RDC : la presse et le droit de manifester ne sont toujours pas protégés

Déclaration au Conseil des droits de l'homme des Nations Unies 

Merci, Madame la Présidente, et merci, Madame la Haut-Commissaire, pour votre mise à jour. Nous partageons vos préoccupations concernant la détérioration de la situation des droits humains en République démocratique du Congo, notamment les restrictions continues aux libertés civiques.

Malgré quelques avancées et des mesures prises en 2019, les violations des droits humains se sont multipliées en 2020. Les journalistes et les défenseurs des droits humains continuent de faire l’objet de menaces, de harcèlement, d’intimidation et d’arrestations arbitraires, tandis que plusieurs manifestations ont été réprimées par les forces de sécurité.

L’année dernière, plusieurs journalistes ont été détenus ou convoqués  ̶  souvent sur des accusations d’outrage aux fonctionnaires, d’insulte aux autorités ou de diffamation. Le journaliste Christophe Yoka Nkumu, de la station de radio communautaire Radio Liberté Bikoro, a été arrêté le 22 février 2021 après avoir signalé qu’un représentant parlementaire avait utilisé un véhicule destiné aux agents de santé publique luttant contre Ebola.

Les manifestations sont trop souvent réprimées de manière disproportionnée par les forces de sécurité, tandis que des militants ont été arrêtés arbitrairement pour avoir participé à des manifestations pacifiques. En décembre 2020 et janvier 2021, dix militants du mouvement Lutte pour le changement (Lucha) ont été arrêtés lors de manifestations à Beni. Huit militants, arrêtés au cours d’une manifestation qui remettait en question la capacité d’une des missions de maintien de la paix de l’ONU, la MONUSCO, à protéger les civils dans l’est de la RDC, ont été traduits devant un tribunal militaire pour « sabotage et violence contre des agents de sécurité de l’État »  ̶  ils risquaient 10 ans de prison  ̶  avant d’être acquittés. Le 12 janvier 2021, des policiers ont battu et agressé plusieurs journalistes alors qu’ils couvraient une manifestation étudiante à Bukavu.

Nous demandons à l’administration Tshisekedi de veiller au respect des libertés fondamentales, notamment en révisant toutes les législations restrictives, en dépénalisant de toute urgence les délits de presse et en assurant la protection des défenseurs des droits humains et des journalistes.

Pour garantir des améliorations durables, la fin de l’impunité pour les violations des droits (y compris celles commises contre la société civile) doit être une priorité, et nous demandons au gouvernement de veiller à ce que les responsables de ces violations soient tenus de rendre des comptes. Nous demandons à la Haut-Commissaire comment les membres et les observateurs de ce Conseil peuvent soutenir au mieux les personnes sur le terrain afin d’éviter tout nouveau recul des droits humains, et quelles mesures le Conseil devrait prendre si la situation continue à se dégrader.


L'espace civique en RDC est considéré comme réprimé par le Monitor CIVICUS.