La technologie blockchain est un grand registre numérique décentralisé et protégé contre la falsification qui permet le transfert des données, des transactions et des enregistrements. Ces transferts sont connus sous le nom de blocs et ne peuvent pas être copiés ou manipulés, ce qui signifie que toutes les transactions sont transparentes et vérifiables au sein du réseau. La blockchain offre à la société civile des avantages évidents pour la participation citoyenne.
Voici quelques domaines clés dans lesquels l'utilisation d'une telle technologie peut rassurer les participants dont les informations sont enregistrées dans la blockchain :
Vérification
La capacité de cette technologie à s'attaquer à la mauvaise gestion des fonds est l'une des raisons pour laquelle la blockchain a suscité l'intérêt de la société civile. En 2012, le Secrétaire général de l'ONU de l'époque, Ban-Ki Moon, estimait que jusqu'à 30 % de l'aide étrangère n'était pas parvenue à ses bénéficiaires en raison de la corruption et évoquait la nécessité de plus de transparence et de responsabilité pour résoudre ce problème.
L'utilisation de la blockchain pour vérifier que des données soient bien transférées vers leurs destinataires a été mise en pratique par le Programme alimentaire mondial (PAM) dans le camp de réfugiés d'Azraq en Jordanie. En collaboration avec le HCR, les données biométriques d'inscription des réfugiés sont utilisées pour permettre aux habitants du camp d'utiliser un système de paiement par balayage de l'iris afin de vérifier les achats effectués dans le supermarché du camp. Le PAM estime qu'environ 100 000 habitants du camp ont eu recours à cette technologie depuis janvier 2018.
Parmi les organisations contribuant à l’utilisation de la blockchain dans le domaine du développement on trouve Disberse. Son système de gestion des fonds utilise la technologie de la blockchain pour le transfert de fonds entre donateurs et bénéficiaires. Le partenariat initial entre Positive Women, une organisation basée au Royaume-Uni, et boMake, un partenaire au Swaziland, impliquait une collaboration pour assurer le transfert de fonds afin de couvrir les frais de scolarité d'étudiants swazis. L'impact direct de cette nouvelle méthode de transfert a permis à trois autres élèves de s'inscrire à l'école grâce aux économies réalisées sur les frais de change. Disberse a agrandi son activité en s'associant à Start Network dans le cadre d'un projet pilote visant à développer une infrastructure pour soutenir les 42 agences que posède Start Network sur les cinq continents.
Le gouvernement estonien travaille également à la mise en œuvre de la blockchain depuis 2008. Son engagement en faveur de cette technologie a été une réponse directe aux cyberattaques de 2007 qui ont touché les systèmes internes du pays. Il a intégré l'utilisation de la blockchain dans les systèmes législatif, judiciaire et de santé de l'État en centralisant des systèmes d'information en silo pour garantir la sécurité des identités numériques des citoyens estoniens.
Validation
Au sein de la société civile, la nécessité de tenir des élections libres et justes est cruciale pour assurer l’existence d'une société équitable. Alors que le nombre d'élections a augmenté et la participation électorale diminué, les relations entre les différents gouvernements et leurs sociétés civiles respectives sont précaires. L'application Coalichain semble avoir saisi cette occasion. Lancée fin juillet, elle donnera aux utilisateurs l'opportunité de discuter des questions soulevées par les représentants électoraux et leur permettra de suivre la performance des représentants élus.
Valeur
Le fait que la blockchain ne puisse pas être corrompue lui confère une valeur cruciale dans un contexte politique, économique et social en mutation, notamment lorsque l'on sait qu'environ 53 % des adultes dans le monde n'ont pas accès aux services financiers formels. Humaniq est une application apparue dans le domaine de l'inclusion financière. Elle emploie un système d'authentification biométrique dans le but de supprimer le besoin de fournir des documents officiels dont les utilisateurs peuvent manquer. Elle tire parti de l'utilisation croissante des paiements sans espèces dans différentes régions d'Afrique subsaharienne, cependant sa scalabilité a été mise en doute en raison de l'incertitude juridique qui entoure le statut des cryptomonnaies dans certains pays.
Véritable alternative ou chimère ?
La technologie blockchain se trouve à un moment charnière de son parcours. Des hésitations subsistent au sujet d'une technologie qui semble représenter différentes choses pour différentes personnes, particulièrement à une époque où règne une désinformation au niveau mondial et où l'on se méfie des représentants de l'autorité.
En effet, il y a matière à discussion en ce qui concerne les déséquilibres de pouvoir qui, pour l'instant, sont perpétués par la blockchain. La distribution géographique de cette technologie, que ce soit du point de vue de sa conception ou de sa mise en œuvre, porte la marque de la fracture nord-sud que les organisations de la société civile désirent réajuster. Comme il s'agit d'une technologie relativement nouvelle, le temps nous dira si ces déséquilibres seront corrigés, et si les solutions actuelles pourront être généralisées pour permettre à la société civile d'être plus équitable.
Tanaka Nyamadzawo est assistante transparence chez Bond, le réseau britannique des organisations travaillant dans le développement international et membre de CIVICUS.
Cet article fait partie d'une série visant à célébrer le 25ème anniversaire de CIVICUS et à fournir des perspectives et des idées sur l'action citoyenne dans le monde.
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