16. Sept stratégies dont les bailleurs de fonds et les bénéficiaires de droits de l'homme devraient tenir compte dans le climat instable d'aujourd'hui

Selon Freedom House (en anglais), 2017 était la douzième année de déclin général de la liberté mondiale, avec un chiffre alarmant de 71 pays subissant des reductions nettes des libertés politiques et civiles, pour seulement 35 pays ayant enregistré des progrès. Mais au-delà des statistiques, il y avait un sentiment palpable d'incertitude au moment où les États-Unis ont renoncé à leur rôle de défenseur de la démocratie et que d'autres démocraties qui avaient soutenu fermement les mouvements démocratiques à l'étranger ont assisté à une montée du scepticisme à l’égard de leurs propres institutions nationales.

Cela fut marqué dans de nombreux pays par l’importance grandissante de groupes nationalistes d’extrême droite tels que le Front National en France ou l’Alternative pour l’Allemagne en Allemagne (en anglais). Là où on ressentait un certain sentiment de fiabilité quant au soutien de ces vieilles démocraties, certains groupes de défense des droits de l’homme à l’étranger ont sans aucun doute ressenti une impression grandissante d’incertitude pour ce qui est du soutien financier, moral ou politique de la part des organismes internationaux traditionnels de financement qui opèrent dans le secteur des droits de l’homme.

Qu'est-ce qu'un bénéficiaire de fonds doit faire dans ces circonstances? Bien qu'il y en ait certainement plus, voici sept choses que les bénéficiaires et les bailleurs de fonds devraient prendre en compte dans les contextes politiques, civils et économiques actuels:

  1. Les organismes publics de financement devraient chercher de nouvelles façons de collaborer avec le secteur privé et les fondations pour soutenir les organisations de défense des droits de l’homme. Des changements éventuels dans les politiques des bailleurs de fonds publics vis-à-vis des gouvernements bénéficiaires au sein des espaces fermés ou en train de se fermer pourraient également avoir un impact sur la capacité des organisations locales à recevoir des fonds publics. Les organisations disposant d’une source de financement (document en anglais) diversifiée seront mieux préparées pour faire face à une telle expérience. Songer avec un esprit créatif à des potentiels bailleurs de fonds peut aider à renforcer la capacité des activistes - les bailleurs de fonds potentiels pourraient être issus du grand public ou inclure des petites entreprises ou associations locales.
  2. Les bénéficiaires de fonds devraient renforcer leur engagement avec d’autres organisations de défense des droits de l’homme dans leur région. La Prague Civil Society Center, par exemple, est, comme par hasard,  à la fois financée par des partenaires privés et publics. Elle a également cherché au-delà des organisations traditionnelles de défense des droits de l'homme et collabore avec des militants individuels, des universitaires et d'autres professionnels. De plus en plus, les individus sont reconnus comme un élément important et catalytique de tout mouvement des droits de l'homme, les donateurs et les organisations bénéficiaires doivent reconnaître le rôle unique que ces individus peuvent jouer.
  3. Quel que soit le contexte, la connaissance du milieu est essentielle pour comprendre et s'impliquer. Pour les organismes publics de financement qui représentent les gouvernements donateurs, ces gouvernements devraient demander conseil aux acteurs locaux lorsqu’ils interpellent les gouvernements autoritaires ou autres qui ont peut-être emprisonné des journalistes, restreint la liberté de parole ou de réunion ou nuit gravement aux défenseurs des droits de l’homme. La directive donnée aux médecins qui est «avant tout, ne pas nuire» est peut-être appropriée. Par exemple, la recherche d’un juriste autochtone peut être essentielle pour ce qui est du libellé et du choix du moment propice pour une déclaration lorsque de tels incidents se sont produits. Les autochtones seront souvent les mieux placés pour savoir quand et comment s'impliquer pour protéger les défenseurs locaux des droits de l’homme.
  4. Les bailleurs de fonds devraient tenir compte des conséquences des politiques liées l’image de marque dans les espaces fermés ou en train d’être fermés. Heureusement, de nombreux bailleurs de fonds ont maintenant des exceptions à ces règles, mais le personnel n'est pas toujours formé pour comprendre les circonstances dans lesquelles les dérogations aux exigences relatives à l'image de marque devraient être autorisées.
  5. Dans le cadre de mes récentes recherches (document pdf en anglais) sur les approches des donateurs en matière de financement des organisations de la société civile, un certain nombre de personnes que j'ai interviewées ont discuté du processus et de la pratique consistant à recourir à des intermédiaires pour financer des organisations locales de défense des droits de l’homme. Les personnes interrogées ont mentionné plusieurs raisons à cela, notamment les avantages liés à la protection des défenseurs des droits de l'homme, les façons par lesquelles cette pratique peut éliminer une partie du fardeau que représente la gestion pour les groupes encore à leur tout débuts, aussi bien comment cela pourrait alléger le fardeau que représente la production des rapports
  6. Les bénéficiaires ont besoin de flexibilité en ce qui concerne la production des rapports financiers et dans les transactions. Par exemple, pour les organisations travaillant dans des zones à haut risque, certaines mesures de financement dans le cadre de la lutte antiterroriste ont entraîné des problèmes liés à la réception de fonds, les banques étant réticentes à garder des comptes ouverts dans ces zones. Cela a parfois contraint les ONG à recourir à d’autres moyens pour transférer des fonds, notamment par le biais du système informel "hawala" (en anglais) basé sur des espèces, qui comporte des problèmes de transparence et de redevabilité et crée souvent des problèmes pour ceux qui transfèrent les fonds des donateurs en utilisant des tels mécanismes.
  7. La technologie offre aux bailleurs de fonds internationaux, aux bénéficiaires de subventions, aux activistes, aux universitaires et à d’autres professionnels qui travaillent pour améliorer les droits de l’homme au niveau mondial un ensemble unique d’outils. Des drones aux plates-formes de messagerie sécurisées en passant par l’utilisation des plates-formes de services financiers par téléphone mobile dites mobile money (document en anglais), les innovations technologiques peuvent améliorer la capacité des bénéficiaires à collecter et partager en toute sécurité des informations et des ressources nécessaires à l'activisme dans cet espace. La technologie peut également contribuer à se protéger d'autres menaces, telles que la capacité des acteurs malintentionnés à surveiller les sites Web ou les courriels d'organisations de défense des droits de l'homme.

Ce qu’il faut retenir est que les besoins en matière de démocratie, de droits et de gouvernance sont plus grands que jamais, les ressources restent souvent limitées et la tendance qui se dessine préoccupante. Surtout, penser avec un esprit créatif, innovant et souple aux financements, à la gestion des programmes et à la mise en œuvre dans le chef à la fois des bailleurs de fonds et des bénéficiaires devrait contribuer à défendre les droits de l'homme pour tous avec plus de succès.

Barbara Smith est principale responsable et propriétaire de Mountain Time Development et Associée principale à Human Rights Initiative au Centre d’Études Stratégiques et Internationales/Center for Strategic and International Studies

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