Christian

Construire des
réseaux sud-sud
de bâtisseurs
de paix

Christian (il)
Peacemaker 360
République démocratique du Congo

Cette histoire fait partie du guide "L’accès aux ressources pour les groupes et mouvements dirigés par des jeunes: Un guide de réflexion destiné aux donateurs et membres d’organisations de jeunes". Vous pouvez écouter et/ou lire l'histoire d’Amanda ci-dessous ou aller directement aux exercices proposés pour les donateurs ou à ceux pour les groupes et mouvements dirigés par les jeunes.

Vous pouvez également écouter et partager cette histoire sur SoundCloud et YouTube

Quelle a été l'inspiration pour lancer Peacemaker 360 ?

J’ai grandi dans la partie orientale de la République démocratique du Congo (RDC), une région touchée par des décennies de conflits. Pendant mes études de premier cycle au Kenya, j’ai eu la chance de connaître des jeunes d’autres pays africains se remettant ou subissant eux aussi de violents conflits. Des étudiants venus du Burundi, du Libéria, du Rwanda, de la Sierra Leone, du Sud-Soudan et de l’Ouganda, entre autres.

J’ai été inspiré par leurs expériences et leurs contextes. Je me suis demandé pourquoi une si grande partie de mon programme d’études était rédigée par des universitaires du Nord : il y avait tant de richesse dans les connaissances de mes pairs, des connaissances qui me semblaient si vivantes ! Je rêvais de créer des opportunités pour connecter les organisations de jeunes du Sud aux acteurs de la paix afin de pouvoir commencer à interagir de manière plus durable, apprendre collectivement et travailler ensemble.

Ce rêve a mûri lorsque j’ai obtenu une bourse d’études dans le domaine de la construction de la paix aux États-Unis. Dans le cadre de mon programme de maîtrise, j’ai noué une belle amitié avec un jeune migrant de Colombie nommé Isaias. Isaias et moi avons échangé des récits sur l’histoire de nos pays et avons passé de longues heures à composer de la musique ensemble, en créant des paroles inspirées par notre travail et nos études. Avec Isaias, j’ai commencé à faire l’expérience du pouvoir du récit – d’évoquer des émotions pour créer de l’empathie et des ponts culturels.

En faisant des recherches sur les jeunes activistes qui travaillent sur la construction de la paix pour mon mémoire de maîtrise, je me suis rendu compte que les histoires et les idées des jeunes acteurs de la paix étaient invisibles dans les médias. J’ai donc lancé Peacemaker 360 pour raconter ces histoires et leur donner de la visibilité.

Quelle a été votre expérience en matière de ressources pour votre travail ?

Au début, j’ai été très désillusionné par les modèles de financement dirigés par les donateurs.

En RDC, je travaillais avec une petite OSC qui encourageait le leadership des jeunes. Nous avons réussi à obtenir des financements – nous avions quatre partenariats de financement et nous nous développions, selon le paradigme qui suppose que plus de ressources financières équivaut à une croissance organisationnelle.

Mais j’en ai eu assez. J’avais l’impression que je ne faisais que répondre aux donateurs. Nous étions pris dans la bureaucratie des délais.

C’était un grand dilemme pour moi. Je n’arrêtais pas de me demander : combien suis-je prêt à sacrifier de ma propre vision et de ma propre passion pour satisfaire aux exigences des donateurs?

Après cette expérience, il m’a été plus difficile de trouver des ressources pour mon travail. Je suis devenu plus critique à l’égard des modèles de financement traditionnels, plus intéressé à faire des choses qui ne sont pas liées aux structures des bailleurs de fonds.

Actuellement, Peacemakers 360 n’a pas de stratégie de viabilité financière. Nous gérons les dons individuels et avons reçu de petites subventions pour des projets spécifiques. Cela dit, j’ai mis en place le projet de manière à ce qu’il n’ait pas besoin de financement pour sa durabilité.

Alors que faites-vous à la place ?

Nous construisons un réseau d’organisations de construction de la paix afin que nous puissions tous nous soutenir mutuellement et contribuer à améliorer notre profil et notre visibilité. J’espère qu’à l’avenir, nous pourrons travailler plus étroitement avec nos partenaires afin qu’ils nous aident à pérenniser notre travail.

Lorsque j’ai lancé Peacemaker 360, j’ai simplement suivi mon impulsion de créer une communauté pour échanger des connaissances. J’étais fatigué de la logique descendante dans laquelle tombent de nombreuses organisations dirigées par des jeunes, selon laquelle nous ne pouvons rien faire sans argent.

Je pense qu’il est utile de se demander : que pouvons-nous faire sans financement ?

Faire les choses sans financement est responsabilisant ; cela réduit le risque de dépendance par rapport au modèle de financement des donateurs.

Bien sûr, seuls, nous ne pouvons pas tout faire. Je crois qu’en adoptant un état d’esprit plus indépendant, nous pouvons être plus créatifs et développer notre expérience unique. Cela peut nous donner un avantage pour que d’autres institutions puissent reconnaître notre travail, le respecter et nous traiter d’égal à égal. C’est du moins ce que j’espère.

Le problème est que les donateurs sont moins enclins à vous accorder des financements si vous n’avez pas déjà d’autres subventions, car ils craignent que vous n’ayez pas la capacité de gérer les finances : c’est le dilemme de la poule et de l’œuf. Mais je pense que cet argument est erroné. Les donateurs devraient soutenir les organisations en fonction de leur impact, et si nous obtenons un impact avec peu ou pas de financement, ils devraient nous aider à développer la capacité de gérer davantage.

Comment comprenez-vous les pratiques relatives à la mesure de l'impact ?

Je pense que l’impact et les indicateurs devraient être définis par les communautés elles-mêmes. Dans le cas de la RDC, lorsque nous disons à un grand donateur que nous avons un impact en travaillant avec les dirigeants de la jeunesse, ce qu’ils cherchent, ce sont les chiffres. Ils demandent : Combien ? Combien ? Combien ?

Mais la valeur de ce travail n’est pas une question de « combien ». Il s’agit de la qualité des relations que ces jeunes sont capables d’avoir avec eux-mêmes et avec leur communauté grâce à notre travail. La qualité de la relation est tellement plus importante pour les organisations de jeunesse, du moins dans notre cas, que de se contenter de chiffres ou de cocher la case pour faire plaisir au donateur. Il s’agit d’une vision du monde très différente qu’il est important d’aborder lorsque nous parlons d’impact et d’indicateurs.

Comment subvenez-vous à vos besoins ?

Je travaille comme consultant et je suis souvent engagé à titre individuel. Ce n’est pas l’idéal, mais en ce moment, il est utile pour moi de maintenir la séparation entre Peacemaker 360 et mon propre gagne-pain.

Quelle est la meilleure relation que vous ayez eue avec un donateur?

Je suis très reconnaissant au « Pollination Project ». Ce projet fournit un petit financement de départ d’environ 1 000 dollars US, mais est en mesure de donner un coup de pouce à des organisations qui ne seraient normalement pas admissibles. J’ai contacté ses membres en 2017 pour leur expliquer que nous voulions publier un livre avec 25 histoires de jeunes acteurs de la paix. Ils ont été très réactifs. Ils ont répondu rapidement, sur un ton informel, et avaient des critères de candidature très simples.

J’ai apprécié la gentillesse et l’attention dont ils ont fait preuve dans leur communication. Par exemple, ils ont fait preuve de souplesse en ce qui concerne le délai de publication. De plus, ils m’ont même envoyé une liste d’autres organisations qu’ils avaient soutenues en publiant un livre afin que je puisse apprendre d’eux et étendre mon réseau. C’était vraiment encourageant pour moi.

Ça peut être tellement frustrant de ne pas recevoir de réponse ou de recevoir un courriel automatique après avoir passé tant de temps sur une demande de financement !

Avez-vous des recommandations à faire aux donateurs qui souhaitent travailler avec des groupes et des mouvements de jeunes et expérimenter de nouveaux modèles de financement ?

Je leur suggère de se concentrer sur l’impact social que les groupes et mouvements de jeunes ont déjà et de développer des mécanismes de financement flexibles qui renforcent cet impact – et de comprendre que l’impact n’est pas seulement une question de chiffres. Il s’agit notamment de réduire la bureaucratie du reporting et de disposer de fonds communs de réponse rapide qui soient accessibles pour traiter des questions telles que la protection et l’évacuation des jeunes dirigeants en cas de situations mettant leur vie en danger. Tout cela est possible si la relation entre les groupes dirigés par des jeunes n’est ni transactionnelle ni descendante, mais une relation d’égal à égal qui choisit de travailler ensemble pour transformer les injustices sociales dans le monde entier.

Exercices pour les donateurs, les partenaires et les facilitateurs

Qui sélectionne les bénéficiaires ?

Christian mentionne qu’il est financé par le « Pollination Project », un donateur qui fournit des subventions de démarrage pouvant atteindre 1 000 dollars US. Nous avons demandé au Pollination Project de partager certaines de ses meilleures pratiques :

« L’une de nos pratiques les plus réussies consiste à faire participer les anciens bénéficiaires à la sélection des nouveaux bénéficiaires pour les subventions. Nous le faisons en invitant d’anciens bénéficiaires à se porter volontaires comme « conseillers en subventions ».

Nous pensons que les projets philanthropiques doivent répartir et décentraliser leur pouvoir de décision ; le profil de ceux qui prennent les décisions doit refléter celui des personnes que nous essayons de soutenir ».

Questions de réflexion : Qui sélectionne les bénéficiaires de subventions dans vos institutions ? Comment faire en sorte que les jeunes soient davantage impliqués dans les processus de décision concernant l’attribution des fonds ?

Repenser l'impact

Christian souligne qu’il est important pour les donateurs de pouvoir faire confiance et de voir le potentiel d’impact des groupes et mouvements dirigés par des jeunes qui n’ont pas les attributs et les antécédents nécessaires. À quoi ressemblerait l’élaboration d’un processus permettant de comprendre et d’évaluer le potentiel ?

Comment les bénéficiaires de vos subventions apprécient-ils leur travail et que pouvez-vous apprendre d’eux sur les différentes façons de mesurer l’impact ? Comment pourriez-vous redéfinir vos évaluations d’impact, en gardant à l’esprit que les groupes et les mouvements dirigés par des jeunes pourraient ne pas penser à l’impact de la même manière que vous ?

Une communication authentique

Étape 1. Écoute empathique et générative

Quelle est la qualité de votre écoute lorsque vous vous engagez avec vos collègues et partenaires? The Presencing Institute a pour principe que nous écoutons d’au moins quatre façons différentes.
Consultez cette vidéo pour en savoir plus sur les quatre niveaux d’écoute d’Otto Sharmer.

À l’aide du visuel ci-dessus, identifiez votre niveau d’écoute type et la voie vers laquelle vous souhaitez progresser.

Entraînez-vous à écouter avec ces différents niveaux lors de votre prochaine conversation avec vos organisations partenaires dirigées par des jeunes.

Étape 2. Pratiquer une communication authentique

Christian apprécie l’affection et l’attention dans ses interactions avec les partenaires et les donateurs. Il estime que le type d’expériences partagées et la qualité de la communication génèrent des relations plus authentiques.

Voici quelques conseils sur la manière de pratiquer une communication authentique :

  • Écoutez-vous d’abord vous-même, afin de savoir comment écouter les autres.
  • Identifiez les domaines dans lesquels vos suppositions entravent votre capacité d’écoute.
  • Vérifiez vos motivations pour ce que vous vous apprêtez à dire.
  • Utilisez des mots pour exprimer vos sentiments qui permettent aux autres de faire de même.
  • Parlez de manière spécifique plutôt que générale.
  • Demandez des précisions, par exemple : « Concrètement qu’entendez-vous par cela / qu’attendez-vous de cela?
  • Permettez le silence.
  • Prenez conscience du moment où vous devez parler et de celui où vous ne devez pas le faire.
  • Ne formulez pas votre réponse pendant que quelqu’un parle.
  • Respectez les différences.
  • Soyez conscient de vos propres obstacles.

Réfléchissez à cette liste avec votre équipe. Y a-t-il quelque chose que vous souhaitez-vous ajouter ou supprimer ?

Une fois que votre liste est adaptée et prête, gardez-la à côté de vous dans votre interaction avec les partenaires dirigés par des jeunes et vérifiez si vous communiquez de manière authentique. Dans quels domaines êtes-vous déjà bon ? Qu’est-ce qui pourrait être amélioré dans votre communication selon la liste que vous et vos collègues avez rédigée ?

Profitez de votre prochaine réunion pour faire un bref compte rendu. Qu’est-ce que chacun d’entre vous a remarqué et amélioré ?

Exercices pour les groupes et mouvements dirigés par des jeunes

Dans quelle mesure êtes-vous prêt à faire des compromis ?

Discutez avec votre équipe de la question de Christian : combien suis-je prêt à sacrifier de ma propre vision et de ma propre passion pour satisfaire aux exigences des donateurs ?

Clarifier votre modèle

Christian est clair : pour l’instant, il préfère que le 360 soit une plateforme qui fonctionne avec peu de moyens. Il pense que son gagne-pain est distinct de celui de 360. Ce n’est peut-être pas le cas de tous les jeunes qui travaillent avec un groupe ou un mouvement. Pourtant, il est utile d’être clair sur son modèle.

Quelles sont les ressources financières dont vous avez besoin pour faire fonctionner votre groupe ou votre mouvement ?
Avez-vous pensé à des sources alternatives de revenus ? Les organisations de jeunesse du monde entier expérimentent différents modèles, tels que les entreprises sociales, la fourniture de services, la vente de produits et les modèles d’adhésion de leurs membres. Quel pourrait être le modèle ou la combinaison de modèles qui fonctionne le mieux pour votre organisation et votre contexte ?

Vous pouvez consacrer un peu de temps à faire des recherches documentaires et à contacter d’autres organisations de jeunesse locales pour vous renseigner sur leur modèle de financement et vous en inspirer. Vous pouvez aussi organiser une table ronde avec d’autres organisations pour partager les défis, apprendre et développer de nouvelles idées ensemble.

De quelle manière pouvez-vous convertir les connaissances acquises grâce à votre engagement dans la société civile en d’autres sources de revenus, par exemple en proposant des prestations de conseil ou en développant des services autour de ces connaissances ?

Avez-vous fait l’un des exercices précédents ? En quoi l’histoire de Christian vous a-t-elle conduit à envisager différemment votre rôle de donateur ou d’organisateur ? Faites-nous part de vos réflexions en écrivant à youth@civicus.org.

Ces exercices et histoires, ainsi que d’autres, sont disponibles dans la version pdf du guide « L’accès aux ressources pour les groupes et mouvements dirigés par des jeunes. Un guide de réflexion destiné aux donateurs et membres d’organisations de jeunes”