COP26

 

  • COP26 : « De fausses solutions sont utilisées pour détourner notre attention des responsables »

    Lia Mai TorresÀ la veille de la 26ème Conférence des parties des Nations unies sur le changement climatique (COP26), qui se tiendra à Glasgow, au Royaume-Uni, du 31 octobre au 12 novembre 2021, CIVICUS a interrogé des militants, des dirigeants et des experts de la société civile sur les défis environnementaux auxquels ils sont confrontés dans leur contexte, les actions qu’ils entreprennent pour y faire face et leurs attentes pour le sommet à venir.

    CIVICUS s’entretient avec Lia Mai Torres, directrice exécutive du Center for Environmental Concerns (CEC) - Philippines, une organisation de la société civile (OSC) qui aide les communautés philippines à relever les défis environnementaux. Fondée en 1989 à l’initiative d’organisations représentant les pêcheurs, les agriculteurs, les peuples autochtones, les femmes, les personnes en situation de pauvreté urbaine et les secteurs professionnels, le CEC s’engage dans la recherche environnementale, l’éducation, le plaidoyer et les campagnes. Elle est également membre du secrétariat du Réseau Asie-Pacifique des défenseurs de l’environnement (APNED), une coalition d’organisations travaillant de manière solidaire pour protéger l’environnement et ses défenseurs.

    Quel est le principal problème climatique dans votre pays ?

    Le principal problème environnemental auquel les Philippines sont confrontées aujourd’hui est la prolifération de projets et de programmes destructeurs de l’environnement. Cette situation a persisté et s’est même aggravée pendant la pandémie.

    Le gouvernement actuel a récemment levé un moratoire sur l’exploitation minière, arguant que cela aiderait l’économie à se redresser après avoir été durement touchée par la mauvaise réponse à la pandémie. Cela permettra de réaliser une centaine d’opérations minières dans différentes régions du pays. De nombreuses communautés se sont opposées à cette démarche en raison des impacts négatifs des projets miniers déjà en cours. Un exemple est le village de Didipio, Nueva Vizcaya, dans le nord des Philippines, où un accord minier avec la société australo-canadienne OceanaGold a été renouvelé pour 25 années supplémentaires. Les communautés autochtones de Bugkalot et Tuwali souffrent déjà du manque d’approvisionnement en eau dû à l’activité minière et craignent que cette situation ne s’aggrave si l’activité minière se poursuit.

    Les projets d’infrastructure sont également une priorité pour le gouvernement, qui affirme qu’ils contribueront à améliorer l’état de l’économie. Cependant, il existe des projets financés par des prêts étrangers coûteux qui ne feront qu’aggraver la situation de la population locale. Un exemple est le barrage de Kaliwa, financé par la Chine, dans la province de Rizal, dans le sud de l’île de Luzon. Le réservoir empiètera sur les territoires ancestraux du peuple autochtone Dumagat, y compris sur leurs sites sacrés, ainsi que sur une zone protégée.

    Un autre exemple est celui des plantations en monoculture que l’on retrouve principalement dans les provinces de Mindanao. Les terres ancestrales des peuples autochtones Lumad ont été converties en plantations de bananes et d’ananas. Certains résidents font état de maladies causées par les produits chimiques de synthèse utilisés dans les plantations, et beaucoup sont déplacés de leurs terres agricoles.

    Ce sont là quelques exemples de projets prioritaires promus par le gouvernement pour nous conduire à ce que l’on appelle le développement. Cependant, il est clair qu’ils n’améliorent pas vraiment la situation des communautés locales, dont la plupart sont déjà en situation de pauvreté. En outre, la plupart des ressources naturelles du pays ne sont pas exploitées au profit de ses citoyens, les produits extraits étant destinés à l’exportation. Quelques entreprises locales et internationales en bénéficient. Les ressources naturelles sont utilisées pour le profit et non pour le développement national.

    Avez-vous été confrontée à des réactions négatives pour le travail que vous faites ?

    Le CEC travaille avec les communautés locales, car nous croyons que les luttes environnementales ne peuvent être gagnées sans les efforts conjoints de ceux qui subissent les impacts environnementaux. Le vrai pouvoir provient des organisations de base. Les OSC comme la nôtre et d’autres secteurs doivent soutenir leurs efforts, en reliant les luttes locales pour construire un mouvement environnemental national et international fort.

    En raison de notre soutien aux communautés locales, nous avons subi des représailles. En 2007, Lafayette Mining Ltd, une société minière australienne, a intenté un procès en diffamation contre le directeur exécutif du CEC de l’époque parce qu’il avait dénoncé les impacts des activités de la société. En 2019 et 2021, notre organisation a été victime d’une pratique courante par laquelle le gouvernement déclare des individus et des organisations comme étant terroristes ou communistes. Il l’a fait en représailles aux missions humanitaires que nous avons menées à la suite d’un typhon et pendant la pandémie. 

    Nous avons également été menacés d’une descente de police dans nos bureaux, en représailles au fait que nous avions offert un refuge aux enfants autochtones Lumad qui avaient été contraints de quitter leurs communautés en raison de la militarisation, des menaces et du harcèlement. Nos actions de protestation pacifiques sont souvent violemment dispersées par la police et les forces de sécurité privées, et en 2019, un membre du personnel de notre organisation a été arrêté.

    Derrière toutes ces attaques se cachent les forces de sécurité de l’État ainsi que les forces de sécurité privées des entreprises. La police et l’armée sont clairement devenues des forces de sécurité des entreprises, utilisant des mesures répressives pour assurer le bon déroulement de leurs opérations.

    Quel lien entretenez-vous avec le mouvement international pour le climat ?

    Étant donné que de nombreux pays, notamment dans le sud du monde, connaissent des problèmes environnementaux similaires, nous reconnaissons la nécessité d’établir des liens avec des organisations d’autres pays. En 2015, le CEC a fait partie des organisateurs de la Conférence internationale des peuples sur l’exploitation minière, qui a offert aux défenseurs de l’environnement la possibilité d’apprendre de leurs expériences respectives et de coordonner des campagnes locales.

    Le CEC a également contribué à la création de l’APNED, un réseau de campagnes de solidarité qui fournit un soutien mutuel pour les campagnes, soulève des questions au niveau international, plaide pour une plus grande protection des défenseurs, organise des formations et facilite les services. Nous pensons que la solidarité entre défenseurs est importante pour aider à renforcer les mouvements locaux ainsi que la lutte internationale pour nos droits environnementaux.

    Quels sont vos espoirs que la COP26 débouche sur des progrès, et quelle utilité voyez-vous à de tels processus internationaux ?

    Même avant la pandémie, l’inclusion des défenseurs de l’environnement de la base ou de première ligne dans les processus internationaux tels que les négociations sur le climat suscitait des inquiétudes. Le manque d’inclusion est devenu plus évident avec la pandémie, car de nombreuses OSC ont trouvé difficile d’y participer en raison des exigences et des dépenses supplémentaires. En outre, seules les organisations accréditées peuvent participer aux événements officiels, et très peu sont accréditées. Et les rapports gouvernementaux sont souvent très éloignés de la réalité. L’aggravation de la crise climatique est la preuve que les gouvernements n’en font pas assez.

    Malgré cela, nous continuerons à participer aux événements officiels et parallèles de la COP26, dans le but d’attirer l’attention sur la manière dont de nombreux pays développés et les grandes entreprises aggravent la crise climatique en s’emparant des ressources et en exploitant les ressources naturelles des pays pauvres, exacerbant ainsi la pauvreté existante, et sur la manière dont de fausses solutions sont utilisées pour détourner notre attention de leur responsabilité et de leur manque de responsabilisation. Nous souhaitons également souligner l’importance des défenseurs de l’environnement dans la protection de notre environnement et la défense de nos droits environnementaux, et donc la nécessité de veiller à ce qu’ils ne subissent pas de nouvelles violations de leurs droits humains pour des raisons politiques qui les empêchent de mener à bien leur important travail.

    Quels changements souhaiteriez-vous voir se produire pour commencer à résoudre la crise climatique ?

    Nous espérons que le cadre capitaliste axé sur le profit changera aux Philippines. Cela permettrait de s’assurer que les conflits liés aux ressources sont réglés, que la protection de l’environnement est maintenue pour assurer l’équilibre écologique, que de véritables programmes d’adaptation au changement climatique sont mis en place et que les groupes vulnérables reçoivent l’attention dont ils ont besoin. Il s’agit également de demander des comptes aux pays et aux entreprises qui aggravent la crise climatique, et d’aider les pays pauvres à s’adapter.

    L’espace civique aux Philippines est classé « réprimé »par leCIVICUS Monitor.
    Contactez le Center for Environmental Concerns - Philippines via sonsite web ou sa pageFacebook, et suivez@CEC_Phils sur Twitter.

     

  • COP26 : « Face à la pression de la base, nous devons répondre par une action climatique équitable »

    À la veille de la 26ème Conférence des Parties des Nations Unies sur le changement climatique (COP26), qui se tiendra à Glasgow, au Royaume-Uni, du 31 octobre au 12 novembre 2021, CIVICUS a interrogé des militants, des dirigeants et des experts de la société civile sur les défis environnementaux auxquels ils sont confrontés dans leur contexte, les actions qu’ils entreprennent pour y faire face et leurs attentes pour le sommet à venir.

    CIVICUS s’entretient avec Caroline Owashaba, chef d’équipe d’Action for Youth Development Uganda et coordinatrice bénévole de l’Alliance Girls Not Brides en Ouganda.

    Caroline Owashaba

    Quel est le problème environnemental de votre pays sur lequel vous travaillez ?

    Un problème majeur en Ouganda est l’utilisation de grandes quantités de sacs en plastique à usage unique, qui ont des effets extrêmement néfastes sur l’environnement. Les sacs en plastique mettent de nombreuses années à se décomposer ; ils libèrent des substances toxiques dans le sol et, lorsqu’ils sont brûlés, dans l’air ; ils bouchent les canalisations et peuvent provoquer des inondations ; et ils tuent les animaux qui les mangent, en les prenant pour de la nourriture ou en s’y empêtrant.

    Une mesure visant à interdire la fabrication, la vente et l’utilisation des sacs en plastique a été adoptée en 2018, mais les fabricants ont exercé un lobbying intense pour obtenir un délai supplémentaire avant l’entrée en vigueur de l’interdiction, si bien que la mise en œuvre a été lente et largement inefficace. Ainsi, début 2021, le gouvernement a décidé de mettre en œuvre de nouvelles mesures allant dans le même sens, ainsi qu’un ensemble plus large de mesures environnementales.

    Alors que le gouvernement s’efforce de faire respecter l’interdiction des sacs en plastique à usage unique, nous travaillons sur une initiative visant à produire des matériaux alternatifs, écologiques et biodégradables. Il est urgent de le faire, car à l’heure actuelle, si l’interdiction des sacs en plastique était réellement appliquée, l’offre d’emballages biodégradables ne serait pas du tout suffisante.

    Action for Youth Development Uganda (ACOYDE) développe un projet appelé CHACHA (Children for Alternative Change), qui utilise la fibre de banane pour fabriquer une variété d’articles utiles tels que des napperons et des sets de table, des oreillers, des articles de décoration intérieure et, bien sûr, des sacs. Les déchets générés par l’extraction de la fibre de banane et la fabrication de ces articles sont recyclés pour produire des briquettes de charbon de bois de haute qualité que les jeunes et les femmes participant au projet utilisent comme source de chaleur à la fois chez eux et sur leur lieu de travail, réduisant ainsi la consommation de carburant tout en augmentant le revenu de leur foyer.

    Toute la communauté participe au processus de production, car elle fournit les tiges de bananes. Et le projet permet aux jeunes, notamment aux jeunes femmes, de soutenir leur famille. Nous avons des possibilités d’expansion, car l’émergence des éco-hôtels a créé une plus grande demande de produits durables.

    Quel lien entretenez-vous avec le mouvement international pour le climat ?

    Nous avons établi des liens avec le mouvement international par le biais d’échanges régionaux sur le changement climatique, tels que la Semaine africaine du climat, et dans le cadre du Climate Smart Agriculture Youth Network (CSAYN). Nous suivons également les discussions du groupe des pays les moins avancés (PMA) sur l’adaptation, l’atténuation et le financement.

    Cela a également fonctionné dans l’autre sens : ACOYDE a soutenu les efforts visant à intégrer au droit national le cadre climatique international et a fait pression en faveur du projet de loi national sur le changement climatique, qui a été adopté en avril 2021. Cette initiative a donné force de loi à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et à l’Accord de Paris, dont l’Ouganda est signataire. Ensuite, nous avons travaillé à faire appliquer la loi au niveau local. Il est essentiel que la législation soit effectivement mise en œuvre au niveau local, car elle nous aidera à surmonter les injustices du changement climatique dans nos communautés.

    Nous nous connectons également au mouvement climatique plus large dans une perspective de genre. Je m’intéresse personnellement aux intersections entre le genre et le changement climatique. Lors des précédentes COP, j’ai pu contribuer au Plan d’action sur le genre (PAG), qui a orienté et influencé les questions de genre et de jeunesse dans les processus de négociation de la CCNUCC. J’ai participé à des discussions sur l’avancement du PAG en ce qui concerne l’équilibre entre les sexes, la cohérence, la mise en œuvre sensible au genre, le suivi et les rapports. J’ai également participé activement au groupe de travail national sur le genre de l’Ouganda et à d’autres processus nationaux sur le changement climatique afin d’assurer l’intégration au niveau national des normes et des financements mondiaux en matière de genre, conformément à l’Accord de Paris, notamment en rendant compte de la mise en œuvre des dispositions du PAG en Ouganda.

    Quelles sont vos attentes pour la COP26 ?

    La COP26 devrait offrir des espaces pour porter les questions de genre au niveau mondial et offrir plus de possibilités de discussion. Elle devrait accroître la participation des femmes, entreprendre l’intégration de la dimension de genre et assurer la mise en œuvre du PAG. Elle devrait contribuer à amplifier la voix des femmes dans les négociations sur le changement climatique. Les femmes font une grande partie du travail au niveau de la base, mais elles reçoivent très peu en retour, non seulement parce que très peu de revenus parviennent à leurs poches, mais aussi parce qu’elles restent sous-représentées et que leurs voix ne sont donc pas entendues.

    Les forums internationaux tels que la COP26 doivent fournir des espaces pour la participation de la base et, en réponse à ces pressions de la base, doivent développer des interventions fortes pour une action climatique juste qui respecte les droits humains, y compris les droits des peuples autochtones et la promotion de l’égalité des sexes. 

    L’espace civique enOuganda est classé« réprimé »par leCIVICUS Monitor.
    Contactez Action for Youth Development Uganda via leursite webet leur pageFacebook. 

     

  • COP26 : « Il y a encore un manque de conscience quant au fait que nous devons protéger le climat pour nous protéger nous-mêmes »

    À la veille de la 26ème Conférence des parties des Nations unies sur le changement climatique (COP26), qui se tiendra à Glasgow, au Royaume-Uni, du 31 octobre au 12 novembre 2021, CIVICUS a interrogé des militants, des dirigeants et des experts de la société civile sur les défis environnementaux auxquels ils sont confrontés dans leur contexte, les actions qu’ils entreprennent pour y faire face et leurs attentes pour le sommet à venir.

    CIVICUS s’entretient avec Sascha Müller-Kraenner, directeur exécutif d’Action Environnementale Allemagne(Deutsche Umwelthilfe), une organisation qui promeut des modes de vie durables et des systèmes économiques respectueux des limites écologiques. Depuis plus de 40 ans, elle milite pour la conservation de la diversité biologique et la protection du climat et des biens naturels.

    Sascha Muller Kraenner

    Photo : Stefan Wieland

    Quel est le principal problème climatique dans votre pays ?

    L’Allemagne et l’Europe doivent éliminer progressivement les gaz fossiles si elles veulent avoir un espoir de maintenir le réchauffement climatique en dessous de 1,5°C. Les hommes politiques n’acceptent toujours pas cette réalité, et le débat public est obscurci par le lobby du gaz, qui mène une campagne mensongère pour présenter le gaz fossile comme propre, bon marché et respectueux de l’environnement. Mais prendre au sérieux la préservation du climat implique de transformer l’ensemble du système énergétique, et l’industrie du gaz fossile n’a pas sa place dans cette transformation. Nous devons cesser de la subventionner et de construire de nouvelles infrastructures pour la desservir.

    Les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique doivent être massivement développées pour réduire la demande de gaz et générer une énergie propre. Dans le secteur du chauffage, nous devons interdire la vente de nouveaux appareils de chauffage au gaz et remplacer les appareils existants par des technologies durables, comme les pompes à chaleur, au lieu de proposer de fausses solutions comme l’hydrogène.

    L’émergence de ce que l’on appelle les « gaz verts » tels que l’hydrogène constitue à la fois une menace et une opportunité à cet égard, et la conception d’une réglementation appropriée pour un avenir neutre sur le plan climatique est un défi majeur. Comme l’offre d’hydrogène vert sera très limitée, car sa production est très coûteuse, nous devons l’utiliser uniquement dans les secteurs plus difficiles à décarboniser, tels que les processus industriels à haute température, plutôt que pour le chauffage ou les transports, pour lesquels d’autres options sont disponibles.

    Les inondations dévastatrices qui ont frappé l’Allemagne en juillet ont-elles permis une meilleure reconnaissance de la crise climatique et une plus grande volonté d’agir ?

    Une plus grande reconnaissance, oui. Les inondations ont été largement attribuées, et à juste titre, au changement climatique. Cependant, le débat n’a pas beaucoup évolué une fois la crise immédiate passée. Le gouvernement a dû engager 30 milliards d’euros (environ 35 milliards de dollars) pour réparer les dégâts causés par les inondations et reconstruire les régions touchées. Cependant, dans le contexte des élections fédérales, la politique climatique a été discutée comme un « coût » que la société doit payer pour des raisons altruistes.

    Présenter la politique climatique comme opposée au développement économique est une fausse dichotomie. La vérité est que nous devons réduire les émissions, même dans les zones où cela est difficile, précisément pour éviter que des événements terriblement coûteux comme les inondations et les sécheresses ne deviennent plus fréquents. Cette conscience quant au fait que nous devons protéger le climat pour nous protéger nous-mêmes fait encore défaut.

    Dans quelle mesure la crise climatique a-t-elle été présente dans la campagne électorale d’octobre, et comment le mouvement climatique pousse-t-il le nouveau gouvernement potentiel à aller plus loin ?

    Selon les sondages, le changement climatique était la question électorale la plus importante. Cela s’explique en partie par la frustration suscitée par le gouvernement sortant de la « grande coalition », qui s’est montré complaisant à l’égard de la crise climatique, incapable d’atteindre ses propres objectifs et peu enclin à prendre des décisions de grande envergure dans des domaines essentiels tels que les énergies renouvelables, la construction, les transports et l’agriculture.

    Le mouvement pour le climat, et en particulier le mouvement Fridays for Future, s’est beaucoup renforcé depuis les élections de 2017. Les jeunes sont mobilisés et maintiendront la pression car ils craignent, à juste titre, pour leur avenir. Il est très probable que le parti des Verts fasse partie du nouveau gouvernement après avoir obtenu le meilleur résultat électoral de son histoire. Cela est de bon augure pour la politique climatique ainsi que pour l’exercice de l’influence du mouvement climatique. Le parti des Verts est de loin le plus compétent et le plus disposé à adopter une politique climatique ambitieuse, et aussi le plus ouvert aux préoccupations du mouvement pour le climat.

    Quel lien entretenez-vous avec le mouvement international pour le climat ?

    Deutsche Umwelthilfe est liée au mouvement climatique en Europe par son adhésion à des associations faîtières telles que Climate Action Network-Europe et le Bureau européen de l’environnement. Nous participons régulièrement, avec nos partenaires européens, à des échanges et à des groupes de travail sur différents sujets, tels que l’élimination progressive du gaz, la réglementation des émissions de méthane, le financement durable et le chauffage durable.

    Dans quelle mesure espérez-vous que la COP26 débouchera sur des progrès, et quelle utilité voyez-vous à de tels processus internationaux ?

    Il ne fait aucun doute que la coopération internationale est essentielle si nous voulons limiter efficacement le réchauffement de la planète, et l’accord de Paris en est la preuve. Cependant, depuis le début de la série de réunions de la COP, nous avons constaté une augmentation constante des émissions au niveau mondial. Beaucoup critiquent également ces événements parce qu’ils sont fortement sponsorisés par l’industrie et que leurs résultats sont donc quelque peu orientés vers les attentes de l’industrie.

    Ainsi, les processus internationaux sont, d’une part, cruciaux, mais d’autre part, ils sont aussi l’occasion pour l’industrie des combustibles fossiles de gagner, ou du moins de conserver, sa réputation de partie de la solution à la crise climatique, tout en continuant, dans de nombreux cas, à entraver le progrès.

    C’est pourquoi nous devons veiller à envisager de manière réaliste les résultats qui pourraient découler de la COP26. J’espère que des progrès seront réalisés sur les engagements de réduction des émissions afin d’être en mesure de respecter l’accord de Paris. Mais il faudra que la société civile exige et mette en œuvre les changements nécessaires, quelle que soit l’issue de la COP26. Nous faisons et continuerons de faire partie de ce changement.

    Quel changement souhaiteriez-vous voir se produire pour contribuer à résoudre la crise climatique ?

    Ces dernières années, nous avons assisté à des efforts incroyables de la part de la jeune génération pour enfin concrétiser les promesses faites dans l’accord de Paris. Cependant, trop souvent, les décideurs ignorent leurs connaissances et leurs demandes concernant la crise climatique et continuent à faire comme si de rien n’était. Je pense que nous aurions tous intérêt à ce que les jeunes aient davantage d’influence sur les processus décisionnels susceptibles d’enrayer le réchauffement climatique.

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    Contactez Deutsche Umwelthilfe via sonsite web ou ses pagesFacebook etInstagram, et suivez@Umwelthilfe et@sascha_m_k sur Twitter.

     

  • COP26 : « Le Nord global doit être responsable et s’engager dans la lutte contre le changement climatique »

    LorenaSosaAlors que la 26ème Conférence des parties des Nations unies sur le changement climatique (COP26) débute à Glasgow, au Royaume-Uni, CIVICUS continue d’interviewer des activistes, des dirigeants et des experts de la société civile sur les défis environnementaux auxquels ils sont confrontés dans leurs contextes, les actions qu’ils entreprennent pour y faire face et leurs attentes pour le sommet.

    CIVICUS s’entretient avec Lorena Sosa, directrice des opérations de Zero Hour, un mouvement dirigé par des jeunes qui cherche à créer des voies d’accès, fournit des formations et distribue des ressources pour les nouveaux jeunes militants et organisateurs. Grâce à Zero Hour, Lorena a soutenu le travail d’activistes en Jamaïque, aux Philippines et à Singapour, qui cherchent à générer une action immédiate et à attirer l’attention sur les impacts du changement climatique.

    Quel est le problème climatique dans le pays où votre organisation travaille ?

    Zero Hour travaille actuellement à l’élimination des subventions aux combustibles fossiles dans la politique américaine et à la lutte contre le manque de ressources pour l’organisation et la mobilisation en faveur du climat. Nous avons récemment organisé avec succès une manifestation virtuelle, « End Polluter Welfare », à laquelle ont participé le chef de la majorité des sénateurs Chuck Schumer et le membre du Congrès Ro Khanna, ainsi qu’une mobilisation intitulée « People Not Polluters » à New York. Nous avons également participé à l’organisation de la mobilisation « People vs Fossil Fuels » à Washington DC. Nous travaillons actuellement à la révision d’une série d’activités de formation pour aider nos sections à apprendre comment organiser des campagnes locales spécifiques à leurs communautés.

    Beaucoup de nos actions expriment notre désir de nous lier et de collaborer avec d’autres personnes impliquées dans le mouvement pour élever les actions de chacun, car il est difficile d’obtenir une couverture et une attention pour les actions que nous organisons tous. Il est agréable de voir des militants se soutenir mutuellement ; l’amour et le soutien sont vraiment nécessaires pour améliorer l’état du mouvement et faire avancer ses revendications.

    Avez-vous été confrontée à des réactions négatives pour le travail que vous faites ?

    Le retour de bâton contre le travail des militants est très variable, notamment dans le cas de nos sections internationales, qui sont confrontées à des limites en matière de protestation et de mobilisation en raison de restrictions gouvernementales. Aux États-Unis, le principal effet négatif du travail que nous faisons est lié à l’épuisement qui résulte du fait de travailler sans voir aucune action de la part des dirigeants qui ont le pouvoir d’initier des actions pour le bien de notre planète. Le burnout n’est que trop fréquent au sein du mouvement des jeunes pour le climat, d’autant plus que nombre d’entre nous tentent de jongler entre leurs obligations universitaires, leur vie sociale et leur militantisme, tout en essayant de garder l’espoir que le changement est possible.

    Pour ce qui est du maintien du bien-être et de la protection contre les effets de l’épuisement professionnel, j’ai appris qu’il est préférable de s’engager auprès de la communauté climatique dont je fais partie ; je sais que je ne suis pas seule avec mes préoccupations, car j’en parle constamment avec mes amis et mes collègues. Il n’existe pas de remède universel contre l’épuisement professionnel, mais j’ai appris que prendre le temps de prendre soin de moi et de rester en contact avec ma famille et mes amis m’aide énormément à garder les pieds sur terre.

    Comment établissez-vous des liens avec le mouvement international pour le climat ?

    Nos équipes Global Links et Operations, dirigées par Sohayla Eldeeb et moi-même, ont travaillé ensemble pour façonner nos communications avec nos sections internationales en Jamaïque, aux Philippines et à Singapour. Nous avons organisé des heures de consultation spécifiques pour nos sections internationales afin de les aider à résoudre les conflits qu’elles rencontrent dans leur travail de campagne, et de leur apporter tout le soutien possible.

    En ce qui concerne les campagnes internationales, notre directrice adjointe des partenariats, Lana Weidgenant, participe activement aux campagnes internationales qui visent à attirer l’attention et à encourager l’éducation et l’action sur la transformation des systèmes alimentaires pour éliminer les émissions de gaz à effet de serre et protéger notre environnement. Lana était la vice-présidente jeunesse de Transition to Sustainable Consumption Patterns pour le Sommet des Nations unies sur les systèmes alimentaires 2021, elle est l’une des jeunes leaders de la campagne internationale Act4Food Act4Change qui a recueilli les engagements et les priorités en matière de systèmes alimentaires de plus de 100 000 jeunes et alliés à travers le monde, et elle est l’un des deux représentants jeunesse aux négociations agricoles de la COP26 de cette année.

    Dans quelle mesure espérez-vous que la COP26 permettra de progresser dans la lutte contre le changement climatique ?

    Je voudrais que le Nord global rende des comptes et s’engage à apporter 100 milliards de dollars pour permettre au Sud de mettre en œuvre avec succès ses propres mesures d’adaptation et d’atténuation du changement climatique.

    Beaucoup de nos points de vue à Zero Hour se concentrent sur la justice, plutôt que sur l’équité, parce que nous savons que les États-Unis sont un contributeur majeur à cette crise. Les dirigeants du Nord de la planète, et en particulier les acteurs clés des États-Unis, doivent cesser de soutenir l’industrie des combustibles fossiles, et commencer à s’engager en faveur de solutions qui donnent la priorité aux personnes plutôt qu’aux pollueurs.

    Je serais ravie de voir que tous les dirigeants présents à la COP26 prennent des mesures sérieuses et décisives pour combattre et éliminer les effets du changement climatique. L’aggravation des phénomènes météorologiques et la montée du niveau des mers ont déjà montré que l’inaction sera préjudiciable au bien-être de notre planète et de tous ses habitants.

    Le récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations unies a souligné qu’il existe suffisamment de preuves pour que nos dirigeants traitent le changement climatique comme l’urgence qu’il représente. J’espère que tous les dirigeants mondiaux participant à la conférence prendront véritablement en considération les conclusions du rapport du GIEC lors de la rédaction des résultats de la conférence.

    L’espace civique aux États-Unis est classé « obstrué » par leCIVICUS Monitor.
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  • COP26 : « Les communautés marginalisées doivent être au cœur de l’action climatique »

    À la veille de la 26ème Conférence des parties des Nations unies sur le changement climatique (COP26), qui se tiendra à Glasgow, au Royaume-Uni, du 31 octobre au 12 novembre 2021, CIVICUS a interrogé des militants, des dirigeants et des experts de la société civile sur les défis environnementaux auxquels ils sont confrontés dans leur contexte, les actions qu’ils entreprennent pour y faire face et leurs attentes pour le sommet à venir.

    CIVICUS s’entretient avec Jessica Dercontée, co-organisatrice du Collectif contre le racisme environnemental (CAER), un groupe de la société civile au Danemark qui s’efforce d’introduire la question de la discrimination et de l’injustice raciale dans le débat danois sur le climat en attirant l’attention du public sur le racisme environnemental.

    Le militantisme et le travail universitaire de Jessica se concentrent sur la gouvernance climatique et explore les injustices sociales et climatiques profondément enracinées liées à la classe, au genre et à la race. Jessica est coordinatrice de projets de développement international à l’Union des étudiants danois et au Conseil danois de la jeunesse pour les réfugiés, et assistante de recherche au cabinet de conseil In Futurum.

    Jessica Dercontee

    Quels sont les objectifs du CAER ?

    Nous sommes un collectif de femmes et de personnes de couleur non binaires travaillant à la croisée de l’environnementalisme, de l’antiracisme et de la justice climatique. Le CAER cherche à mobiliser et à amplifier les voix des personnes les plus touchées par le racisme environnemental, y compris les Noirs, les autochtones et les personnes de couleur dans le Sud et le Nord du monde. Notre collectif a été formé pour apporter une visibilité et un regard critique sur les débats et les conceptualisations actuels, en mettant en évidence les effets différenciés de la crise climatique et environnementale.

    Quel est le principal problème climatique ou environnemental sur lequel vous travaillez ?

    Le CAER se concentre sur l’écologie politique et le néocolonialisme des débats danois sur l’environnement et le climat. Les principaux débats publics sur la crise climatique au Danemark se concentrent sur les effets néfastes de notre culture de consommation et de nos modes de vie sur les biosystèmes de la planète, et accordent moins d’attention aux personnes touchées par ces effets, et à l’éternel désir des grandes entreprises de faire des profits et de maximiser leurs bénéfices. Si nous sommes d’accord sur l’urgence de ces questions, notre collectif estime que le débat au Danemark doit aller au-delà de l’affirmation de la nécessité pour les gouvernements et les autres parties prenantes de trouver des solutions technologiques grandioses pour atténuer la crise climatique. Le débat public actuel est trop simpliste, apolitique et technique, axé sur la recherche de solutions vertes. 

    Le CAER met en lumière les différentes dynamiques de pouvoir qui caractérisent nos systèmes actuels, ainsi que la manière dont les pratiques et les modes de pensée actuels perpétuent le colonialisme et l’oppression mondiale, qui sont également fortement ancrés dans le capitalisme. Pour ce faire, nous organisons des ateliers, rédigeons des articles, diffusons des informations sur les médias sociaux et collaborons avec des personnes ou des groupes marginalisés dans le Sud. 

    Un exemple de notre façon d’apporter une perspective différente à la question de la transition verte est notre analyse de la manière dont les grandes entreprises danoises causent la dégradation de l’environnement et favorisent l’accaparement des terres dans le Sud du monde. La société danoise d’énergie éolienne Vestas fait actuellement l’objet d’une action en justice intentée par des communautés autochtones du Mexique, qui l’accusent d’avoir des répercussions négatives sur les moyens de subsistance des populations autochtones, et l’associent à de graves violations des droits humains à l’encontre de manifestants locaux et de militants de la société civile, qui ont fait l’objet d’actes d’intimidation et de menaces de mort pour avoir dénoncé ces abus. Les gouvernements des deux pays ont conclu des accords qui, selon eux, étaient mutuellement bénéfiques, car ils étaient censés apporter croissance et développement économiques au Mexique, tout en aidant le Danemark à rendre son économie plus verte. Cependant, les accaparements de terres qui ont suivi ont privé les communautés du Sud de leurs droits, perpétuant le cycle de la dépendance à l’aide et faisant ressurgir les formes néocoloniales de contrôle et d’exploitation des terres et des populations autochtones.

    Un autre exemple beaucoup plus proche du Danemark est le racisme environnemental qui imprègne les relations du Danemark avec le Groenland, ancienne colonie et actuelle nation du Commonwealth danois. En raison du contrôle exercé par le Danemark sur les ressources naturelles du Groenland, la population groenlandaise est exclue des décisions importantes concernant l’avenir de l’Arctique, ce qui peut être considéré comme ayant un impact racial majeur dans le domaine de la conservation, de la politique environnementale et du consumérisme.

    L’objectif principal du CAER a été de fournir un espace sûr pour les Noirs, les autochtones et les personnes de couleur, y compris les personnes homosexuelles et transsexuelles, qui souhaitent se mobiliser dans les espaces de l’environnementalisme et de l’antiracisme au Danemark. Le mouvement climatique danois est souvent perçu comme ayant été excluant et discriminatoire envers ces personnes. Nous espérons que le discours public danois ne se contentera pas d’utiliser et de présenter les communautés marginalisées comme des études de cas, mais qu’il les placera au centre de l’action climatique en tant que fournisseurs légitimes de solutions, et participants actifs à la prise de décision.

    Avez-vous été confronté à des réactions négatives face au travail que vous faites ?

    Nous avons rencontré un véritable enthousiasme de la part d’autres organisations et acteurs désireux de changer leurs structures organisationnelles et de les rendre plus inclusives et capables de trouver des solutions à la crise que nous traversons. Bien que nous n’ayons pas eu de réactions négatives directes en raison de notre travail ou de l’accent que nous mettons sur la race et la nature discriminatoire de la politique environnementale, il nous semble que la société n’est pas prête à faire face aux diverses réalités vécues par les gens sur le terrain, qui sont différentes du récit extrêmement homogénéisé de l’expérience danoise. Au Danemark, les lois et les politiques ont été considérées comme inclusives sur la base de l’image progressiste de notre modèle d’État-providence qui protège toutes les personnes. Ainsi, les institutions et les individus ont plus de mal à comprendre que leur propre position privilégiée repose sur l’exploitation et l’oppression d’autres groupes sociaux, non seulement dans le passé mais encore aujourd’hui.

    Quel lien entretenez-vous avec le mouvement international pour le climat ?

    Nous nous engageons dans le mouvement climatique international sur la base de notre objectif de décolonisation des structures de l’activisme climatique. Nous cherchons aussi activement à nous engager dans des partenariats, ce qui se reflète dans les exemples que nous sélectionnons comme la face visible de nos projets et les voix que nous cherchons à amplifier. Nous cherchons à redonner du pouvoir et à créer des espaces où les personnes marginalisées peuvent raconter leur propre histoire et apporter leurs connaissances et leurs solutions à la crise climatique. De plus, en construisant et en partageant des connaissances à partir d’une diversité de perspectives et avec la contribution d’autant de chercheurs du Sud que possible, nous cherchons à faire contrepoids à l’ethnocentrisme qui imprègne l’échange de connaissances dans la gouvernance climatique, l’action climatique et l’environnementalisme.

    Dans quelle mesure espérez-vous que la COP26 permettra de progresser sur les questions climatiques ?

    Au CAER, nous espérons que, même si le scénario actuel de la COP26 présente l’inconvénient important de manquer de représentation diversifiée, il y aura un espace pour l’expression des connaissances vitales du Sud de la planète, et pour l’engagement d’un ensemble diversifié de voix dans l’élaboration des politiques, afin que le prochain cycle d’objectifs soit aussi nuancé et intersectionnel que possible.

    Quel changement souhaiteriez-vous voir se produire pour contribuer à résoudre la crise climatique ?

    Nous espérons que, dans un avenir proche, notre mouvement contre le racisme environnemental se développera et que cela nous permettra de jeter des ponts entre le mouvement climatique dominant et le mouvement antiraciste danois, afin d’atténuer la crise climatique d’une manière beaucoup plus inclusive et ouverte à la diversité et à la pluralité des connaissances, en englobant différents secteurs et institutions au Danemark, ainsi que dans le reste du monde.

    L’espace civique au Danemark est classé « ouvert » par leCIVICUS Monitor.
    Contactez le Collectif contre le racisme environnemental via son compteInstagram ou en envoyant un courriel à.

     

  • COP26 : « Les décideurs ont des objectifs nationaux alors que les enjeux sont transnationaux »

    Alors que la 26ème Conférence des parties des Nations unies sur le changement climatique (COP26) se déroule à Glasgow, au Royaume-Uni, du 31 octobre au 12 novembre 2021,CIVICUS interroge des militants, des dirigeants et des experts de la société civile sur les défis environnementaux auxquels ils sont confrontés dans leur contexte, les actions qu’ils entreprennent pour y faire face et leurs attentes pour le sommet.

     

  • COP26 : « Les jeunes font des propositions, ils ne se contentent pas de réclamer des changements en brandissant une pancarte »

    À la veille de la 26ème Conférence des parties des Nations unies sur le changement climatique (COP26), qui se tiendra à Glasgow, au Royaume-Uni, du 31 octobre au 12 novembre 2021, CIVICUS a interrogé des militants, des dirigeants et des experts de la société civile sur les défis environnementaux auxquels ils sont confrontés dans leur contexte, les actions qu’ils entreprennent pour y faire face et leurs attentes pour le sommet à venir.

    CIVICUS s’entretient avec Antonella Regular et Joaquín Salinas, respectivement coordinatrice de la communication et coordinateur de la formation de Juventudes COP Chile, une plateforme indépendante de jeunes axée sur l’action climatique. Le groupe cherche à générer des espaces de plaidoyer pour la population jeune et constitue un espace intersectionnel et intergénérationnel pour l’apprentissage mutuel.

    Antonella Regular y Joaquin Salinas

    Quels sont les principaux problèmes environnementaux au Chili ?

    Un problème central est directement lié aux zones de sacrifice environnemental, c’est-à-dire les zones qui concentrent un grand nombre d’industries polluantes ayant un impact direct sur les communautés. Un autre problème est l’exploitation minière et la manière dont les droits d’extraction prennent le pas sur les droits des communautés et de l’environnement, avec des opérations telles que le projet controversé de Dominga dans la région de Coquimbo, sur la côte nord et du centre du Chili. Et dans le sud, la question de la déforestation.

    Ces questions environnementales sont notre point d’entrée dans les communautés : elles nous permettent de connaître les défis et les objectifs afin de pouvoir influencer et agir, et pas seulement exiger. A partir de cette plateforme, nous cherchons à générer des solutions aux problèmes.

    Le fait que les jeunes ne trouvent pas d’espaces où ils sont entendus et peuvent participer activement à la prise de décision est également un problème. Le Chili traverse actuellement un processus constituant : nous avons une Assemblée constituante très diverse et plurielle, directement élue par les citoyens, qui rédige une nouvelle Constitution. Pour la première fois, il est possible que certaines demandes historiques, longtemps ignorées, soient satisfaites. En ce moment décisif, il est important que les jeunes soient inclus dans le processus décisionnel et qu’ils puissent influencer la conception de politiques publiques progressistes.

    Comment vos actions s’inscrivent-elles dans le cadre du mouvement mondial pour le climat ?

    La plateforme Juventudes COP Chile se veut un pont entre la société civile et les espaces de plaidoyer internationaux tels que les conférences sur le climat. Notre objectif est de donner à la société civile dans son ensemble les moyens d’émettre des opinions et des demandes pour influencer ces espaces. Nous avons ouvert des espaces de participation et généré des alliances, et toutes les propositions qui ont émergé dans ces espaces seront délivrées à la COP26. 

    Juventudes COP Chile promeut la participation des jeunes et les encourage à prendre une position active. Nous faisons des propositions, nous ne nous contentons pas d’exiger des changements en brandissant une pancarte.

    Quels progrès attendez-vous de la COP26 ? Plus généralement, quelle est, selon vous, l’utilité de ces processus internationaux ?

    Il y a beaucoup de travail resté inachevé depuis la COP25. Par exemple, finaliser le livre des règles en ce qui concerne l’article 6 de l’Accord de Paris, relatif aux marchés du carbone, pour que les États et les entreprises puissent échanger des unités d’émission de gaz à effet de serre. Nous espérons que lors de cette COP, les pays se mettront d’accord immédiatement et qu’il y aura une percée à cet égard. Ils devraient également cesser de reporter les contributions déterminées au niveau national (CDN) à 2050. Et les CDN ne devraient plus être volontaires. Cela semble presque une moquerie étant donné l’état de la crise climatique.

    Il est urgent de progresser car nous constatons que le changement climatique est réel et qu’il se produit. Certains changements sont déjà irréversibles : nous les vivons au quotidien dans notre relation avec l’environnement et il se peut que nous soyons déjà à peine capables d’adopter des règles d’adaptation.

    Les parties à la COP26 devraient en prendre conscience et mettre leurs intérêts de côté pour penser à la survie de l’espèce humaine. Ils doivent écouter la science et les jeunes. La participation des jeunes à ces processus ne peut être un simple protocole : elle doit être réelle, active et significative.

    Quels changements voudriez-vous voir se produire dans le monde ou dans votre communauté, qui pourraient aider à résoudre la crise climatique ?

    Dans nos communautés, nous attendons une plus grande participation et un meilleur accès à l’information. Au Chili, il y a une grande centralisation : tout se passe dans la capitale, Santiago, et cela génère un déficit de participation des citoyens à la prise de décision et à la diffusion de l’information dans les communautés. Nous espérons que des progrès seront réalisés sur les questions de décentralisation et de redistribution du pouvoir de décision effectif.

    L’un des principes de Juventudes COP Chile est précisément la décentralisation, et c’est pourquoi nous travaillons avec des personnes de différentes régions du pays. Nous aimerions voir une adoption plus massive de certaines des pratiques que nous intégrons dans Juventudes COP Chile, comme l’artivisme, la culture régénératrice, l’horizontalité et le travail communautaire.

    Au niveau national, nous attendons des hommes politiques qu’ils commencent à prendre ce problème au sérieux. Ils doivent œuvrer à la réduction de la pollution et à l’atténuation de la crise climatique. Ils doivent partir de la reconnaissance du fait que la crise climatique est une crise des droits humains, qui affecte radicalement la qualité de vie des personnes et des communautés les plus vulnérables. Il est important que l’on reconnaisse que cela se produit et que c’est un problème sérieux.

    Une étape importante pour faire avancer les choses serait que le Chili signe enfin l’accord régional sur l’accès à l’information, la participation du public et l’accès à la justice en matière d’environnement en Amérique latine et dans les Caraïbes, plus connu sous le nom d’accord d’Escazú. Il s’agit du premier accord régional sur l’environnement en Amérique latine et dans les Caraïbes et du premier au monde à contenir des dispositions spécifiques sur les défenseurs des droits humains et les défenseurs de l’environnement. Pendant des années, le Chili a fait pression pour que les négociations aboutissent à cet accord, mais a ensuite décidé de ne pas le signer. Elle doit le faire sans délai.

    L’espace civique au Chili est classé « obstrué » par leCIVICUS Monitor.
    Contactez Juventudes COP Chile via sonsite web ou ses pagesFacebook etInstagram.

     

  • COP26 : « Mon espoir est que les gens se rassemblent pour demander justice »

    Mitzi Jonelle TanÀ la veille de la 26ème Conférence des Parties des Nations Unies sur le changement climatique (COP26), qui se tiendra à Glasgow, au Royaume-Uni, du 31 octobre au 12 novembre 2021, CIVICUS a interrogé des militants, des dirigeants et des experts de la société civile sur les défis environnementaux auxquels ils sont confrontés dans leur contexte, les actions qu’ils entreprennent pour y faire face et leurs attentes pour le sommet à venir.

    CIVICUS s’entretient avec Mitzi Jonelle Tan, une jeune militante pour la justice climatique basée à Metro Manila, aux Philippines, membre des Young Climate Champions Philippines et participante active du mouvement international Fridays for the Future.

    Quel est le principal problème climatique dans votre communauté ?

    Les Philippines subissent de nombreux impacts du changement climatique, qu’il s’agisse de sécheresses plus longues et plus chaudes ou de typhons plus fréquents et plus intenses. Outre ces impacts climatiques - auxquels nous n’avons pas été capables de nous adapter et qui nous laissent sans soutien pour faire face aux pertes et aux dommages - nous sommes également confrontés à de nombreux projets destructeurs de l’environnement, souvent entrepris par des multinationales étrangères, que notre gouvernement autorise et même encourage.

    Young Climate Champions Philippines, la version philippine de Fridays for Future, milite pour la justice climatique et pour que les voix des personnes issues des communautés les plus touchées soient entendues et amplifiées. Je suis devenue militante en 2017, après avoir travaillé avec des leaders autochtones aux Philippines, car ce travail m’a fait prendre conscience que la seule façon de parvenir à une société plus juste et plus verte est une action collective menant à un changement systémique.

    Avez-vous été confrontée à des réactions négatives face au travail que vous réalisez ?

    Oui, comme pour toute personne qui s’élève contre l’injustice et l’inaction, notre gouvernement, par l’intermédiaire de ses agents rémunérés, désigne les militants comme des terroristes : pour résumer, il nous traite de terroristes pour avoir demandé des comptes et poussé au changement. Être militant du climat s’accompagne toujours de la peur aux Philippines, le pays qui, pendant huit années consécutives, a été classé comme le plus dangereux d’Asie pour les défenseurs et militants de l’environnement. Nous ne vivons plus seulement avec la peur des impacts climatiques, mais aussi avec celle que la police et les forces de l’État s’en prennent à nous et nous fassent disparaître.

    Comment établissez-vous des liens avec le mouvement international pour le climat ?

    Je collabore beaucoup avec la communauté internationale, en particulier par le biais de Fridays for Future - MAPA (Most Affected Peoples and Areas), l'un des groupes de Fridays for Future dans le Sud. Nous y parvenons en ayant des conversations, en apprenant les uns des autres et en élaborant des stratégies conjointes, tout en nous amusant. Il est important que le mouvement mondial des jeunes soit très bien mis en réseau, uni et solidaire, afin de s’attaquer réellement au problème mondial de la crise climatique.

    Quels sont vos espoirs que la COP26 débouche sur des progrès, et quelle utilité voyez-vous à de tels processus internationaux ?

    Mon espoir ne réside pas dans les soi-disant dirigeants et politiciens qui se sont adaptés au système et l’ont géré pendant des décennies au profit d’une minorité, généralement issus du Nord global. Mon espoir repose sur les gens : sur les militants et les organisations de la société civile qui s’unissent pour réclamer justice et dénoncer le fait que le système axé sur le profit qui nous a conduits à cette crise n’est pas celui dont nous avons besoin pour en sortir. Je pense que la COP26 est un moment crucial et que ce processus international doit être utile, car nous en avons déjà eu 24 qui n’ont pas donné grand-chose. Ces problèmes auraient dû être résolus lors de la première COP et, d’une manière ou d’une autre, nous devons veiller à ce que cette COP soit utile et débouche sur des changements significatifs, et non sur de nouvelles promesses vides.

    Quels changements souhaiteriez-vous voir se produire pour commencer à résoudre la crise climatique ?

    Le seul changement que je demande est un grand changement : un changement de système. Nous devons changer ce système qui donne la priorité à la surexploitation du Sud et des peuples marginalisés au profit du Nord et de quelques privilégiés. Un développement bien compris ne devrait pas être basé sur le PIB et la croissance éternelle, mais sur la qualité de vie des gens. C’est possible, mais seulement si nous nous attaquons à la crise climatique et à toutes les autres injustices socio-économiques qui en sont la cause.

    L’espace civique auxPhilippines est classé « réprimé »par leCIVICUS Monitor.
    Contactez les Young Climate Champions Philippines via leursite web ou leur pageFacebook, et suivez Mitzi Jonelle surTwitter etInstagram. 

     

  • COP26 : « Nous attendons des obligations plus strictes en vertu du principe de responsabilité commune et différenciée »

    Charles WanguhuÀ la veille de la 26ème Conférence des parties des Nations unies sur le changement climatique (COP26), qui se tiendra à Glasgow, au Royaume-Uni, du 31 octobre au 12 novembre 2021, CIVICUS a interrogé des militants, des dirigeants et des experts de la société civile sur les défis environnementaux auxquels ils sont confrontés dans leur contexte, les actions qu’ils entreprennent pour y faire face et leurs attentes pour le sommet à venir.

    CIVICUS s’entretient avecCharles Wanguhu, activiste social et coordinateur de la Plateforme de la société civile pour le pétrole et le gaz kényans, un forum où les organisations de la société civile (OSC) participantes partagent des informations, planifient et élaborent ensemble des stratégies pour un plaidoyer commun, s’engagent auprès des agences gouvernementales, des entreprises et des médias, et informent et sensibilisent le public.

    Quel est le problème environnemental de votre pays sur lequel vous travaillez ?

    La Plateforme de la société civile pour le pétrole et le gaz kényans est une organisation à but non lucratif qui œuvre pour la durabilité du secteur pétrolier et gazier au Kenya, et pour des transitions énergétiques justes. Avec la découverte de pétrole dans le comté de Turkana au Kenya, notre travail s’est orienté vers le plaidoyer en faveur de cadres politiques et juridiques garantissant la justice environnementale et la prise en compte du climat dans l’exploitation pétrolière. Nous effectuons ce travail en examinant les politiques et les réglementations et en renforçant les capacités afin que les communautés locales puissent participer efficacement aux processus d’évaluation de l’impact environnemental et social (ESIA) pour sauvegarder leur environnement.

    Nous sommes également directement impliqués dans l’examen des ESIA, en plaidant toujours pour l’inclusion des considérations relatives au changement climatique et à la protection de l’environnement au niveau du projet. Par exemple, alors que le projet pétrolier de Turkana se dirigeait vers la phase de production, nous avons participé aux forums de consultation des parties prenantes du projet, où nous avons soulevé la nécessité que l’ESIA du projet intègre des évaluations de l’impact sur le changement climatique. Nous avons également plaidé pour la transparence du secteur par la divulgation des accords et des licences pétrolières, afin que les citoyens puissent comprendre les obligations des compagnies pétrolières en matière d’environnement et de changement climatique, ce qui entraînera une plus grande responsabilité de la part de l’État et de ces compagnies.

    Avez-vous été confronté à des réactions négatives face au travail que vous faites ?

    Le rétrécissement de l’espace civique reste un défi dans l’environnement dans lequel nous travaillons. Les groupes de la société civile sont confrontés à des réactions négatives de la part du gouvernement lorsqu’ils abordent les questions d’actualité. Les restrictions prennent souvent la forme d’un refus d’autorisation d’organiser des manifestations ou des réunions liées à des projets qui les intéressent. Dans certains cas, des organismes gouvernementaux tels que le Conseil de coordination des organisations non gouvernementales et l’Autorité fiscale du Kenya ont été utilisés pour cibler les OSC.

    Nous sommes également confrontés à des restrictions de la part des entreprises, telles que l’exclusion délibérée des OSC des événements de participation publique. Ceux de nos membres qui ont soulevé des préoccupations ou se sont exprimés sur des questions liées à l’extraction des ressources pétrolières et gazières ont constaté qu’ils ne sont plus invités à participer ou autorisés à faire des commentaires lors des audiences publiques.

    Quel lien entretenez-vous avec le mouvement international pour le climat ?

    Nous développons un programme panafricain pour une transition juste qui impliquera une collaboration avec d’autres groupes régionaux et internationaux, afin de garantir que la transition énergétique mondiale soit juste pour l’Afrique et reflète les impacts de la crise climatique sur le continent.

    Quels sont vos espoirs pour la COP26, et dans quelle mesure pensez-vous que ces processus internationaux soient utiles ?

    L’inclusion des considérations relatives au changement climatique au niveau des projets a déjà un fondement juridique au Kenya grâce à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, à l’Accord de Paris et à la loi sur le changement climatique adoptée au Kenya en 2016. Le retard dans la mise en œuvre de la loi a été un défi, mais nous avons connaissance de plusieurs projets de réglementation qui sont en cours d’examen pour une éventuelle promulgation.

    En ce qui concerne la transition énergétique équitable, nous attendons l’imposition d’obligations plus fortes, conformes au principe de responsabilité commune mais différenciée, qui reconnaît que les différents pays ont des responsabilités et des capacités différentes pour faire face aux problèmes transfrontaliers tels que le changement climatique. Cela permettrait de s’assurer que l’Afrique n’est pas laissée pour compte dans la transition ou, pire, que la transition ne se fait pas à ses dépens.

    Les processus internationaux ont été utiles dans la mesure où ils ont en partie facilité l’intégration dans le droit national de cadres juridiques et politiques sur le changement climatique, mais nous attendons certainement plus d’engagement de la part des États.

    Quel changement souhaiteriez-vous voir se produire pour contribuer à résoudre la crise climatique ?

    Nous aimerions voir une mise en œuvre accélérée des cadres et obligations juridiques en matière de changement climatique, tant au niveau local qu’international. En outre, nous aimerions que les pays développés du Nord s’engagent à respecter leurs promesses de financement du climat faites dans le cadre de l’Accord de Paris. Cela contribuera grandement à financer des transitions énergétiques justes en Afrique.

    L’espace civique auKenya est classé« obstrué »par leCIVICUS Monitor.
    Contactez la Plateforme de la société civile pour le pétrole et le gaz kényans via sonsite web et suivez@KCSPOG et@CharlesWanguhu sur Twitter.

     

  • COP26 : « Nous devons donner aux communautés et aux femmes les moyens de gérer les ressources climatiques »

    Nyangori OhenjoÀ la veille de la 26ème Conférence des Parties des Nations Unies sur le changement climatique (COP26), qui se tiendra à Glasgow, au Royaume-Uni, du 31 octobre au 12 novembre 2021, CIVICUS a interrogé des militants, des dirigeants et des experts de la société civile sur les défis environnementaux auxquels ils sont confrontés dans leur contexte, les actions qu’ils entreprennent pour y faire face et leurs attentes pour le sommet à venir.

    CIVICUS s’entretient avec Nyang’ori Ohenjo, directeur général du Minority Rights Development Centre (CEMIRIDE), une organisation de la société civile kenyane qui milite pour la reconnaissance des minorités et des peuples autochtones dans les processus politiques, juridiques et sociaux et s’efforce de donner aux communautés les moyens d’assurer des moyens de subsistance durables.

    Quel est le problème climatique dans votre pays qui est au centre de votre travail ?

    Nous nous concentrons sur l’aggravation des effets du changement climatique, notamment sur les groupes les plus vulnérables tels que les populations autochtones. Malgré un grand nombre de programmes climatiques, le Kenya n’atteint pas les objectifs souhaités. Par exemple, le nord du pays connaît une augmentation des sécheresses, avec les conséquences désastreuses habituelles, et le président a déjà déclaré catastrophe nationale la sécheresse de cette année.

    La principale difficulté réside dans le fait que les cadres politiques ne tiennent pas compte des circonstances des communautés autochtones, qui comprennent les communautés pastorales, les habitants des forêts et les communautés de pêcheurs. Cela rend ces communautés et leurs systèmes économiques vulnérables et ne fournit pas de solutions pour renforcer leur résilience. Les programmes et les politiques ignorent souvent les éléments culturels.

    Les éleveurs, par exemple, diversifient leurs troupeaux en termes de sexe, d’âge et d’espèces pour répartir les risques et maximiser les pâturages disponibles. La taille du troupeau est équilibrée avec la taille de la famille, et la composition du troupeau cherche à répondre aux besoins de la famille. Parfois, les troupeaux sont divisés comme une stratégie de survie, surtout en période de sécheresse, et pour permettre une utilisation innovante des ressources disponibles. Grâce à des systèmes de soutien mutuel, les éleveurs veillent les uns sur les autres afin de pouvoir se remettre rapidement des catastrophes. Chaque groupe pastoral a une façon différente de soutenir ses membres, par exemple en leur permettant de gagner de l’argent et de diversifier leurs moyens de subsistance. Cependant, l’aide alimentaire et les allocations sont devenues la norme politique en temps de crise, comme durant la sécheresse actuelle, ce qui n’a de sens économique pour personne, et surtout pas pour les communautés pastorales.

    Les 50 années d’une approche axée principalement sur l’aide alimentaire n’ont pas permis d’apporter une solution durable, d’où la nécessité d’un véritable changement de politique pour passer d’une réponse réactive aux catastrophes à une préparation proactive. Cela signifie qu’il faut disposer de ressources de base, y compris d’argent liquide si nécessaire, avant qu’une crise ne survienne, pour aider les communautés à traverser les périodes difficiles, tout en se concentrant sur les investissements et le développement à long terme afin d’accroître la résilience des communautés pour absorber les chocs futurs.

    Quel lien entretenez-vous avec le mouvement international pour le climat ?

    Nous établissons des liens par le biais de notre travail avec de nombreux réseaux mondiaux de la société civile, dont CIVICUS, et avec des organisations kenyanes de défense du développement, des organisations de base et des groupes réclamant une action en faveur du climat, ainsi qu’avec des institutions universitaires, des organes des Nations unies et des institutions régionales et internationales de défense des droits humains. L’objectif principal de ces liens est de faire en sorte que les voix des communautés autochtones du Kenya soient entendues au sein du mouvement de lutte contre le changement climatique et puissent influencer les discussions internationales.

    La participation des peuples autochtones au mouvement international pour le climat, et le fait que les peuples autochtones fassent partie d’une conversation qui, en tenant compte de la dimension de genre, reconnaît leurs droits et valorise leurs connaissances traditionnelles, ainsi que leurs pratiques innovantes en matière de résilience climatique, sont essentiels pour concevoir et mettre en œuvre des politiques et des actions climatiques efficaces.

    Au niveau national, par le biais de la Direction du changement climatique, un département du ministère kenyan de l’Environnement et des Forêts, et de la Plateforme multisectorielle pour une agriculture intelligente face au climat, le CEMIRIDE a été impliqué dans le processus d’établissement de la position du gouvernement kenyan pour la COP26 et au sein de la Plateforme des communautés locales et des peuples autochtones (Plateforme CLPA).

    Comment les communautés autochtones interagissent-elles avec le gouvernement kenyan ?

    L’initiative relative aux situations d’urgence liées à la sécheresse, qui prend fin en 2022, a permis d’élaborer une politique climatique, mais a peu progressé dans la résolution du problème de la sécheresse. Il existe également le Plan d’action national sur le changement climatique (2018-2022), qui prévoit la participation et l’inclusion effectives des communautés autochtones marginalisées, mais là encore, les progrès sont très limités pour ce qui est de garantir une participation structurée et significative de ces communautés à la mise en œuvre et au suivi du Plan d’action national.

    Le gouvernement met également en œuvre le projet Kenya Climate-Smart Agriculture, dont l’un des éléments clés est l’atténuation du changement climatique. Cependant, sa mise en œuvre manque de mécanismes structurés d’engagement avec les communautés autochtones, qui ont donc une présence et une capacité minimales pour contribuer à sa conception et à sa mise en œuvre.

     

    Dans quelle mesure espérez-vous que la COP26 fera des progrès sur ces questions et quelle est, selon vous, l’utilité de ces processus internationaux ?

    Les processus internationaux tels que la COP26 sont importants pour donner une visibilité aux peuples autochtones dans les négociations sur le changement climatique. S’il a fallu du temps aux gouvernements, et notamment à ceux d’Afrique, pour reconnaître le rôle des peuples autochtones et la nécessité de faire entendre leur voix à la table des décisions internationales sur le changement climatique, ils ont désormais compris que les peuples autochtones peuvent réellement influencer l’orientation de ces processus. Plus précisément, la Plateforme CLPA a été créée pour promouvoir l’échange d’expériences et de bonnes pratiques, renforcer les capacités de participation des parties prenantes à tous les processus liés à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, et exploiter les divers systèmes de connaissances et leurs innovations pour la conception et la mise en œuvre des politiques et actions climatiques.

    Le CEMIRIDE espère que la voix des peuples autochtones occupera le devant de la scène et que les gouvernements s’engageront à mettre en œuvre des solutions locales pour lesquelles ils seront tenus responsables, plutôt que de faire de grandes promesses mondiales qui ne sont jamais tenues et pour lesquelles personne ne leur demande de rendre des comptes. En particulier, nous attendons des gouvernements qu’ils s’engagent à soutenir et à faciliter la mise en œuvre d’un cadre national pour l’engagement des communautés autochtones dans l’action contre le changement climatique.

    Quel changement voudriez-vous voir - dans le monde ou dans votre communauté - qui aiderait à résoudre la crise climatique ?

    Nous voulons voir une réelle dévolution de pouvoir aux communautés, et en particulier aux femmes, dans la gestion des ressources climatiques. Les peuples autochtones sont des collectifs uniques, non seulement en raison des impacts que le changement climatique a sur eux, mais aussi en raison du rôle qu’ils jouent pour assurer le succès des mesures d’intervention, et des perspectives et expériences qu’ils apportent grâce à leurs connaissances autochtones et locales. Personne ne connaît mieux une communauté que les personnes qui y vivent et dépendent de ses ressources.

    Les communautés autochtones marginalisées ont depuis longtemps développé des connaissances et une expertise spécifique pour préserver et conserver les environnements naturels dont elles tirent leurs moyens de subsistance et autour desquels elles ont développé leurs systèmes et structures sociaux, culturels et religieux. Leur gestion directe des ressources climatiques leur permettra donc d’influencer positivement le développement, l’examen, l’adoption et la mise en œuvre des politiques et des réglementations concernant le changement climatique, en se concentrant spécifiquement sur l’amélioration de leur résilience face aux impacts du changement climatique.

    L’espace civique auKenya est classé « obstrué »par leCIVICUS Monitor.

    Contactez le Minority Rights Development Centre via sonsite web et suivez@CEMIRIDE_KE sur Twitter. 

     

  • COP26 : « Nous espérons que les mots se traduiront par des engagements qui changeront les comportements »

    À la veille de la 26ème Conférence des Parties des Nations Unies sur le changement climatique (COP26), qui se tiendra à Glasgow, au Royaume-Uni, du 31 octobre au 12 novembre 2021, CIVICUS a interrogé des militants, des dirigeants et des experts de la société civile sur les défis environnementaux auxquels ils sont confrontés dans leur contexte, les actions qu’ils entreprennent pour y faire face et leurs attentes pour le sommet à venir.

    CIVICUS s’entretient avec Theophile Hatagekimana, secrétaire exécutif de Rwanda Environment Awareness Organization (REAO), une organisation de la société civile rwandaise qui œuvre à la sensibilisation au changement climatique et aux questions environnementales et promeut la mise en œuvre de politiques de gestion environnementale rationnelle.

    Theophile Hategekimana

    Quel est le principal problème environnemental de votre communauté sur lequel vous travaillez ?

    Nous travaillons sur la résilience et l’atténuation du changement climatique dans le respect des droits humains. Ces dernières années, nous avons commencé à collaborer aux efforts du gouvernement pour réduire la quantité de combustible utilisée pour la cuisine des ménages. Nous avons uni nos forces sur cette initiative et d’autres, car le gouvernement rwandais est très proactif en matière d’atténuation du changement climatique.

    Dans le cadre de ce projet, nous enseignons aux personnes vulnérables, notamment les jeunes femmes, les femmes pauvres, les mères adolescentes célibataires et les victimes d’abus sexuels, à utiliser des méthodes de cuisson améliorées telles que les cuisinières au lieu du bois de chauffage, ce qui permet non seulement d’éviter l’abattage de nombreux arbres et de réduire leur exposition aux émissions toxiques dans leur maison, mais aussi de gagner beaucoup de temps. Nous les encourageons à consacrer le temps ainsi gagné à des activités d’épanouissement personnel, d’éducation et d’interaction sociale, et à s’engager dans des activités génératrices de revenus.

    Nous plantons également des arbres pour restaurer les forêts, et plantons et distribuons des arbres agroforestiers, qui rendent le sol plus résilient et capable de faire face à des événements climatiques extrêmes tels que les sécheresses et les fortes pluies, tout en fournissant de la nourriture, du fourrage, des matières premières industrielles, du bois, du combustible et du paillis, contribuant ainsi à diversifier les régimes alimentaires et les revenus. L’un de nos projets consiste à acheter des graines et à les planter dans les écoles, dans le cadre d’un programme qui comprend l’éducation environnementale, la démonstration des principes environnementaux en développant des pratiques vertes dans la vie quotidienne, et le développement d’une éthique environnementale.

    Bien qu’il puisse sembler que nous ne travaillons que sur la protection de l’environnement, nous sommes en réalité très préoccupés par la dimension « droits humains » de la protection de l’environnement. C’est pourquoi nous nous opposons à la pratique consistant à déplacer des personnes sans leur accorder une compensation adéquate. Nous sensibilisons les personnes aux droits que leur confère la loi et les aidons à les faire valoir si nécessaire. Nous leur fournissons les outils nécessaires pour qu’ils apprennent à connaître leurs droits tels qu’ils sont définis par le droit international et le droit rwandais.

    Quel lien entretenez-vous avec le mouvement international pour le climat ?

    De nombreux militants, dont je fais partie, entretiennent des liens personnels avec des organisations internationales et avec leurs pairs dans le monde entier. Mais aussi au niveau organisationnel, nous essayons d’entrer en contact avec d’autres groupes qui ont une mission similaire à la nôtre et de participer à des réseaux et coalitions sur le climat et l’environnement. Le REAO est membre du Rwanda Climate Change and Development Network, une association nationale d’organisations environnementales. Au niveau international, nous travaillons en réseau avec d’autres organisations impliquées dans la protection et l’atténuation du changement climatique, et avons collaboré avec l’Union internationale pour la conservation de la nature et le Programme des Nations unies pour le développement, entre autres.

    Dans quelle mesure espérez-vous que la COP26 fera des progrès en matière d’atténuation du changement climatique ?

    Nous saluons tous les efforts internationaux visant à prendre des décisions coordonnées pour protéger l’environnement et améliorer le bien-être des communautés, et nous espérons que la COP26 débouchera sur des actions concrètes pour lutter contre le changement climatique et la dégradation de l’environnement. Au niveau du discours, bien sûr, tout ce que les dirigeants des pays disent sur la scène mondiale est exactement ce que nous voulons entendre ; rien de tout cela ne va à l’encontre de notre mission, de notre vision et de nos valeurs. Nous espérons qu’à la COP26, ces paroles se traduiront par des engagements qui entraîneront un changement positif dans le comportement de leurs pays en matière de climat.

    Quel changement voudriez-vous voir - dans le monde ou dans votre communauté - pour aider à résoudre la crise climatique ?

    Au niveau mondial, nous voulons que les plus gros pollueurs agissent pour réduire considérablement leurs émissions. Des pays comme la Chine, l’Inde, les États-Unis et d’autres doivent prendre des décisions claires et agir sur le changement climatique, ou nous subirons tous les conséquences de leur inaction. Nous attendons des grands pollueurs qu’ils assument le coût des solutions pour le climat et que la facture soit réglée.

    Au niveau local, nous espérons que les conditions de vie des communautés défavorisées s’amélioreront et s’adapteront au changement climatique avec le soutien de politiques publiques appropriées et de financements gouvernementaux.

    L’espace civique auRwanda est classé « réprimé »par leCIVICUS Monitor.
    Contactez Rwanda Environment Awareness Organization via sonsite web et sa pageFacebook. 

     

  • COP26 : « On investit beaucoup plus d’argent pour détruire la planète que pour la sauver »

    La 26ème Conférence des Parties des Nations Unies sur le changement climatique (COP26) vient de se terminer à Glasgow, au Royaume-Uni, et CIVICUS continue d’interviewer des militants de la société civile, des dirigeants et des experts sur les résultats du sommet, son potentiel pour résoudre les défis environnementaux auxquels ils sont confrontés et les actions qu’ils entreprennent pour y faire face.

    CIVICUS s’entretient avec Ruth Alipaz Cuqui, leader autochtone de l’Amazonie bolivienne et coordinatrice générale de la Coordination nationale pour la défense des territoires paysans indigènes et des aires protégées (CONTIOCAP). Cette organisation est née fin 2018 de la convergence de plusieurs mouvements de résistance contre la destruction des territoires autochtones et des zones protégées par les projets extractifs et la cooptation des organisations traditionnelles représentant les peuples autochtones. Initialement composée de 12 mouvements, elle en compte désormais 35, issus de toute la Bolivie.

    RuthAlipaz

    Sur quelles questions environnementales travaillez-vous ?

    En tant que défenseure des territoires autochtones, des droits des autochtones et des droits de la nature, je travaille à trois niveaux différents. Tout d’abord, à titre personnel, je travaille dans ma communauté du peuple autochtone Uchupiamona, qui se trouve dans l’une des zones protégées les plus diversifiées au monde, le parc national Madidi.

    En 2009, mon peuple était sur le point d’accorder une concession forestière qui dévasterait 31 000 hectares de forêt, dans une zone sensible pour la préservation de l’eau et particulièrement riche en diversité d’oiseaux. Pour empêcher cette concession, j’ai fait une proposition alternative, axée sur le tourisme ornithologique. Bien qu’actuellement, en raison de la pandémie, le tourisme se soit avéré ne pas être le pari le plus sûr, le fait est que nous avons encore les forêts grâce à cette activité - bien qu’elles restent toujours menacées en raison de la pression exercée par les personnes de la communauté qui ont besoin d’argent immédiatement.

    Ma communauté est actuellement confrontée à de graves problèmes d’approvisionnement en eau, mais nous nous sommes organisées avec des jeunes femmes pour restaurer nos sources d’eau en reboisant la zone avec des plantes fruitières autochtones, et en transmettant les connaissances sur ces plantes fruitières et médicinales de nos aînés aux femmes et aux enfants.

    Deuxièmement, je suis membre du Commonwealth des communautés autochtones des fleuves Beni, Tuichi et Quiquibey, une organisation de base de la région amazonienne de Bolivie qui, depuis 2016, mène la défense des territoires de six nations autochtones - Ese Ejja, Leco, Moseten, Tacana, Tsiman et Uchupiamona - contre la menace de la construction de deux centrales hydroélectriques, Chepete et El Bala, qui inonderaient nos territoires, déplaceraient plus de cinq mille autochtones, obstrueraient trois rivières pour toujours et dévasteraient deux zones protégées, le parc national Madidi et la réserve de biosphère Pilón Lajas. Le 16 août 2021, les organisations autochtones soutenant le gouvernement ont autorisé le lancement de ces projets hydroélectriques.

    La rivière Tuichi, qui se trouve dans la zone protégée de Madidi et qui est essentielle à l’activité d’écotourisme communautaire de mon peuple Uchupiamona, a également été concédée dans sa totalité à des tiers extérieurs à la communauté pour le développement de l’exploitation de l’or alluvial. La loi sur l’exploitation minière et la métallurgie est discriminatoire envers les peuples autochtones en permettant à tout acteur extérieur d’acquérir des droits sur nos territoires.

    Enfin, je suis la coordinatrice générale de CONTIOCAP, une organisation qui a dénoncé les violations systématiques de nos droits dans les territoires autochtones des quatre macro-régions de Bolivie : le Chaco, les vallées, l’Altiplano et l’Amazonie. Ces violations vont de pair avec l’exploration et l’exploitation pétrolières, le brûlage des forêts et la déforestation pour libérer des terres pour l’agrobusiness, la construction de routes et de centrales hydroélectriques et l’activité d’extraction d’or alluvial qui empoisonne les populations vulnérables.

    Avez-vous été confrontée à des réactions négatives pour le travail que vous faites ?

    Nous avons été confrontés à des réactions négatives, principalement de la part de l’État, par le biais d’organismes décentralisés tels que l’Agence nationale des impôts et l’Agence nationale des migrations. J’ai récemment découvert que ces deux agences avaient ordonné la rétention de mes comptes bancaires.

    Lors d’une marche menée par la nation Qhara Qhara en 2019, j’ai été constamment suivie et physiquement harcelée par deux personnes, alors que j’étais en ville pour soumettre nos propositions aux côtés des leaders de la marche.

    Et récemment, lorsque des organisations autochtones favorables au gouvernement ont autorisé les centrales hydroélectriques, nos dénonciations ont donné lieu à des actions visant à nous disqualifier et à nous discréditer, ce que le gouvernement bolivien fait depuis des années. Ils disent, par exemple, que ceux d’entre nous qui s’opposent aux mégaprojets hydroélectriques ne sont pas des représentants légitimes des peuples autochtones, mais des activistes financés par des organisations non gouvernementales internationales.

    Comment vos actions s’inscrivent-elles dans le cadre du mouvement mondial pour le climat ?

    Nos actions convergent avec celles du mouvement mondial, car en défendant nos territoires et nos zones protégées, nous contribuons non seulement à éviter la poursuite de la déforestation et de la pollution des rivières et des sources d’eau, et à préserver les sols pour maintenir notre souveraineté alimentaire, mais aussi à conserver les connaissances ancestrales qui contribuent à notre résilience face à la crise climatique.

    Les peuples autochtones se sont avérés être les protecteurs les plus efficaces des écosystèmes et de la biodiversité, ainsi que des ressources fondamentales pour la vie telles que l’eau, les rivières et les territoires, face à la position de l’État dont les lois servent plutôt à violer nos espaces de vie.

    Avez-vous utilisé les forums et les espaces de participation des organisations internationales ?

    Oui, nous le faisons régulièrement, par exemple en demandant à la Commission interaméricaine des droits de l’homme d’assurer un suivi de la criminalisation et de la violence à l’encontre des défenseurs des droits des peuples autochtones en Bolivie et en participant à la production collective d’un rapport alternatif de la société civile pour l’Examen Périodique Universel de la Bolivie par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, que nous avons présenté lors des pré-sessions du Conseil en octobre 2019.

    Récemment, lors d’une audience dans la ville de La Paz, nous avons présenté un rapport sur les violations de nos droits au rapporteur spécial des Nations unies sur les peuples autochtones.

    Que pensez-vous des espaces de participation de la société civile aux COP, et comment évaluez-vous les résultats de la COP26 qui vient de se terminer ?

    Une fois de plus, lors de la COP26, les États ont montré leur totale inefficacité à agir en conformité avec leurs propres décisions. J’ai déclaré à plus d’une occasion que 2030 était à portée de main et aujourd’hui, nous ne sommes qu’à huit ans de cette date et nous discutons encore des mesures les plus efficaces pour atteindre les objectifs fixés à cette date.

    On investit beaucoup plus d’argent pour détruire la planète que pour la sauver. C’est le résultat des actions et décisions des Etats en faveur d’un capitalisme sauvage qui détruit la planète par son extractivisme prédateur de la vie.

    Voyons les progrès accomplis depuis le protocole de Kyoto, adopté en 2005 pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ces dernières années, les entreprises ont utilisé le prétendu concept de « droit au développement » pour poursuivre leurs activités au détriment de la planète et, surtout, au détriment des populations les plus vulnérables, comme les peuples autochtones. C’est nous qui payons les coûts, pas ceux qui provoquent les catastrophes.

    Les résultats de la COP26 ne me satisfont pas car nous voulons voir des actions tangibles. L’État bolivien n’a même pas signé la déclaration, même s’il a utilisé l’espace de la COP26 pour prononcer un discours trompeur selon lequel il faut changer le modèle capitaliste pour un modèle plus respectueux de la nature. Mais en Bolivie, nous avons déjà déforesté environ 10 millions d’hectares, de la manière la plus brutale qui soit, par des incendies qui, pendant plus d’une décennie et demie, ont été légalisés par le gouvernement.

    Je pense que tant que ces forums ne discuteront pas de sanctions à l’égard des États qui ne respectent pas les accords, ou qui ne signent même pas les déclarations, il n’y aura pas de résultats concrets.

    L’espace civique en Bolivie est classé « obstrué » par leCIVICUS Monitor.
    Entrez en contact avec CONTIOCAP via sa pageFacebook et suivez@contiocap et@CuquiRuth sur Twitter.

     

  • COP26 : « S’attaquer à la vulnérabilité au niveau de l’UE est une priorité essentielle »

    Mubiru HuzaifahÀ la veille de la 26ème Conférence des Parties des Nations Unies sur le changement climatique (COP26), qui se tiendra à Glasgow, au Royaume-Uni, du 31 octobre au 12 novembre 2021, CIVICUS a interrogé des militants, des dirigeants et des experts de la société civile sur les défis environnementaux auxquels ils sont confrontés dans leur contexte, les actions qu’ils entreprennent pour y faire face et leurs attentes pour le sommet à venir.

    CIVICUS s’entretient avec Mubiru Huzaifah de l’Ecological Christian Organisation (ECO) Uganda, une organisation de la société civile (OSC) qui œuvre pour assurer des moyens de subsistance durables aux groupes marginalisés, négligés et vulnérables en Ouganda. Ses initiatives en cours portent sur la gouvernance des ressources naturelles, la résilience et l’adaptation au changement climatique, ainsi que la gestion et la restauration des écosystèmes.

    Quelle est la question climatique qui est actuellement au centre de votre travail ?

    La question la plus préoccupante est celle des niveaux élevés de vulnérabilité que le changement climatique engendre dans les systèmes humains. La modification à long terme des éléments climatiques par rapport aux niveaux précédemment acceptés entraîne des changements dans les systèmes environnementaux et humains. Selon les rapports sur l’état de l’environnement publiés par l’autorité nationale ougandaise de gestion de l’environnement, les principaux problèmes liés au changement climatique sont la pollution industrielle, le brûlage inconsidéré de la végétation, l’utilisation non efficiente des carburants et les réseaux de transport mal planifiés, qui génèrent tous des niveaux élevés d’émissions.

    Existe-t-il des initiatives gouvernementales visant à atténuer le changement climatique ?

    Il existe un projet d’atténuation mis en œuvre par le ministère de l’eau et de l’environnement, intitulé « Amélioration des revenus agricoles et conservation des forêts », qui distribue gratuitement des plants destinés à améliorer la capacité d’absorption du sol. Il existe également un régime de subvention à la production de sciure, qui vise à augmenter les revenus de la population rurale par la plantation d’arbres commerciaux par les communautés locales et les moyennes et grandes entreprises, ce qui contribue en même temps à atténuer les effets du changement climatique grâce à une reforestation intensive. Il existe également plusieurs projets d’énergie solaire dans les districts de Mayuge, Soroti et Tororo, qui ont permis d’augmenter la production d’énergie solaire du pays, ainsi qu’un projet de zones humides soutenu par le Fonds vert pour le 00climat, qui vise à conserver les zones humides et à mettre un terme à leur dégradation.

    Parmi les autres interventions pertinentes, citons la mise en œuvre de systèmes d’écoulement de l’eau par gravité pour faciliter l’approvisionnement en eau sans utiliser de sources d’énergie ; l’aménagement de routes dotées de canaux d’évacuation de l’eau et d’éclairages solaires, et le développement de réseaux routiers sans encombrement pour permettre une circulation fluide et contribuer à réduire les émissions des voitures. On peut également citer l’adoption de motos électriques ou sans émissions, pour réduire davantage les émissions dues à l’utilisation de combustibles fossiles, sur laquelle le ministère de l’énergie travaille en collaboration avec le secteur privé.

    Quel type de travail l’ECO accomplit-il sur ces questions ?

    Le travail de l’ECO vise à accroître la résilience des communautés aux impacts du changement climatique, à réduire les risques de catastrophes, à améliorer la gouvernance et la gestion des ressources naturelles, notamment dans le secteur extractif, et à promouvoir la gestion et la restauration des écosystèmes.

    Par exemple, dans le cadre d’un projet qui vise à promouvoir et à soutenir les zones conservées par les communautés dans le bassin du lac Victoria, nous avons soutenu les pratiques de pêche légales, élaboré et dispensé des formations sur la promotion de l’agriculture durable et encouragé les bonnes pratiques de gouvernance des ressources locales. Nous avons un autre projet qui vise à accroître la transparence, l’inclusion sociale, la responsabilité et la réactivité des sociétés minières dans la région de Karamoja.

    Dans ces projets, comme dans beaucoup d’autres sur lesquels nous travaillons, nous cherchons toujours à susciter le changement en plaçant les personnes à risque au centre et en nous appuyant sur les connaissances et les ressources locales et traditionnelles. Nous essayons de relier les domaines de l’action humanitaire et du travail de développement en nous concentrant sur les moyens de subsistance. Nous nous efforçons de garantir une planification adaptative, en cherchant à relier les réalités locales aux processus mondiaux et à intégrer les disciplines et les approches pour faire face aux différents risques. Pour ce faire, nous travaillons en partenariat avec les communautés, les OSC, les agences gouvernementales, les universités et les instituts de recherche, les entités du secteur privé et les médias.

    Quel lien entretenez-vous avec le mouvement international pour le climat ?

    Nous sommes liés au mouvement mondial pour le climat par le biais du Climate Action Network-Uganda, qui comprend plus de 200 OSC nationales. Nous le présidons actuellement. Cela nous permet de participer en tant qu’observateurs aux réunions de la COP.

    Nous participons également aux réunions consultatives pré-COP organisées par le gouvernement ougandais pour préparer les négociations internationales sur le changement climatique. Lors de ces réunions, nous avons contribué à évaluer les progrès réalisés dans la lutte contre le changement climatique et dans le respect de nos contributions déterminées au niveau national.

    Nous transformons nos leçons apprises en actions de plaidoyer qui peuvent être adaptées aux forums internationaux sur le changement climatique. Certaines questions locales peuvent alimenter l’agenda national, devenir des actions de politique publique et aller jusqu’à influencer la politique internationale.

    Dans quelle mesure espérez-vous que la COP26 permettra de progresser dans l’atténuation du changement climatique ?

    Nous nous attendons à ce qu’une nouvelle plateforme d’échange de droits d’émission émerge de la COP26 pour remplacer le mécanisme de développement propre, qui permettait aux pays ayant pris un engagement de réduction ou de limitation des émissions dans le cadre du protocole de Kyoto de mettre en œuvre des projets de réduction des émissions dans les pays en développement. Nous attendons également que davantage de fonds soient engagés pour accélérer la diffusion des énergies renouvelables.

    Ces processus internationaux sont pertinents tant qu’ils contribuent au financement des efforts d’atténuation du changement climatique et produisent de nouvelles stratégies de financement, comme le Fonds vert pour le climat et le Fonds d’adaptation au changement climatique et son programme pilote visant à encourager l’innovation dans les pratiques d’adaptation dans les pays vulnérables. Venant d’un pays en développement, je pense qu’il est essentiel d’augmenter immédiatement le financement des mesures d’adaptation, car les effets perturbateurs du changement climatique sur les systèmes humains sont déjà évidents.

    Quel changement voudriez-vous voir - dans le monde ou dans votre communauté - qui aiderait à résoudre la crise climatique ?

    Une priorité essentielle est de s’attaquer à la vulnérabilité au niveau communautaire. Notre vision est celle d’une communauté ayant une capacité d’adaptation accrue pour faire face aux impacts du changement climatique et à ses effets ultérieurs. Cela peut être fait en augmentant l’accès aux technologies et en fournissant des fonds pour l’atténuation et l’adaptation par le biais de structures communautaires.

    L’espace civique en Ouganda est classé « réprimé »par leCIVICUS Monitor.
    Contactez l’Ecological Christian Organisation via sonsite web ou sa pageFacebook, et suivez@EcoChristianOrg sur Twitter. 

     

  • COP26: ‘A key priority is to address vulnerability at the community level’

    Mubiru HuzaifahIn the run-up to the 26th United Nations Climate Change Conference of the Parties (COP26), which will take place in Glasgow, UK between 31 October and 12 November 2021, CIVICUS is interviewing civil society activists, leaders and experts about the environmental challenges they face in their contexts, the actions they are undertaking to tackle them and their expectations for the upcoming summit.

    CIVICUS speaks with Mubiru Huzaifah of Uganda’s Ecological Christian Organisation (ECO), a civil society organisation working for sustainable livelihoods for marginalised, under-served and vulnerable groups in Uganda. ECO’s current initiatives focus on natural resource governance, climate change resilience and adaptation, and ecosystems management and restoration.

     

    What's the key climate issue in your country that you're working on?

    The issue that most worries us is the high vulnerability levels that climate change is causing in human systems. The long-term change of climatic elements from previously accepted means is causing environmental and human systems to change. According to state of environment reports issued by the Ugandan National Environmental Management Authority, the main issues related to the changing climate include industrial pollution, widespread bush burning, the inefficient use of fuel and poorly planned transport networks, all of which result in high emission levels.

    Are there any government initiatives on climate change mitigation?

    There is a mitigation project being implemented under the Ministry of Water and Environment – Farm Income Enhancement and Forest Conservation – which gives out free seedlings to be planted to enhance the absorption capacity of the soil. There is the Sawlog Production Grant Scheme, aimed at increasing the incomes of rural people through commercial tree planting by local communities as well as medium and large-scale businesses, which at the same time helps to mitigate climate change effects through intensive reforestation. There are also several solar projects in the Mayuge, Soroti and Tororo districts, which have increased the country’s solar production, and a wetland project – supported by the Green Climate Fund – supporting wetlands conservation and addressing wetland degradation.

    Other relevant interventions include the implementation of gravity water flow schemes to enable water supply without use of energy sources; the development of highways with water drainage channels and solar lights and congestion-free road networks that will enable the smooth flow of traffic and cut down on emissions from automobiles; and the adoption of electric or emissions-free motorcycles to further reduce emissions from fossil energy sources, which the Ministry of Energy is working on alongside the private sector.

    What kind of work does ECO do on these issues?

    ECO’s work is aimed at enhancing the resilience of communities to the impacts of climate change, strengthening disaster risk reduction, enhancing good governance and management of natural resources, especially in the extractives sector, and promoting ecosystems management and restoration.

    For instance, as part of a project aimed at promoting and supporting community-conserved areas in the Lake Victoria Basin, we have provided support for legal fishing practices, promoted and provided training on sustainable farming promotion and supported good local resource governance practices. Another project is aimed at increasing transparency, social inclusion, accountability and responsiveness among those responsible for mining in the Karamoja region.

    In these and in many other projects we are working on, we always seek drive to change by putting people at risk at the centre and building on local and traditional resources and knowledge. We try to link the humanitarian and development domains by focusing on livelihoods. We work to ensure adaptive planning, trying to link local realities with global processes and integrate disciplines and approaches to encompass different risks. We partner with communities, civil society organisations, government agencies, universities and research institutes, the private sector and the media.

    How do you connect with the broader international climate movement?

    We connect with the global climate movement through the Climate Action Network-Uganda, which encompasses over 200 national CSOs. We currently chair this. This allows us to participate in COP meetings as observers.

    We also participate in the pre-COP consultative meetings organised by the Ugandan government in preparation for international climate change negotiations. In these meetings, we help assess progress in dealing with climate change and complying with our nationally determined contributions.

    We turn our lessons learned into advocacy actions that can be adapted for international climate change forums. Some local problems can feed into the national agenda, be turned into policy actions and go on to influence international policy actions.

    What hopes, if any, do you have for COP26 to make progress on climate change mitigation efforts?

    We hope that COP26 will come up with a new marketing platform for emission trading to replace the Clean Development Mechanism, which allowed countries with an emission-reduction or emission-limitation commitment under the Kyoto Protocol to implement emission-reduction projects in developing countries. We also hope it will result in the commitment of more funds to accelerate the scaling up of renewable energies.

    These international processes are relevant as long as they contribute towards the financing of climate mitigation efforts and produce novel funding strategies, such as the Green Climate Fund and the Adaptation Fund, and its pilot programme to foster innovation in adaptation practices in vulnerable countries. Coming from a developing country, I believe that it is critical to increase adaptation funding immediately, since the disruptive impacts of climate change on human systems are already apparent.

    What one change would you like to see – in the world or in your community – to help address the climate crisis?

    A key priority is to address vulnerability at the community level. Our vision is that of a community with enhanced adaptive capacity to address climate change impacts and its subsequent effects. This can be done by increasing access to working technologies and providing mitigation and adaptation funding through community structures.

    Civic space inUgandais rated as ‘repressedby theCIVICUS Monitor.
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  • COP26: ‘Awareness that we need to protect the climate to protect ourselves is still missing’

    In the run-up to the 26th United Nations Climate Change Conference of the Parties (COP26), which will take place in Glasgow, UK between 31 October and 12 November 2021, CIVICUS is interviewing civil society activists, leaders and experts about the environmental challenges they face in their contexts, the actions they are undertaking to tackle them and their expectations for the upcoming summit.

    CIVICUS speaks with Sascha Müller-Kraenner, Executive Director of Environmental Action Germany (Deutsche Umwelthilfe), an organisation that supports sustainable ways of life and economic systems that respect ecological boundaries. It has advocated for the preservation of biological diversity and the protection of climate and natural assets for more than 40 years.

    Sascha Muller Kraenner

    Photo: Stefan Wieland

    What’s the key climate issue in Germany that you’re working on?

    Germany and Europe need to phase out fossil gas to have any hope of keeping global warming below 1.5°C. Politicians don’t accept this reality yet, and the public debate is muddied by the gas lobby pushing a misleading campaign to portray fossil gas as clean, cheap and climate friendly. But getting serious about climate protection means that the entire energy system needs to be transformed, and fossil gas has no place in this transformation. We need to stop subsidising it and building new infrastructure for it.

    Renewables and energy efficiency need to be scaled up massively to reduce gas demand and provide clean power generation. In the heating sector, we need to ban the sale of new gas heaters and replace existing ones with sustainable technologies such as heat pumps rather than false solutions such as hydrogen.

    The emergence of ‘green gases’ such as hydrogen presents a threat and an opportunity in this regard, and designing regulation that is fit for a climate-neutral future is a key challenge. As the supply of green hydrogen will be very limited, because it is very expensive to produce, we need to use it only for sectors that are hard to decarbonise, like high-temperature industrial processes, rather than heating or transport, where other options are available.

    Did the devastating floods Germany experienced in July lead to any greater acknowledgement of the climate crisis and willingness to take action?

    Acknowledgement, yes. The floods were widely, and correctly, attributed to climate change. However, the debate has not changed much after the immediate crisis was over. The government had to commit €30 billion (approx. US$35 billion) to fix flood-related damages and rebuild the affected regions. Yet, in the context of the federal election, climate policy was debated as a ‘cost’ that society has to pay for altruistic reasons.

    Pitting climate policy against economic development is a false dichotomy. The truth is that we need to reduce emissions, even in areas where it is difficult, precisely to avoid massively costly events like floods and droughts becoming more and more frequent. This awareness that we need to protect the climate to protect ourselves is still missing.

    To what extent did the climate crisis feature in the campaign for Germany’s October election, and how is the climate movement pressuring the likely new government that will result from the election to do more?

    According to polls, climate change was the most important issue in the election. This was partly because of frustration with the outgoing ‘grand coalition’ government, which was complacent about the climate crisis, unable to achieve its own targets and unwilling to take far-reaching decisions in critical areas such as renewables, buildings, transport and agriculture.

    The climate movement, particularly Fridays for Future, has become much stronger since the 2017 election. Young people are mobilised and they will keep up the pressure because they rightly fear for their future. The Green party will very likely form part of the new government after achieving its best election result ever. This bodes well for climate policy and also for the influence of the climate movement. The Green party has by far the most expertise and willingness to adopt ambitious climate policy, and it is also the most open to the concerns of the climate movement.

    How do you connect with the broader international climate movement?

    Deutsche Umwelthilfe is connected with the climate movement in Europe through membership in umbrella associations like Climate Action Network-Europe and the European Environmental Bureau. We participate in regular exchanges and working groups with our European partners on a variety of issues, such as phasing out gas, regulating methane emissions, sustainable finance and sustainable heating.

    What hopes, if any, do you have for COP26 to make progress, and how useful generally do you find such international processes?

    There is no doubt that international cooperation is crucial if we are to limit global heating effectively, and the Paris Agreement is testimony to that. Despite that, however, since the beginning of the series of Conference of the Parties meetings we have seen a continuous rise in emissions globally. Many also criticise these events on the basis that they are heavily sponsored by industry, and that their outcomes are therefore somewhat tilted towards the expectations of industry.

    Thus, international processes are one the one hand crucial, but on the other hand, they are also an opportunity for the fossil fuel industry to gain or at least retain their reputation as part of the solution to the climate crisis, while they continue to block progress in a lot of cases.

    We have to be careful then when considering the outcome that COP26 can realistically provide. I do hope that progress will be made towards emission reduction commitments to stay in reach of the Paris Agreement, but it will take civil society to demand and implement the necessary changes, regardless of the outcome of COP26. We are and will continue to be part of that change.

    What one change would you like to see that would help address the climate crisis?

    In recent years we have seen incredible efforts by the young generation to finally act on the promises made in the Paris Agreement. Yet decision-makers far too often disregard their knowledge and demands around the climate crisis and instead continue with business as usual. I think we would all benefit if young people were given greater influence in decision-making processes that have the potential to halt global heating.

    Civic space in Germany is rated ‘open’ by theCIVICUS Monitor.
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  • COP26: ‘Decision-makers have national objectives whereas the issues at stake are transnational’

    As the 26th United Nations Climate Change Conference of the Parties (COP26) takes place in Glasgow, UK between 31 October and 12 November 2021,CIVICUS is interviewing civil society activists, leaders and experts about the environmental challenges they face in their contexts, the actions they are undertaking to tackle them and their expectations for the summit.

     

  • COP26: ‘False solutions are brandished to divert our attention from those responsible’

    In the run-up to the 26th United Nations Climate Change Conference of the Parties (COP26), which will take place in Glasgow, UK between 31 October and 12 November 2021, CIVICUS is interviewing civil society activists, leaders and experts about the environmental challenges they face in their contexts, the actions they are undertaking to tackle them and their expectations for the upcoming summit.

    CIVICUS speaks with Lia Mai Torres, Executive Director of the Center for Environmental Concerns (CEC) – Philippines, a civil society organisation (CSO) that helps Filipino communities address environmental challenges. Founded in 1989 through an initiative of organisations representing fisherfolk, farmers, Indigenous peoples, women, people living in urban poverty and professional sectors, CEC focuses on environmental research, education, advocacy and campaigning. It is also part of the secretariat of the Asia Pacific Network of Environment Defenders (APNED), a coalition of organisations working in solidarity to protect the environment and its defenders.

    Lia Mai Torres

    What’s the key environmental issue in your country that you’re working on?

    The main environmental issue that the Philippines is currently facing is the proliferation of environmentally destructive projects and programmes. This situation persisted or even worsened under the pandemic.

    Just recently, the current administration lifted a moratorium on mining, based on claims that it will help the economy recover, after it was hard hit by the poor pandemic response. This will usher in around 100 mining agreements in different parts of the country. This was opposed by many communities due to the negative impacts of existing mining operations. An example is in the village of Didipio, Nueva Vizcaya, in the northern part of the Philippines, where a mining agreement with the Australian-Canadian company OceanaGold was renewed for another 25 years. The Bugkalot and Tuwali Indigenous communities are already suffering from a lack of water supply due to the mining operations and they fear that this will worsen with the continuing operations.

    Infrastructure projects are also a priority of the government, which claims that they will also help the economy. However, there are projects that are foreign funded under onerous loans that will worsen the situation of residents. An example of this is the China-funded Kaliwa Dam in Rizal province, in the southern part of Luzon island. It will encroach on the Dumagat Indigenous people’s ancestral domain, including sacred sites, as well as a protected area.

    Another example are the monocrop plantations that can be found mostly in the provinces of Mindanao. Ancestral domains of the Lumad Indigenous people have been converted into banana and pineapple plantations. Some residents report illnesses from the synthetic chemicals used in the plantations and many are being displaced from their farmlands.

    These are a few examples of priority projects that are pushed by the government to bring so-called development. However, it is obvious that these do not genuinely improve the situation of local communities, most of which are already experiencing poverty. In addition, the natural resources of the country are mostly not exploited to the benefit of its citizens, since the products extracted are destined for export. Only very few local and international corporations benefit from them. Natural resources are used for profit and not for national development.

    Have you faced backlash for the work you do?

    CEC works with local communities, since we believe that environmental struggles cannot be won without the united efforts of the people who are experiencing environmental impact. The real power comes from the organisations on the ground. CSOs like ours and other sectors should support their efforts, connecting local struggles to build a strong environmental movement at the national and international levels.

    Because of our support to local communities, we have faced reprisals. In 2007, Lafayette Mining Ltd, an Australian mining company, filed a libel case against CEC’s then-executive director for exposing the impacts of the company’s operations. In 2019 and 2021, our organisation was targeted through red-tagging, a practice by which the government declares individuals and organisations as terrorists or communists, in retaliation for our humanitarian missions following a typhoon and during the pandemic. 

    We also received information of a threat of a police raid in our office for providing sanctuary to Lumad Indigenous children who were forced out of their communities due to militarisation, threats and harassment. Our peaceful protest actions are often violently dispersed by the police and private security forces, and a member of our staff was arrested in 2019.

    Behind all these attacks are state security forces alongside the private security forces of corporations. The police and military have seemingly become part of the corporations’ security forces, using repressive measure to ensure that their operations run smoothly.

    How do you connect with the broader international climate movement?

    As many countries, especially from the global south, are experiencing similar environmental problems, we recognise the need to connect with organisations in other countries. In 2015, CEC was among the conveners of the International People’s Conference on Mining, in which environmental defenders were able to learn from each other’s experiences and coordinate local campaigns.

    CEC also helped establish APNED, a solidarity campaign network that provides mutual support to campaigns, raises issues at the international level, advocates for greater protection to defenders, conducts capacity-building activities and facilitates services. We believe that it is important to have solidarity among defenders to help strengthen local movements as well as the international struggle for our environmental rights.

    What hopes, if any, do you have for COP26 to make progress on your issue, and how useful generally do you find such international processes?

    Even before the pandemic, there were concerns regarding the inclusion of frontline or grassroots environmental defenders in international processes such as the climate talks. Lack of inclusivity became more evident under the pandemic, as many CSOs have found it difficult to attend due to additional requirements and expenses. In addition, only accredited organisations can attend formal events, and these are only very few with accreditation. Further, governments’ reports are usually far from reality. The worsening climate crisis is proof that governments are not doing enough.

    Despite this, we will still participate in the formal and side events of COP26, aiming to bring attention to how many developed countries and big corporations are worsening the climate crisis through resource grabbing and the exploitation of the natural resources of poor countries, exacerbating existing poverty, and how false solutions are brandished to divert our attention from their responsibility and lack of accountability. We also want to highlight the importance of environmental defenders in protecting our environment and upholding our environmental rights, and therefore the need to ensure that they do not suffer more politically motivated human rights violations that hinder them from doing their important work.

    What one change would you like to see that would help address the climate crisis?

    We hope that the profit-oriented capitalist framework will be changed in the Philippines. This would ensure resource conflicts will be addressed, environmental protection for ecological balance upheld, genuine climate adaptation programmes established and due attention given to vulnerable groups. This also includes holding countries and corporations that contribute to the climate crisis accountable and providing support for poor countries to adapt.

    Civic space in the Philippines is rated ‘repressedby theCIVICUS Monitor.
    Get in touch with the Center for Environmental Concerns-Philippines through itswebsite orFacebook page, and follow@CEC_Phils on Twitter. 

     

  • COP26: ‘In response to pressure from below, COP26 should develop interventions for just climate action’

    In the run-up to the 26th United Nations Climate Change Conference of the Parties (COP26), which will take place in Glasgow, UK between 31 October and 12 November 2021, CIVICUS is interviewing civil society activists, leaders and experts about the environmental challenges they face in their contexts, the actions they are undertaking to tackle them and their expectations for the upcoming summit.

    CIVICUS speaks with Caroline Owashaba, team leader at Action for Youth Development Uganda and volunteer coordinator of the Girls Not Brides Uganda Alliance.

    Caroline Owashaba

    What is the key environmental issue in your country that you are working on?

    A key issue in Uganda is the use of large quantities of single-use plastic bags, which have extreme environmental effects. Plastic bags take many years to decompose; they release toxic substances into the soil and, if burned, into the air; they block drains and may cause flooding; and they kill animals that eat them confusing them for food or that get entangled in them.

    A measure to ban the manufacture, sale and use of plastic bags was passed back in 2018, but manufacturers lobbied hard to get more time before the ban went into effect, and as a result its enforcement has been slow and largely ineffective. So earlier in 2021, the government decided to enforce new measures to that effect, alongside a bigger package of environmental measures. 

    While the government works to enforce the ban on single-use plastic bags, we are working on an initiative to produce alternative, eco-friendly and biodegradable materials. This is quite urgent, because right now, if the ban on plastic bags was actually enforced, the supply of biodegradable packaging options would by no means be enough.

    Action for Youth Development Uganda (ACOYDE) is implementing a project named CHACHA (Children for Alternative Change), which uses banana fibre to produce a variety of useful items, such as door and table mats, pillows, interior decorative items and, of course, bags. The waste generated from the banana fibre extraction and the manufacture of these items is recycled to produce high-quality charcoal briquettes that are used as a heat source by young people and women involved in the project in both their homes and workplaces, reducing consumption of fuel while increasing their household income. 

    The whole community takes part in the production process, because they are the major suppliers of banana stems. And the project enables young people, and especially young women, to earn a living for their families. There are possibilities for its expansion, as the emergence of eco-hotels has created an increased demand for eco-friendly products 

    How do you engage with the broader international climate movement?

    We have engaged with the international movement through regional climate change exchanges such as Africa Climate Change Week and as part of the Climate Smart Agriculture Youth Network. We also follow the discussions of the Least Developed Countries (LDC) Group on adaptation, mitigation and financing.

    It has also worked the other way around: ACOYDE has supported efforts to domesticate the international climate framework and fed into the National Climate Change Bill, which was passed in April 2021. The new bill gave the force of law to the United Nations Framework Convention on Climate Change (UNFCCC) and the Paris Agreement, to which Uganda is a signatory. We then worked to localise the bill. It is key for it to be effectively implemented at a local level because it will help us overcome the climate change injustices in our communities.

    We also connect with the broader climate movement from a gender perspective. I am personally interested in the intersections between gender and climate change. In previous COPs, I was able to contribute to the Gender Action Plan (GAP) that has guided and influenced issues of women and youth in UNFCCC negotiation processes. I participated in GAP progress discussions on gender balance, coherence, gender-responsive implementation, monitoring, and reporting. I have also been active in the Uganda National Gender Working Group and other national climate change processes to ensure the domestication of global standards of gender and financing consistent with the Paris Agreement, including by reporting on the implementation of the GAP provisions in Uganda.

    What hopes, if any, do you have for COP26?

    COP26 should offer spaces to take gender issues to the global level and provide further opportunities for discussion. It should increase women’s participation, undertake gender mainstreaming and ensure GAPs are implemented. It should help amplify the voices of women in climate change negotiations. Women are doing much of the heavy lifting at the grassroots level, but they get too little in return, not just because too little goes to their pockets but also because they continue to be underrepresented and therefore their voices go unheard.

    International forums such as COP26 should provide spaces for grassroots participation and, in response to those pressures from below, COP26 should develop strong interventions for just climate action that are respectful of human rights, including Indigenous people’s rights and the promotion of gender equality. 

    Civic space inUgandais rated as ‘repressedby theCIVICUS Monitor.
    Get in touch with Action for Youth Development Uganda through itswebsite andFacebook page.

     

  • COP26: ‘Marginalised communities should be at the centre of climate action’

    In the run-up to the 26th United Nations Climate Change Conference of the Parties (COP26), which will take place in Glasgow, UK between 31 October and 12 November 2021, CIVICUS is interviewing civil society activists, leaders and experts about the environmental challenges they face in their contexts, the actions they are undertaking to tackle them and their expectations for the upcoming summit.

    CIVICUS speaks with Jessica Dercontée, co-organiser of the Collective Against Environmental Racism (CAER), a civil society group in Denmark that works to bring racial discrimination and injustice into the Danish climate conversation, calling public attention to environmental racism.

    Jessica’s activism and academic engagement focus on climate governance and explore the embedded social and climate injustices pertaining to class, gender, race and politics. She is a project coordinator working in international development projects in the Danish Student Union and the Danish Refugee Council Youth and is currently a research assistant at the consultancy firm In Futurum.

    Jessica Dercontee

    What are the aims of CAER? 

    We are a collective consisting of women and non-binary people of colour who work within the intersection of environmentalism, anti-racism and climate justice. CAER seeks to mobilise and amplify the voices of those who are most affected by environmental racism, including Black, Indigenous and people of colour (BIPOC) in the global south as well as in the global north. Our collective was formed to shed light on and critique the current discussions, representations and differentiating effects of the climate and environmental crisis.

    What’s the key climate or environmental issue that you’re working on? 

    CAER focuses on the political ecology and neo-colonialism of the mainstream Danish environmental and climate debates. The mainstream Danish public debates on the climate crisis focus on the detrimental impacts that our consumer culture and lifestyles have on the planet’s biosystems, with less attention on the people this affects and the unending desire of big corporations for profit and utility maximisation. While we agree on the urgency of these issues, our collective believes that the debate in Denmark should move beyond the need of governments and various other stakeholders to find big technological solutions to mitigate the climate crisis. The current public debate is too simplistic, apolitical and technical, focused on the search for green solutions. 

    CAER highlights the different power dynamics that exist within our current systems, as well as how the present-day practices and ways of thinking perpetuate systems of colonialism and global oppression while being heavily entrenched in capitalism. We do this through workshops, articles, awareness-raising on social media and collaborations with marginalised individuals or groups from the global south. 

    An example of how we provide a different perspective on the green transition is through the scrutiny of the way big corporations in Denmark cause environmental degradation and land grabbing in the global south. The Danish wind energy company Vestas has an ongoing case against Indigenous peoples in Mexico, who have accused the corporation of causing negative impacts on Indigenous livelihoods, while also linking it to significant human rights violations towards local protesters and civil society activists who have been subjected to intimidation and death threats for calling out abuses. The governments of both countries have reached agreements that they claimed were mutually beneficial, as they were expected to bring economic growth and development to Mexico as well as helping Denmark green its economy. However, the ensuing land grabbing has further disenfranchised communities in the global south, continuing the cycle of dependence on aid and regurgitating neo-colonial forms of control and exploitation of Indigenous land and peoples.

    Another example that is much closer to Denmark is the environmental racism that permeates Denmark’s relations with its former colony and presently Danish Commonwealth nation, Greenland. Due to Denmark’s control over Greenland’s natural resources, people in Greenland are excluded from important decisions on the future of the Arctic, which can be viewed as having large racialised impacts on conservation, environmental politics and consumerism.

    CAER’s main aim has been to provide a safe space for BIPOC, including queer and trans BIPOC, who want to mobilise within environmentalism and anti-racism spaces in Denmark. It is often felt that the Danish climate movement has been exclusionary and discriminatory towards BIPOC. We hope to push Danish public discourse beyond using and presenting marginalised communities as case studies, and towards bringing them to the centre of climate action as the legitimate solution providers and active decision-makers.

    Have you faced backlash for the work you do?

    We have been met with genuine excitement from other organisations and actors who are willing to change their organisational structures and make them more inclusive and capable of finding solutions to the crisis we are in. While we have not experienced any direct backlash as a result of our work or its focus on race and discriminatory environmental policy, we find that society is not equipped to handle the various lived realities of people on the ground, which are different from the very homogenised narrative of the Danish experience. In Denmark laws and policies have been viewed as inclusive, building on the image of our model as progressive, a welfare state that protects all. Thus, it makes it harder for institutions and individuals to understand that their own position of privilege is dependent on the exploitation and oppression of other social groups, throughout history and in the present day.

    How do you connect with the broader international climate movement?

    We connect with the international climate movement in our aim to decolonise climate activism structures. More so, we actively seek collaborations, and this is reflected in the examples we choose to showcase in our projects and the voices that we amplify. We try to give power and create spaces where marginalised people can tell their own stories and bring forward their knowledge and solutions to the climate crisis. Further, by building and sharing knowledge from as many perspectives and as many global south scholars as possible, we seek to balance the ethnocentric knowledge exchange that pervades climate governance, climate action and environmentalism.

    What hopes, if any, do you have for COP26 to make progress on climate issues?

    We in CAER hope that although the current setting of COP26 has the major limitation of lacking diverse representation, there will still be room for the vital knowledge of the global south and a diverse set of voices involved in policymaking to make the next round of goals as nuanced and intersectional as possible.

    What one change would you like to see to help address the climate crisis? 

    We hope that in the close future our movement against environmental racism will grow, and that this development will bridge the gap between the mainstream Danish climate movement and the anti-racist movement so as to mitigate the climate crisis in a manner that is much more inclusive and open towards diversity, and a plurality of knowledge, and across different sectors and institutions in Denmark, as well as the rest of world.

    Civic space in Denmark is rated ‘open’ by theCIVICUS Monitor.
    Get in touch with the Collective Against Environmental Racism through itsInstagram account or by email to.

     

  • COP26: ‘Much more money is being invested in destroying the planet than in saving it’

    The 26th United Nations Conference of the Parties on Climate Change (COP26) has just ended in Glasgow, UK, and CIVICUS continues to interview civil society activists, leaders and experts on the outcomes of the summit, its potential to solve the environmental challenges they face and the actions they are taking to address them.

    CIVICUS speaks with Ruth Alipaz Cuqui, an Indigenous leader from the Bolivian Amazon and general coordinator of the National Coordination for the Defence of Indigenous Peasant Territories and Protected Areas (CONTIOCAP). The organisation was founded in late 2018 out of the convergence of several movements of resistance against the destruction of Indigenous territories and protected areas by extractive projects and the co-optation of traditional organisations representing Indigenous peoples. Initially composed of 12 movements, it now includes 35 from all over Bolivia.

    RuthAlipaz

    What environmental issues do you work on?

    As a defender of Indigenous territories, Indigenous rights and the rights of nature, I work on three different levels. First, on a personal level, I work in my community of the Uchupiamona Indigenous People, the whole of which is within one of the most diverse protected areas in the world, the Madidi National Park.

    In 2009 my people were on the verge of giving out a logging concession that would devastate 31,000 hectares of forest, in an area that is sensitive for water preservation and particularly rich in bird diversity. To stop that concession, I made an alternative proposal, focused on birdwatching tourism. Although currently, because of the pandemic, tourism has proven not to be the safest bet, the fact is that we still have the forests thanks to this activity – although they always remain under threat due to pressure from people in the community who need the money right away.

    My community currently faces serious water supply issues, but we have organised with young women to restore our water sources by reforesting the area with native fruit plants and passing on knowledge about these fruit and medicinal plants from our elders to women and children.

    Secondly, I am a member of the Commonwealth of Indigenous Communities of the Beni, Tuichi and Quiquibey rivers, a grassroots organisation of the Amazon region of Bolivia that since 2016 has led the defence of the territories of six Indigenous Nations – Ese Ejja, Leco, Moseten, Tacana, Tsiman and Uchupiamona – from the threat of the construction of two hydroelectric plants, Chepete and El Bala, that would flood our territories, displace more than five thousand Indigenous people, obstruct three rivers forever and devastate two protected areas, the Madidi National Park and the Pilón Lajas Biosphere Reserve. On 16 August 2021, Indigenous organisations supporting the government authorised the launch of these hydroelectric power projects.

    The Tuichi River, which is within the Madidi protected area and is essential to the community ecotourism activity of my Uchupiamona People, has also been granted in its entirety to third parties outside the community for the development of alluvial gold mining. The Mining and Metallurgy Law discriminates against Indigenous peoples by allowing any external actor to acquire rights over our territories.

    Finally, I am the general coordinator of CONTIOCAP, an organisation that has denounced the systematic violations of our rights in the Indigenous territories of the four macro regions of Bolivia: the Chaco, the valleys, the Altiplano and the Amazon. These violations come hand in hand with oil exploration and exploitation, the burning of forests and deforestation to free up land for agribusiness, the construction of roads and hydroelectric plants and the alluvial gold mining activity that is poisoning vulnerable populations.

    Have you faced negative reactions to the work you do?

    We have faced negative reactions, mainly from the state, through decentralised bodies such as the National Tax and Migration agencies. I recently discovered that my bank accounts have been ordered to be withheld by the two agencies.

    During a march led by the Qhara Qhara Nation in 2019, I was constantly followed and physically harassed by two people, while I was in the city to submit our proposals alongside march leaders.

    And recently, when Indigenous organisations sympathetic to the government gave authorisation to the hydroelectric plants, our denunciations were met with actions to disqualify and discredit us, something the Bolivian government has been doing for years. They say, for instance, that those of us who oppose the hydroelectric megaprojects are not legitimate representatives of Indigenous peoples but activists financed by international non-governmental organisations.

    How do your actions connect with the global climate movement?

    Our actions converge with those of the global movement, because by defending our territories and protected areas we contribute not only to avoiding further deforestation and pollution of rivers and water sources, and to preserving soils to maintain our food sovereignty, but also to conserving ancestral knowledge that contributes to our resilience in the face of the climate crisis.

    Indigenous peoples have proven to be the most efficient protectors of ecosystems and biodiversity, as well as of resources fundamental for life such as water, rivers and territories, against the position of the state whose laws rather serve to violate our living spaces.

    Have you made use of international organisations’ forums and spaces for participation?

    Yes, we do it regularly, for example by requesting the Inter-American Commission on Human Rights to follow up on the criminalisation of and violence against defenders of Indigenous peoples’ rights in Bolivia and by participating in the collective production of a civil society shadow report for the United Nations Human Rights Council’s Universal Periodic Review of Bolivia, which we presented during the Council’s pre-sessions in October 2019.

    Recently, in a hearing in the city of La Paz, we presented a report on violations of our rights to the UN Special Rapporteur on Indigenous Peoples.

    What do you think of the spaces for civil society participation in the COPs, and how do you assess the results of the recently concluded COP26?

    Once again, at COP26 states have exhibited their complete inefficiency in acting in compliance with their own decisions. I have stated on more than one occasion that 2030 was just around the corner and today we are only eight years away and we are still discussing what are the most efficient measures to achieve the goals set for that date.

    Much more money is being invested in destroying the planet than in saving it. This is the result of states’ actions and decisions in favour of a wild capitalism that is destroying the planet with its extractivism that is predatory of life.

    Let’s see how much progress has been made since the Kyoto Protocol, which was agreed in 2005 to reduce greenhouse gas emissions. In recent years, companies have used the supposed concept of the ‘right to development’ to continue operating to the detriment of the planet and, above all, to the detriment of the most vulnerable populations such as Indigenous peoples. We are the ones who pay the costs, not the ones who cause the disasters.

    The results of COP26 do not satisfy me because we want to see tangible actions. The Bolivian state has not even signed the declaration, even though it has used the space of COP26 to give a misleading speech that the capitalist model must be changed for one that is kinder to nature. But in Bolivia we have already deforested around 10 million hectares, in the most brutal way imaginable, through fires that for more than a decade and a half have been legalised by the government.

    I think that as long as these forums do not discuss sanctions on states that do not comply with agreements, or that do not even sign declarations, there will be no concrete results.

    Civic space in Bolivia is rated ‘obstructed’ by theCIVICUS Monitor.
    Get in touch with CONTIOCAP through itsFacebook page and follow@contiocap and@CuquiRuth on Twitter. 

     

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