Pendant des siècles, les arts ont été une manière de s'exprimer et de communiquer l’un avec l’autre. C'est l'expression sincère de l'âme à travers la parole, la vue et le son. Nous utilisons l'art comme une façon de partager des histoires et de créer des changements. L’usage de l’art en tant que forme d'activisme est en hausse. Mais pour quels résultats?
Nous devons nous demander quel rôle ont joué les arts dans la lutte pour la liberté, les droits de l'homme et la démocratie? La démocratie qui devrait être du peuple, par le peuple, pour le peuple. La démocratie nous permet-elle aujourd'hui de nous exprimer librement sans qu’il y ait des conséquences? Les arts, en tant que philosophie de l'action, suscitent chez les activistes une introspection et leur permettent d'avoir une vue d'ensemble. L'art parle. Cela permet aux activistes de s'exprimer de la manière dont ils se sentent le plus à l’aise. Mais les lois y mettent des obstacles. Nous laisser la liberté de nous exprimer à travers l'art nous permet d'être des agents du changement. Nous sommes les guides et la source d’inspiration des moyens originaux par lesquels la société civile peut impliquer les gens.
Selon la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme (DUDH), la liberté d'expression est le droit de toute personne de détenir des opinions sans restriction. Cependant, ce droit fondamental se trouve souvent entravé par des tactiques telles que la censure, des lois restrictives et le harcèlement. La censure a toujours constitué l'une des principales violations de l'espace civique et le Moniteur de CIVICUS l’a signalée dans son rapport.
En 2013, Farida Shaheed, Rapporteur Spécial des Nations Unies sur les droits culturels, a souligné le droit à la liberté d'expression et de création artistiques. Cela inclut le droit pour une personne d'expérimenter en toute liberté les différentes expressions et créations artistiques, d’apprécier et de diffuser des œuvres artistiques. Il ne s'agit pas seulement de s'exprimer librement mais de voir comment les citoyens ont accès et peuvent prendre part à des expériences culturelles. La liberté artistique peut être d’une grande importance pour toute nation. C'est l'un des enjeux essentiels de la démocratie.
En 2015, CIVICUS et cinq autres partenaires ont organisé une «rencontre hétéroclite improvisée de 72 heures» pour tenter de recréer une expérience de l'Institut de Beaux-Arts à Paris qui a eu lieu il y a un demi-siècle de cela. Des artistes du monde entier se sont rassemblés en Afrique du Sud et ont travaillé pendant 72 heures - sans dormir - pour voir ce qu'ils pouvaient créer. Certains des objectifs étaient de permettre un travail interculturel et de réfléchir sur des questions de portée mondiale. L'événement a donné lieu à la production d’une série de travaux qui sont sources d’inspiration.
Portant une reflexion, plus tôt dans l'année, sur l'événement, le Secrétaire Général de CIVICUS, Danny Sriskandarajah, a déclaré : "mélanger ensemble ces gens ainsi que cette énergie créatrice étaient tout simplement incroyables. Nous devons déployer tous les moyens à notre disposition pour promouvoir la justice sociale. "
Aujourd'hui, cependant, nous voyons partout dans le monde les arts et les artistes subir des menaces. En janvier, Naema Ahmed Ibrahim, poète somalienne, a été arrêtée et inculpée pour son travail en faveur de l'unité somalienne. Une opinion qui n’a pas les faveurs du public ne constitue pas un discours de haine et ne devrait pas être une cause d'arrestation. Naema fit entendre sa voix d'une manière qui lui convenait. Nous ne pouvons pas tenir un artiste responsable de la façon dont les gens réagissent à leur travail.
Dans un monde où des voix sont réduites au silence, nous trouvons les buts (de nos existences) dans les arts. Le 16 juin, CIVICUS et ses partenaires ont organisé le Symposium des Arts Créatifs des Jeunes d'Afrique Australe à Johannesburg. Neuf activistes se sont réunis et participé à un débat autour du thème de la «réinvention de la démocratie». Ils ont réaffirmé que nous ne devrions pas sous-estimer la force de la voix des jeunes et le pouvoir de la parole par le biais de l'art.
Wrapping up the first day of the Creative Youth Symposium super inspired and full of energy for day 2 #ReimaginingDemocracy #2018YouthDay #CIVICUSyouth pic.twitter.com/Wfp4bfAAfh
— Elisa Novoa (@elisanovoa116) June 15, 2018
Cay-Low Mbedzi, 22 ans, est un artiste sud-africain en arts visuels, qui a été présélectionné pour prendre part au symposium pour son travail d'art visuel appelé «unité». Comme il l'a dit, «Il (art) permet une démocratie participative dans laquelle la voix des jeunes peut être utilisée comme un outil pour changer et façonner la politique et la direction».
Mbedzi a souligné que les arts peuvent être utilisés comme «contributions et solutions pour influer sur les sociétés.»
En outre, étant aussi un jeune activiste, il a dit que «quand la jeunesse décide de son sort, la démocratie s'en sort grandie.»
Tenir un débat sur" la réinvention la démocratie «signifie que nous sommes d'accord que nous ne sommes pas satisfaits des démocraties actuelles.
Comme l'a fait remarquer un intervenant,
«l'art est la conscience sociale de la société. Nous nous exprimons dans les arts. La parole, le son, les éléments visuels et la narration sont capables d'éclairer notre but. Nous sommes des artistes, nous sommes courageux et nous avons des choses à dire.»
Protéger le droit à la liberté d’expression des artistes est important pour le développement de la démocratie. Ce sont les artistes qui, par leur travail, sont les plus proches des millions de personnes, dont certaines sont incapables de lire et n'ont aucun moyen de s'exprimer. Beaucoup pensent que les arts sont un luxe. Cela n’est pas vrai. C'est un moyen pour nous d'exprimer notre humanité. Quand nous limitons, censurons ou restreignons les expressions artistiques, nous mettons des entraves à un aspect de l'expression de l'humanité.
Regardez la «liberté fugace» de l'art de rue iranien. Le graffiti a été une forme de protestation pendant de nombreuses années. Bien que les œuvres soient remarquables au plan visuel, elles démontrent également une vision alternative des dialogues sociaux et politiques sur la paix, les droits et la liberté d'expression. Pendant ce temps, certains gouvernements censurent les plateformes en ligne, mais pas les sites de streaming de musique, comme le site Uncensored Playlist (Liste non censurée de chansons) l'a souligné.
Dans un monde qui change et qui essaie constamment de nous dire qui nous devons être, nous nous élevons grâce aux arts, à travers nos moyens d’expressions et trouvons des moyens créatifs pour faire entendre notre voix. Nous trouvons partout de nouvelles façons de défendre les libertés civiques fondamentales telles que les libertés d'association, de réunion pacifique et d'expression.
Tarryn Booysen est l'Administrateur chargé des Adhésions à CIVICUS.
Cet article fait partie d'une série pour célébrer le 25ème anniversaire de CIVICUS et fournir des perspectives et des idées sur l'action citoyenne à travers le monde.
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