Six pays sur dix répriment fortement les libertés civiques

Résultats basés sur les données publiées ce jour par le Monitor CIVICUS, un projet de recherche collaboratif international chargé d'évaluer et de surveiller le respect des libertés fondamentales dans 196 pays.

CIVICUS vient de publier aujourd'hui People Power Under Attack 2018. Il s'agit d'un nouveau rapport montrant que près de six pays sur dix restreignent fortement les libertés fondamentales d'association, de réunion pacifique et d'expression. Cette proportion reflète une crise persistante bien connue des organisations de la société civile et des militants du monde entier. Ainsi, l'espace pour l'activisme civique est le plus souvent affaibli par la censure, les attaques contre les journalistes et le harcèlement des défenseurs des droits de l'homme.

Ces données constituent une sonnette d'alarme. Compte tenu de l'ampleur du problème, les dirigeants mondiaux, notamment le G20 qui se réunit cette semaine, doivent prendre beaucoup plus au sérieux la protection des libertés civiques », a déclaré Cathal Gilbert, responsable de la recherche sur l'espace civique chez CIVICUS. « En 2018, la société civile a été témoin des innovations mises en place par les États dans le but d’effacer et de limiter les critiques de ceux qui osent défier le pouvoir. »

Ce rapport, basé sur les données du Monitor CIVICUS – un projet de recherche collaboratif international – montre que la société civile subit de lourdes attaques dans 111 pays sur 196, soit près de six pays sur dix dans le monde. Ce nombre affiche une hausse par rapport aux 109 pays recensés lors de notre dernière mise à jour en mars 2018. En pratique, cela signifie que la répression de l'activisme civique pacifique a des effets délétères sur la société civile dans toutes les régions du monde. Ainsi, seulement 4 % de la population mondiale vit dans des pays où les gouvernements respectent régulièrement les libertés d'association, de réunion pacifique et de expression.

Dans cette dernière mise à jour, les cotes de l'espace civique de neuf pays se sont détériorées, tandis qu'elles se sont améliorées dans sept autres. Sur la pente descendante on trouve l'Autriche, l'Azerbaïdjan, le Gabon, le Koweït, l'Italie, Nauru, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, la Tanzanie et le Sénégal, tandis que le Canada, l'Équateur, l'Éthiopie, la Gambie, le Liberia, la Lituanie et la Somalie améliorent leur situation.

Le rapport People Power Under Attack 2018 fournit également une analyse sur les types de violations les plus fréquemment enregistrées sur le Monitor CIVICUS au cours des deux dernières années. À l’échelle internationale, les attaques contre les journalistes et la censure sont les deux violations les plus courantes, ce qui indique que les détenteurs du pouvoir seront prêts à user de tous leurs moyens pour contrôler le récit collectif et pour restreindre la liberté d'expression. Le harcèlement des militants et le recours excessif à la force par les forces de sécurité lors des manifestations sont la troisième et quatrième forme de violation la plus courante enregistrée sur Monitor CIVICUS depuis octobre 2016.

Bien que la prolifération de lois liberticides suscite à juste titre beaucoup d'inquiétude, nos données montrent qu'elles ne sont que la partie visible de l'iceberg. Les mesures extrajudiciaires, telles que les attaques contre des journalistes ou les violences contre les manifestants, sont beaucoup plus courantes », a déclaré Gilbert. « Ces tactiques ont été conçues avec beaucoup de cynisme afin de créer un effet dissuasif et d'éviter que les autres s'expriment ou deviennent des citoyens actifs. »

Les données publiées aujourd'hui par CIVICUS contiennent également de bonnes nouvelles. Dans les sept pays qui ont amélioré leur cote d'espace civique, et ailleurs, nous voyons des preuves évidentes que l'activisme pacifique peut forcer les gouvernements répressifs à prendre une autre voie. En Éthiopie, par exemple, après des années de révoltes et de forte répression de toutes les formes de contestation, 2018 a connu un tournant remarquable. Le nouveau premier ministre, Abiy Ahmed, a libéré des prisonniers politiques, a assoupli les restrictions imposées aux communications électroniques et a fait d'importants progrès dans la réforme de certaines des lois les plus répressives du pays. Les changements de leadership politique en Gambie et en Équateur ont également permis d'améliorer le contexte et de le rendre propice à l'exercice des libertés fondamentales.

Les récentes améliorations en Éthiopie montrent ce qui est possible lorsque il y a de la volonté politique et que les dirigeants prennent des décisions courageuses pour répondre aux appels de la société civile », a déclaré Gilbert. « Cela devrait être un exemple pour les pays répressifs du monde entier. En supprimant les restrictions et en protégeant l'espace civique, les pays peuvent exploiter le véritable potentiel de la société civile et accélérer les progrès sur un large éventail de fronts. »

Plus d'une vingtaine d'organisations collaborent au sein du Monitor CIVICUS pour fournir une base empirique pour l'action visant à améliorer l'espace civique sur tous les continents. Le Monitor CIVICUS a publié plus de 1 400 mises à jour sur l'espace civique au cours des deux dernières années et ces informations sont analysées dans le rapport People Power Under Attack 2018. L'espace civique de 196 pays est classé dans une des cinq catégories disponibles – fermé, réprimé, obstrué, rétréci ou ouvert – selon une méthodologie qui combine plusieurs sources de données sur les libertés d'association, de réunion pacifique et d'expression.