5. « Je vous prie de libérer ces personnes en Zambie. Ainsi que le reste des « freedom fighters » (combattants de la liberté) dans le monde : ne vous découragez pas » – un message de la part d’un militant et artiste Africain emblématique

Echange avec Thomas Mapfumo

Le célèbre musicien Thomas Tafirenyika “Mukanya” Mapfumo a fui le Zimbabwe, son pays d’origine, en 2000 après que ses critiques ciblées aient fait de lui une cible du régime de Robert Mugabe. Les arts ont toujours joué un rôle important dans la lutte pour la liberté, les droits de l’hommes et la démocratie. Mais les artistes dans le monde, en Uganda, en Afghanistan et ailleurs, subissent toujours des attaques. En Zambie, six militants, dont des musiciens ainsi que des leaders de la société civile, ont été inculpés pour avoir participés à une manifestation pacifique en Septembre 2017. Avant leur procès le 25 juin à Lusaka, la capitale du pays, et pour marquer les 25 ans de CIVICUS et des actions de la société civile, dont les arts font partie, Mapfumo, 72 ans, appelé le « Lion du Zimbabwe », s’est confié à CIVICUS :

Dites-nous brièvement qui vous êtes en tant que musicien.

Je chante à propos de la liberté, de la justice et de l’égalité. Cela fait des années que je le fais et je ne m’arrêterais pas tant que l’Afrique ne sera pas libre. Alors que par le passé nous nous bâtions contre le colonialisme et la ségrégation raciale, aujourd’hui notre grand défi est l’émergence de dictatures en Afrique. Les droits de l’hommes continuent d’être sacrifiés. Nos représentants continuent à bafouer les libertés civiles. Les affaires de persécutions sont de plus en plus nombreuses. La liberté d’expression coûte cher en Afrique.

Crédit: Chimurenga Music Company

Quelle est l’importance des arts en termes de liberté d’expression ?

Les arts sont très, très importants, vraiment importants. Nous devons nous battre pour avoir la démocratie dans ce monde, puisque beaucoup de personnes pauvres souffrent à cause de la situation à laquelle fait face le monde aujourd’hui. Nous devons faire quelque chose, nous devons nous exprimer, résister et nous faire entendre. Nous devons voir l’art comme un moyen de communiquer des idées et un moyen de trouver des points communs et de promouvoir la civilité entre les gens. L’art rassemble les gens et donc lorsque des artistes sont persécutés, cela devient un souci commun.

Vous avez parlé avec le musicien Chama Fumba, connu sous le nom de pilAto, l’un des six musiciens inculpes en Zambie récemment, pour lui apporter votre soutient. Comment se porte-t-il ?

Oui je lui ai bien parlé. Il va bien.

Est-ce que vous souhaitez par-là envoyer un message aux autorités en Zambie pour qu’elles retirent les charges à l’encontre des militants ?

Oui c’est ça. La Zambie a attiré l’attention du monde mais pas pour les bonnes raisons cette fois. Six militants dont pilAto sont accusés. Ce n’est pas facile pour le monde de nous prendre au sérieux tant que nous continuons de nous traiter les uns les autres comme des esclaves. Je pense que les gens qui sont réellement sensibles à la démocratie ne devraient pas être en prison. Ils représentent la voix de ceux qui ne peuvent pas parler eux-mêmes, donnez-leurs la chance de dire ce qu’ils veulent. Lorsque nous prions pour la liberté, il n’y aucune liberté à laquelle se référer quand les personnes arrêtées subissent des persécutions injustifiées. Le gouvernement Zambien peut mieux faire.

Nous faisons appel au Président Edgar Lungu afin qu’il prenne cette affaire au sérieux. La persécution des militants ne fera pas avancer la cause des Zambiens au niveau international. Il est temps que la civilité triomphe. Nous lui demandons de libérer les six militants, pour une Zambie meilleure.

Comment était la vie sous le régime de Mugabe avec la restriction des arts ?

Quand Mugabe était encore au pouvoir je pensais ne jamais pouvoir retourner au Zimbabwe, parce que j’étais une personne ciblée et j’étais considéré comme ennemi de l’état.

C’est pour cette raison que je vis maintenant en Amérique, à cause du régime de Mugabe. J’ai hâte de retourner au Zimbabwe maintenant. J’y étais en Avril pour un concert. Tout s’est très bien déroulé, on a eu une immense foule. Je dois donc y retourner et continuer à me battre.

Est-ce que vous suivez de près ce qui se passe en Zambie, au Zimbabwe et dans le reste de l’Afrique ?

Oui. Je ne suis pas en Amérique indéfiniment. Je ne souhaite pas y rester longtemps, je viens d’autre part. Je dois retourner chez moi et vraiment travailler avec mes pairs.

Je veux retourner au Zimbabwe et aider les personnes pauvres là-bas. J’ai toujours été du côté des pauvres. Et je dois faire en sorte qu’ils soient libres, qu’ils aient une voix.

La répression des arts n’est pas seulement un problème en Afrique n’est-ce pas ?

Non, non, non, ce n’est pas seulement en Afrique. C’est aussi dans le reste du monde. Le reste du monde, oui.

Serez-vous de retour au Zimbabwe pour les prochaines élections ?

Non, pas pour les élections. J’y serai après les élections.

(Mais) mon vote sera pour la jeunesse d’aujourd’hui. Ma génération est révolue, je suis vieux maintenant. Nous (ma génération) avons échoué. Nous avons besoin qu’une nouvelle génération arrive et de prenne les choses en main, et change cette situation. Nous devons leur donner une chance parce que c’est une génération jeune et elle représente l’avenir.

Est-ce que vous les encourager à utiliser les arts pour faire passer leur message ?

Oui, j’encourage les jeunes à prendre les choses en main et à pratiquer la démocratie. Je serai toujours du côté des pauvres et je me battrai toujours pour la liberté, c’est mon but. Mon objectif est de me battre pour la liberté des pauvres dans le monde. Et pas seulement en Afrique, mais dans le monde entier. Les pauvres souffrent toujours aujourd’hui (partout dans le monde).

Y a-t-il d’autres artistes Africains ou d’ailleurs qui vous inspirent vraiment ?

Des musiciens comme le défunt Fela Kuti, qui était messager du peuple. Hugh Masekela aussi et Miriam Makeba. Beaucoup de militants noirs de battent pour la liberté. Et je suis aussi un grand fan de Nelson Mandela.

Et enfin, avez-vous un dernier message ?

Je tiens à dire au reste des « freedom fighters » dans le monde qu’ils ne doivent pas abandonner. Ils doivent continuer à se battre pour la liberté, pour les droits des peuples, pour la justice.

Cet article fait partie d’une série célébrant le 5ème anniversaire de CIVICUS et offre des perspectives et des aperçus sur les actions citoyennes dans le monde.

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Image d’intro courtoisie de Chimurenga Music Company

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