SLOVÉNIE : « Le gouvernement a profité de la pandémie pour limiter les manifestations »

CIVICUS parle du récent glissement vers la droite en Slovénie avec Brankica Petković, chercheuse et chef de projet à l’Institut pour la paix de Ljubljana. Fondé en 1991, l’Institut pour la paix - Institut d’études sociales et politiques contemporaines - est un centre de recherche indépendant et à but non lucratif qui utilise la recherche et la défense des droits pour promouvoir les principes et les pratiques d’une société ouverte, la pensée critique, l’égalité, la responsabilité, la solidarité, les droits humains et l’État de droit. Il travaille en collaboration avec d’autres organisations et avec des citoyens aux niveaux local, régional et international.

Brankica Petkovic

Quelles sont les circonstances qui ont conduit au changement de gouvernement au début de l’année 2020 ?

C’est la troisième fois que Janez Janša est élu Premier ministre ; c’est une personne très tenace qui se croit destinée à sauver la Slovénie des valeurs gauchistes et libérales. Cette année, la Slovénie célébrera 30 ans d’indépendance depuis l’éclatement de la Yougoslavie, et pendant la plupart de ces années, nous avons vécu sous des gouvernements de centre-gauche. Cette dynamique a été particulièrement frustrante pour Janša et son parti, le Parti démocratique slovène (SDS), qui ont tendance à reprocher aux médias, qu’ils considèrent comme étant de gauche et contrôlés par d’anciens communistes, leur incapacité à accéder plus souvent au pouvoir. Janša a un esprit de conspiration et a affirmé qu’il a été arbitrairement envoyé en prison pour être écarté des élections. En réalité, il était en prison à la suite d’une décision du pouvoir judiciaire dans une affaire de corruption, que la Cour constitutionnelle a finalement annulée en appel, essentiellement au motif qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves contre lui.

Le SDS était autrefois un parti de droite, mais il est de plus en plus considéré, notamment par les observateurs extérieurs, et surtout européens, comme un parti d’extrême droite. Nous ne nous sommes pas encore adaptés à ce changement, car nous l’avons historiquement identifié comme un parti de droite, mais il est vrai que ces dernières années, le parti s’est progressivement déplacé vers la droite, devenant plus radical, peut-être en réaction à la peine de prison de Janša. Les valeurs qu’il défend sont fortement contraires aux droits des migrants et favorisent le racisme, et les méthodes qu’il utilise le placent de plus en plus à l’extrême droite du spectre politique.

Le SDS est loin d’avoir une majorité au Parlement : ses résultats électoraux ont toujours été compris entre 20 et 30%. Il obtient un nombre considérable de voix parce que ses membres sont très motivés, alors que de nombreuses personnes qui n’ont pas de préférences politiques marquées ne prennent même pas la peine de voter. En termes de quantité de membres, le SDS est en fait le plus grand parti, et même lorsqu’il est dans l’opposition, il conserve un bloc parlementaire important.

Avant la pandémie, nous avions un gouvernement minoritaire de centre-gauche ; comme il n’avait pas la majorité des sièges parlementaires, c’était un gouvernement plutôt instable. Le bloc politique de centre-gauche en général est instable : nous avons eu de nombreux gouvernements de centre-gauche, mais après l’effondrement du Parti libéral démocrate, qui a gouverné entre 1996 et 2004, la plupart du temps, ces gouvernements de centre-gauche étaient composés de nouveaux partis qui sont apparus et ont disparu de la scène politique, et leurs législateurs et fonctionnaires manquaient souvent d’expérience suffisante. En revanche, le SDS est une présence permanente, il est stable, il est guidé par la discipline de parti et la direction incontestée de Janša, et il compte de nombreux politiciens expérimentés, notamment au Parlement.

Quelles sont les implications de ce changement politique pour la société civile ?

Depuis des années, les organisations non gouvernementales (ONG) sont attaquées par Janša, le SDS et leurs alliés médiatiques, qui considèrent les ONG et les médias traditionnels comme leurs ennemis. Parce qu’ils accusent les médias de leur échec politique, ils ont formé leur propre groupe de médias. Vu les coûts impliqués, ils ont fini par s’associer avec un entrepreneur hongrois du secteur des médias, étroitement lié au Premier ministre hongrois Viktor Orbán. Le contenu produit par les médias de ce groupe est très biaisé et non professionnel. Ce qu’ils font, ce n’est pas du journalisme mais de la propagande, soit pour promouvoir Janša, soit pour mener des campagnes de diffamation et de dénigrement contre des personnalités de l’opposition et de la société civile.

Ces médias traitent les organisations de défense des droits humains, des droits LGBTQI+ et de l’environnement comme des ennemis du peuple, des « privilégiés » et des « parasites ». Il y a environ 15 ans, l’ancien Premier ministre et président de la Slovénie Janez Drnovšek, un centriste très modéré et très respecté, nous a mis en garde contre Janša, qu’il appelait le « prince des ténèbres ». Nous savions donc qu’avec le nouveau gouvernement de Janša, les ténèbres allaient régner. Malheureusement, l’obscurité est tombée sur nous à peu près au même moment que la pandémie de COVID-19, avec les craintes et les restrictions supplémentaires qu’elle a entraînées.

Après le changement de gouvernement, nous avons subi quotidiennement des attaques de toutes sortes. Les liens de Janša avec Orbán ne se limitent pas à un allié commun dans le domaine des médias ; ils ont également de solides relations politiques et personnelles. Ils se font l’éloge mutuellement et font chacun des apparitions lors des rassemblements électoraux de l’autre. Politiquement, ils sont très similaires, tout comme les stratégies qu’ils utilisent pour attaquer les ONG et les médias. Janša utilise les réseaux sociaux, en particulier Twitter, comme outil de communication politique et pour diffuser ses attaques. Il tweete de façon obsessionnelle et agressive, jour et nuit.

En plus d’être diffamées sur les réseaux sociaux par des dirigeants, des fonctionnaires et des partisans du parti au pouvoir, les ONG ont subi de nombreuses actions hostiles. Les ONG environnementales ont été spécifiquement ciblées. Nous avions auparavant un niveau élevé de participation de la société civile dans les processus liés à la Convention d’Aarhus sur l’accès à l’information, la participation du public au processus décisionnel et l’accès à la justice en matière d’environnement. Mais le gouvernement actuel a infiltré la législation promulguée en réponse à la pandémie de COVID-19 avec des mesures destinées à entraver la participation. La législation sur la COVID-19 devrait être utilisée pour lutter contre le coronavirus, et non pas pour attaquer la société civile. Mais nous avons un ministre de l’environnement qui a été directeur d’une centrale hydroélectrique appartenant à l’État et qui exprime beaucoup plus d’intérêt pour la promotion des investissements et la construction de centrales électriques que pour le souci de l’environnement. En fait, il utilise sa position actuelle au sein du gouvernement comme une plateforme pour freiner les ONG environnementales. Après avoir introduit les restrictions susmentionnées à la participation dans la législation d’urgence, il tente maintenant de les inscrire également dans la législation environnementale ordinaire.

Des restrictions financières ont également été imposées. Plusieurs ONG avaient signé des contrats avec les gouvernements précédents pour mettre en œuvre des projets visant à promouvoir l’égalité des enfants migrants dans les écoles et autres projets similaires, mais le gouvernement actuel a décidé de ne pas honorer ces contrats. Dès son arrivée au pouvoir, il a envoyé des lettres aux ONG concernées, dont l’Institut pour la paix, pour leur faire part de son intention d’annuler ces contrats, et lorsque les ONG ont refusé de les signer, les fonds ont tout simplement été retenus. Il s’agit de petites subventions, jusqu’à 10 000 euros (environ 12 200 dollars), mais pour les ONG de défense des droits humains, elles sont essentielles pour mener à bien leur travail.

Le gouvernement tente également d’entraver d’autres voies de financement. Le gouvernement précédent avait créé un Fonds ONG afin de soutenir la professionnalisation des ONG et d’augmenter la disponibilité des fonds pour leurs projets. Le Fonds ONG est constitué de la contribution de 0,5% provenant de l’impôt sur le revenu. Chaque citoyen peut définir la destination de sa contribution, par exemple, pour soutenir une ONG spécifique ayant le statut d’intérêt public ; cependant, la plupart des citoyens ne déclarent pas où ils veulent que leur argent aille, et tous les fonds non déclarés sont versés au Fonds ONG. L’existence de ce fonds est le résultat de nombreuses années de plaidoyer de l’organisation nationale des ONG, mais deux ans seulement après sa création, le nouveau gouvernement a tenté de le démanteler par le biais de dispositions incluses dans un projet législatif d’urgence face à la pandémie de COVID-19. Ce n’est pas du tout une surprise, car c’est ce que le SDS avait promis pendant la campagne électorale.

Le gouvernement retire également d’autres formes de soutien à la société civile. Par exemple, le bâtiment où nous avons nos bureaux, situé au 6, rue Metelkova à Ljubljana, la capitale de la Slovénie, appartient au ministère de la culture et, depuis 1997, il abrite 20 ONG travaillant dans le domaine des droits humains et de la culture indépendante. Le bâtiment faisait autrefois partie d’un détachement militaire, mais son utilisation nous a été remise comme un geste de démilitarisation lorsque l’armée yougoslave est partie, et des artistes et des activistes ont fait campagne pour qu’il soit utilisé pour la culture et la société civile. Sa moitié sud est aujourd’hui une zone de musées nationaux et sa moitié nord est un espace de culture alternative. Notre bâtiment se trouve au milieu et, à bien des égards, il est relié et travaille avec les deux parties. Après 23 ans, ils veulent maintenant nous expulser, réaffecter le bâtiment et le rénover pour y installer le musée d’histoire naturelle. Le Premier ministre Janša, son parti et ses médias décrivent quotidiennement les organisations qui habitent ce bâtiment comme privilégiées et parasitaires, et déclarent ouvertement qu’ils nous dépouilleront de nos bureaux et de l’accès aux fonds publics. Le ministère nous a demandé de quitter le bâtiment avant la fin du mois de janvier, et nous ne l’avons pas fait parce que nous connaissons nos droits, alors maintenant ils nous menacent d’une action en justice menant à une expulsion forcée.

Que fait la société civile face à ces attaques ?

En ce qui concerne les restrictions visant à réduire leur participation, les ONG environnementales ont intenté un procès et la Cour constitutionnelle a mis ces dispositions en suspens. Pour l’instant, ils ont réussi à faire valoir leurs droits, mais le gouvernement a continué à introduire des restrictions similaires dans d’autres projets de loi en cours d’examen au Parlement.

Une chose que nous faisons est de profiter du fait que le SDS ne gouverne pas seul ; il y a trois autres petits partis dans la coalition au pouvoir. S’ils ne votent pas tous ensemble, les lois ne sont pas adoptées. Notre stratégie de plaidoyer vise donc à influencer les partenaires de la coalition, ce qui fonctionne parfois. Les ONG environnementales sont confrontées à des contraintes systémiques : elles n’ont pas vraiment beaucoup d’amis en politique, car à l’exception de La Gauche, les autres partis ont tendance à se ranger du côté des entreprises et des investisseurs. Mais grâce à des actions de plaidoyer auprès de partenaires de coalition plus petits, l’organisation nationale de la société civile a pu jusqu’à présent préserver le Fonds ONG. Cependant, il reste à voir si et comment il y aura un appel à propositions de projets pour distribuer les ressources du Fonds ONG. Dans certains autres domaines thématiques de financement public pour des projets d’institutions culturelles indépendantes et d’ONG, nous constatons déjà que, sous ce gouvernement, les critères et les organes de décision ont été inclinés vers l’idéologie du parti au pouvoir et empêchent l’approbation des demandes pour la mise en œuvre de projets des groupes progressistes.

Quelles manifestations ont été mobilisées, et quels défis ont-elles rencontrés dans le contexte de la pandémie ?

Les restrictions à la mobilisation des citoyens ont augmenté. Le gouvernement a profité de la pandémie pour limiter les manifestations. Le mécontentement est grand parce que le gouvernement ne s’en prend pas seulement à la société civile et aux médias, mais s’est également engagé dans des transactions louches liées à l’achat d’équipements de protection individuelle et d’autres fournitures liées au COVID-19, et s’en est pris à un dénonciateur et aux enquêteurs qui ont fait état de ces transactions. Il a également licencié arbitrairement des fonctionnaires qui dirigeaient des institutions respectées et les a remplacés par son propre personnel.

Lorsque les gens sortent pour protester, le gouvernement, et en particulier le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur, non seulement les rejette et les dépeint comme des criminels - en utilisant même les données personnelles de certaines personnes pour les salir - mais il les surveille aussi excessivement et fait obstacle à leur mobilisation. Le vendredi après-midi, jour typique de protestation en Slovénie, les rues et les places sont encerclées par des véhicules de police et des chevaux et survolées par des hélicoptères, dans une tentative d’intimidation des gens. Ceux qui continuent à manifester reçoivent une amende après l’autre pour avoir enfreint les mesures anti-pandémie. Les projets législatifs visant à lutter contre la pandémie ont introduit de fortes augmentations des amendes pour « le fait de se rassembler », qui s’élèvent à 400 euros. Les récidivistes ont déjà dû payer des milliers d’euros d’amendes.

Malgré tout, les manifestations ont continué, surtout entre avril et octobre 2020, alors que le climat était encore chaud et qu’il n’y avait pas autant d’infections par COVID-19. Des milliers de personnes - 5 000, 10 000 - se sont mobilisées à Ljubljana, et en plus petit nombre dans d’autres villes. La plupart des gens sont sortis indignés par les allégations de corruption. Beaucoup ont également protesté contre les restrictions auxquelles sont confrontés les écologistes, les attaques contre les journalistes et les médias, le sort des travailleurs culturels et de la société civile, et le manque d’indépendance du pouvoir judiciaire. Il s’agit donc, de manière générale, de manifestations en défense de la démocratie.

Cependant, à partir d’octobre, une deuxième vague d’infections par COVID-19 a été déclarée et un couvre-feu a été imposé de 21 heures à 6 heures du matin, les écoles ont été fermées et la vie publique est devenue presque inexistante. Les gens ont été effrayés par l’augmentation des infections et des décès, et c’est pour cela que les organisateurs des manifestations ont annoncé la fin des mobilisations de masse, tout en continuant à encourager les gens à agir individuellement. Les performances publiques, les manifestations de petits groupes de personnes et les caravanes de voitures ont continué à avoir lieu le vendredi. Le vélo est devenu un symbole de nos protestations, donc certains portent leur vélo sur le toit de leur voiture, ou mettent même des autocollants géants avec des images de vélos sur les voitures, et conduisent en signe de protestation. Mais cela fait d’eux des cibles faciles, car la police arrête ces voitures et inflige des amendes à leurs conducteurs. Les personnes qui ont été condamnées à une amende contestent les amendes et poursuivent la police en justice pour discrimination, car la police est très sélective : elle n’arrête et ne condamne à une amende que les personnes qui conduisent en signe de protestation. Il est clair que leur but n’est pas d’empêcher la propagation de COVID-19, mais d’empêcher les gens de protester.

Diriez-vous que la Slovénie est confrontée à un processus de polarisation politique croissante ?

Je dirais que la polarisation est le modus operandi de Janša et du SDS. C’est en polarisant l’électorat qu’ils obtiennent du soutien. En vertu de sa formation, Janša est un spécialiste de la défense, et a d’ailleurs été ministre de la défense à plusieurs reprises. Maintenant, il dirige le parti et le pays comme si nous étions en guerre.

Heureusement, j’ai l’impression que son discours polarisant ne le mènera pas trop loin. Pour l’instant, il ne fait appel qu’à ses partisans les plus convaincus, de sorte qu’il n’a pas beaucoup pénétré au-delà du segment le plus radicalisé.

Cependant, étant donné la fragmentation des partis, en particulier au centre-gauche, les sondages continuent de lui donner la plus haute intention de vote, qui est loin d’être majoritaire, mais est supérieure à celle de tout autre parti considéré individuellement. Ajoutez à cela la pandémie, qui met de plus en plus de personnes dans une situation désespérée, sans travail et dans la peur, et cela pourrait constituer un terrain fertile pour la radicalisation. À un moment donné, les gens peuvent vouloir trouver quelqu’un à blâmer pour leurs maux, et les discours de haine peuvent commencer à les attirer.

Par exemple, l’Institut pour la paix travaille depuis 15 ans sur l’autonomisation des femmes au Rwanda, et au fil des ans, nous avons reçu quelque 300 000 euros des programmes d’aide au développement du ministère des affaires étrangères, que nous avons utilisés pour ces projets. Dans ses campagnes visant à discréditer notre institut, le parti au pouvoir décrit notre travail comme un gaspillage de l’argent public. Par ce discours, en disant aux personnes en difficulté économique que l’Institut pour la paix dépense leur argent à l’étranger, il pourrait pénétrer au-delà de ses bases les plus solides, en gagnant le soutien d’un cercle plus large de citoyens mécontents.

Heureusement, ce discours ne circule pas beaucoup dans les médias grand public - journaux, radio et télévision publiques et commerciales, et leurs sites web respectifs - qui pour la plupart diffusent des informations de manière professionnelle. Le gouvernement a tenté de prendre le contrôle de la société de radiodiffusion publique et d’étouffer financièrement l’agence de presse nationale, mais jusqu’à présent il n’y est pas parvenu. Cela pourrait changer si Janša reste au pouvoir assez longtemps. Il peut également arriver à ce que le parti au pouvoir prenne le contrôle de certains médias privés, si leurs propriétaires acceptent de tels accords en échange de certains gros contrats d’État ou d’autres opportunités commerciales. Mais pour l’instant, au-delà des médias sociaux, la haine et la propagande restent principalement limitées aux médias marginaux directement contrôlés par le parti au pouvoir. Cependant, ces organes de propagande sont de plus en plus populaires parce que le Premier ministre apparaît à l’écran et partage son contenu, et que les médias grand public couvrent ce que le Premier ministre fait et dit, ce qui finit donc par le faire entrer dans le cycle de l’information.

Que fait la société civile pour résister à la position agressive du gouvernement contre l’immigration ?

Le gouvernement s’efforce constamment de limiter le droit des demandeurs d’asile à entrer dans le pays et à présenter leur demande. Lorsque la pandémie a été déclarée, toutes les procédures de demande d’asile ont été suspendues. Le gouvernement a même essayé de modifier les dispositions légales pour limiter encore plus les droits des demandeurs d’asile et de militariser la frontière avec la Croatie. Heureusement, certains de ses partenaires de coalition ne soutiennent pas ces propositions, de sorte qu’elles n’ont pas été approuvées.

Les ONG de défense des droits humains et les organisations de défense des droits des migrants et des réfugiés travaillent ensemble depuis des années au sein de coalitions informelles, et nous avons conjointement plaidé contre ces propositions. Certains, en particulier le Centre d’information et d’affaires juridiques, travaillent directement avec les demandeurs d’asile, leur fournissant du soutien et des informations juridiques. Cependant, ils rencontrent des difficultés car ils avaient un projet financé par l’Union européenne et administré par le ministère de l’intérieur, que le nouveau gouvernement n’a pas renouvelé. Ils viennent d’obtenir un financement du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés qui leur permet de continuer à fournir au moins un niveau de base de conseil juridique.

L’Institut pour la paix a également un programme de soutien aux migrants et aux réfugiés. L’un des membres de notre équipe est un réfugié syrien qui travaille comme médiateur culturel. Nous formons les personnes ayant le statut de réfugié à trouver un emploi et les guidons dans la bureaucratie. Nous organisons des ateliers pour les femmes réfugiées. Comme nous sommes également un institut de recherche, nous surveillons l’état des droits des migrants pour divers organismes européens et nous sommes le point focal national de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne.

De quel soutien la société civile slovène a-t-elle besoin pour continuer à jouer un rôle dans la promotion de la démocratie et la défense des droits ?

Je pense que les rapports produits par CIVICUS et d’autres organisations internationales de la société civile qui surveillent l’espace civique et les conditions de l’action civique sont un outil puissant de sensibilisation. Lorsque ces rapports sortent et font référence à la Slovénie, ils ont un impact médiatique. Ils contribuent à sensibiliser le public au fait que nous faisons marche arrière en matière de respect de l’espace civique et de libertés démocratiques. Lorsqu’un observateur impartial exprime son inquiétude quant à l’état de la démocratie dans notre pays, le message est fort, d’autant plus que nous, Slovènes, sommes fiers de faire partie d’un pays assez ouvert et progressiste.

Le soutien peut également prendre la forme d’un appui aux démarches que nous faisons auprès de notre gouvernement, ainsi que d’un financement, entre autres, pour nous permettre de poursuivre les litiges juridiques. Jusqu’à présent, les litiges ont été une stratégie productive pour mettre fin aux politiques régressives, mais ils coûtent cher. Un réseau d’avocats a été créé pour soutenir la société civile dans ces luttes, mais il est sous-financé. Enfin, notre capacité de communication est très faible, et il serait très utile que, dans cet environnement de plus en plus hostile, nous puissions obtenir du soutien pour produire et diffuser un contre-récit qui souligne la valeur de ce que nous faisons et offre des alternatives aux discours de haine.

L’espace civique en Slovénie est classé « rétréci » par le CIVICUS Monitor.

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