soutien financier à long termes. Tant qu’il le faudra. Le changement social ne se fait pas du jour au lendemain. Cela signifie aussi qu’il se fait sans condition. Si des partenaires du mouvement souhaitent payer les frais ou lancer une nouvelle campagne, c’est à eux de décider. S’ils souhaitent changer leurs stratégies et leurs tactiques, ils le peuvent. Ils demeurent flexibles.
11. Ne perdez pas de vue l’une des ressources les plus importantes pour les mouvements : le temps. Faites-en sorte de ne pas en demander plus qu’il n’en est disponible. Faites votre travail. N’en demandez pas trop de la part de mouvement déjà très occupés et en manque de temps. Soyez clairs dès le début à propos des informations dont vous aurez besoin (y compris leur correspondance et pas seulement les rapports) et soyez prêt à négocier. C’est un privilège que de pouvoir penser que nous devrions avoir toutes les informations, tout le temps et les donateurs doivent l’oublier. Est-il nécessaire d’envoyer cet email en y ajoutant une question, ou pouvez-vous trouver la réponse vous-même?
12. Ne brouillez pas votre rôle. Vous vous imaginez peut-être en tant qu’activiste, mais notre rôle de donateur doit être la première responsabilité et l’identité qui nous engage. Soyez clair afin de ne pas déformer votre pouvoir, ce qui représentera une charge supplémentaire injustifiée pour les mouvements.
13. Soyez prêt à voir vos idées et vos contributions rejetés. Ne soyez pas sur la défensive. Encore une fois, cela signifie : Faites. Votre. Travail. Et cela veut dire adopter le travail personnel et émotionnel et mettre de côté votre ego et être à l’écoute.
14. Vous n’êtes pas un porte-parole pour les mouvements, parce que vous n’êtes pas l’émissaire, ni le mandataire, ni le superviseur des mouvements. Vous vous exprimez publiquement seulement en ce qui concerne le soutient qu’apporte votre organisation aux mouvements.
15. Accompagnez vos homologues. Montrez-vous lors d’évènements philanthropiques comme des conférences ou des groupes d’affinités pour donateurs. C’est là que votre voix compte. Profitez de votre accès à ces espaces pour récolter des fonds !
16. Cessez de chercher une « boite à outils » pour le soutient de mouvements. Après trente ans de financement de mouvements populaires, Thousand Currents expérimente toujours et fait parfois des erreurs. Nous avons appris que notre travail n’est pas de toujours d’avoir les bons outils ou les solutions appropriées, ni de partager nos solutions ou « une formule parfaite ». Plutôt, notre soutien aux mouvements exige un ancrage et un apprentissage itératif.
17. Vos délais n’ont pas d’importance. Les mouvements, et nos partenaires, doivent avancer à la même vitesse que la confiance pour avoir une chance d’aboutir.
18. Engagez-vous à faire votre recherche. L’histoire des mouvements sociaux aux USA et dans le monde est masquée et marginalisée dans la culture dominante. Cela signifie que beaucoup d’entre nous ont encore beaucoup à apprendre.
19. Comprenez que le militantisme n’est pas sexy. Le travail peu reconnu et sous-estimé est celui qui devient visible lors des tournants qui attire l’attention du public. Par exemple, avant que #MeToo ne fasse parti du discours dominant l’an dernier, Tarana Burke allaient déjà à l’encontre de 10 à 15 rescapées d’agressions sexuelles depuis 2006, faisant le travail difficile et long derrière le hashtag. Elle a indiqué qu’ « entendre ‘me too’ peut changer la trajectoire de la guérison. »
20. Modifiez votre direction en tant que donateur, et privilégiez le collectif. Cela signifie qu’il faut agir ensemble et comprendre comment contester les points de vue qui reflètent l’isolationnisme et l’instrumentalisme.
21. Elargissez votre définition du concept de leadership. Ce qui est requis pour les leaders de mouvements n’est pas lié aux hiérarchies pyramidales traditionnelles. A la place, les leaders suivent des manières de travailler plus fluides et nouvelles ; ils n’hésitent pas à se retirer et à laisser d’autres prendre les choses en main. Ils doivent savoir comment guider les personnes vers le bien collectif, et comment cultiver et tirer parti de l’apprentissage collectif. Il faut dire adieu au type de leader unique et charismatique.
22. Soyez conscient de tous les –isme. Prendre encore plus conscience de comment les identités sociales contribuent au chevauchement de l’oppression et de la discrimination ne veut pas dire que vous devez automatiquement abandonner vos secteurs de concentration. Financer en étant conscient de l’intersectionnalité des discriminations demande que nous considérions plusieurs perspectives pour nos stratégies.
23. Les représentations sont importantes. Cela demandera une évaluation potentiellement difficile pour savoir si les personnes et les leaders de votre propre organisation reflètent la direction du mouvement.
24. Sachez quand et comment poser les bonnes questions, celles qui entrainent une réflexion et une planification supérieure. Et si vous ne savez pas comment, alors soyez à l’écoute et continuez à apprendre.
25. Dépassez la banalité. Vraiment. Par exemple, le secteur de la philanthropie a déjà évoqué la répartition des donations depuis des années. Demandez-vous : Qu’est-ce qui peut nous empêcher de doter et de soutenir les mouvements ? Voir les points numéro 1 et numéro 2 ci-dessus.
En fait, lorsque vous avez un doute sur quoique ce soit en lien au financement des mouvements sociaux, référez-vous aux points numéro 1 et numéro 2.
Solomé Lemma est le directeur adjoint de Thousand Currents et le co-fondateur de Africans in the Diaspora. Cet article a apparu initialement dans Inside Philanthropy. Cet article fait partie d’une série célébrant le 25eme anniversaire de CIVICUS, et offrant des perspectives et des aperçus des actions citoyennes à travers le monde.
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