Malaisie

 

  • MALAISIE : « Le gouvernement aurait dû aider les réfugiés lors de la pandémie »

    CIVICUS s’entretient avec Htoon Htoon Oo, un réfugié et activiste du Myanmar, actuellement basé en Malaisie. En 2007, il était étudiant en chimie à l’université de Yangon Est et, en tant que militant, il a pris part à la révolution safran, une série de manifestations déclenchées par une hausse des prix du carburant en 2007, qui ont été durement réprimées. Il a également été actif lors de la transition du Myanmar d’une dictature militaire à un gouvernement quasi-civil en 2010.

    Conscient d’être sous la surveillance de l’État et craignant que les membres de sa famille et ses proches subissent des représailles et du harcèlement en raison de son activisme, il a fui le Myanmar en 2011 et vit depuis comme réfugié en Malaisie.

    Htoon Htoon Oo

    Quelle est la situation des réfugiés en Malaisie ?

    La vie des réfugiés du Myanmar en Malaisie continue d’être difficile, car elle implique diverses luttes et souffrances. Nous nous sentons souvent impuissants, sans espoir et sans protection. En mai 2021, on estimait à 179 570 le nombre de réfugiés et de demandeurs d’asile enregistrés auprès du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) en Malaisie. La majorité d’entre eux – 154 840 au total - étaient originaires du Myanmar, dont 102 950 Rohingyas, 22 490 membres de l’ethnie chinoise et 29 400 membres d’autres groupes ethniques fuyant les persécutions ou les zones touchées par les conflits.

    La Malaisie n’a pas encore ratifié la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés. L’absence d’un cadre juridique pour la reconnaissance des réfugiés et des demandeurs d’asile a créé des conditions problématiques et d’exploitation pour les réfugiés et les demandeurs d’asile, car nous n’avons pas de droits formels au travail, nous n’avons pas de statut juridique, et nous continuons à risquer d’être arrêtés, détenus et refoulés, et nous ne bénéficions d’aucune protection juridique.

    Nos libertés civiques sont également limitées. Bien qu’il existe de nombreuses organisations de réfugiés d’origines diverses, lorsqu’il s’agit d’exprimer nos préoccupations et d’organiser nos luttes, la réalité est que nous ne sommes pas en mesure de le faire librement. Il existe une peur commune parmi les réfugiés quant aux conséquences de parler de notre lutte, d’exprimer nos préoccupations et de revendiquer nos droits.

    Par exemple, en vertu de la loi sur les rassemblements pacifiques, section 4(a), le droit de se réunir pacifiquement est réservé exclusivement aux citoyens malaisiens. En outre, de nombreuses lois en Malaisie ont pour effet de dissuader les réfugiés de s’exprimer, comme la loi sur l’immigration, qui criminalise les sans-papiers ainsi que les réfugiés, étant donné que nous ne sommes pas reconnus par la loi. La loi sur l’immigration expose également les réfugiés à des formes de punition sévères, comme la bastonnade. L’absence de reconnaissance des réfugiés et des demandeurs d’asile en Malaisie nous expose à l’arrestation, à l’emprisonnement et à divers abus.

    Quels sont les défis supplémentaires auxquels les réfugiés ont été confrontés dans le cadre de la pandémie ?

    Depuis que la pandémie de COVID-19 a éclaté en Malaisie en mars 2020, les réfugiés ont été confrontés à plusieurs problèmes et luttes. Le confinement, connu sous le nom d’ordre de contrôle des mouvements (MCO), qui a été appliqué à l’ensemble du pays, a eu un impact énorme sur les réfugiés.

    Les réfugiés ne peuvent pas travailler selon la loi malaisienne, mais certains recherchent un travail informel pour survivre. Pendant la pandémie, nous avons vu des cas d’employeurs forçant les réfugiés à travailler pour des salaires inférieurs au salaire normal ou à prendre des congés sans solde ou à démissionner, simplement en raison de leur statut de réfugié. De nombreux réfugiés ont perdu leur emploi à cause de la pandémie. Il n’y a rien pour nous protéger de ces abus.

    Nous craignons également pour notre sécurité pendant la pandémie car il y a eu plusieurs cas de réfugiés pris pour cible par la police et les agents de l’immigration en raison de l’absence de politiques claires, et de la méconnaissance de ce qu’est un réfugié par les responsables de l’application de la loi. Certains réfugiés ont été condamnés à des amendes par la police, et d’autres ont même été détenus dans des postes de police pendant plusieurs jours.

    Certaines personnes nous qualifient également d’immigrants illégaux, même si nous possédons des cartes ou des documents de réfugiés du HCR complets et authentiques.

    La plupart des réfugiés qui sont confrontés à ces difficultés souffrent également de dépression et sont mentalement épuisés par les efforts qu'ils déploient pour survivre et rester en sécurité.

    Les réfugiés ont-ils reçu un soutien de la part du gouvernement malaisien ou du HCR pendant la pandémie ?

    Les réfugiés n’ont reçu aucun soutien de la part du gouvernement malaisien ; nous avons plutôt subi davantage de raids et des restrictions croissantes. C’est le contraire de ce qui aurait dû se passer : ils auraient dû nous donner accès à des informations sur le traitement et le dépistage du COVID-19 et il aurait dû y avoir d’autres programmes de soutien aux réfugiés pendant la pandémie.

    Au lieu de cela, en mai 2020, le département de l’immigration et les forces de police de Malaisie ont effectué des raids contre les immigrants à Kuala Lumpur. Alors que les personnes enregistrées auprès du HCR ont été largement épargnées par les arrestations, les demandeurs d’asile non enregistrés ont été emmenés avec les travailleurs migrants sans papiers. Certains ont également été bloqués dans des zones strictement fermées, entourées de fils barbelés, les habitants n’ayant pas le droit de sortir de chez eux, ce qui a rendu les choses très difficiles. Beaucoup d’entre nous ne s’en sont pas remis.

    On a également assisté à une vague de discours haineux en ligne à l’égard des réfugiés, et en particulier des Rohingyas, pendant la pandémie, accompagnée d’annonces et de politiques gouvernementales hostiles aux migrants et aux réfugiés.

    Le HCR a envoyé des messages directs aux réfugiés dont les documents avaient expiré pour les informer qu’ils resteraient valides jusqu’à ce que le HCR puisse reprendre ses activités normales, qui ont été perturbées par la pandémie. Cela n’a toutefois rien changé pour les forces de l’ordre, et de nombreuses personnes ont reçu des amendes et ont même été arrêtées.

    Quel est le statut des réfugiés concernant l’accès au vaccin COVID-19 ?

    Le gouvernement malaisien a encouragé les réfugiés à s’inscrire pour se faire vacciner mais n’a pas fourni d’informations claires, et les systèmes existants ne sont pas accessibles aux réfugiés.

    Par exemple, il est nécessaire de disposer de documents spécifiques pour s’enregistrer pour les vaccins. Le système exige que les réfugiés et les demandeurs d’asile fournissent une carte d’identité ou un numéro de passeport, deux documents auxquels nous n’avons pas accès. Le système devrait être plus inclusif pour toutes les personnes vivant en Malaisie, y compris les réfugiés, les demandeurs d’asile et les sans-papiers, car les vaccinations devraient être la première barrière contre la création de clusters COVID-19. Nous arrêter ne fera qu’empirer les choses, car on sait que des clusters mortels se sont formés dans les centres de détention. La criminalisation de l’immigration est à l’origine de ce problème.

    Quelles sont les demandes des communautés de réfugiés vis-à-vis du gouvernement malaisien et de la communauté internationale ?

    Nous aimerions que le gouvernement malaisien sensibilise le public au statut des réfugiés en tant que réfugiés, et non en tant qu’immigrants illégaux, groupes à risque ou même criminels. Il y a eu une perception négative des réfugiés comme ne faisant que profiter de la société sans y contribuer, ce qui est faux.

    En réalité, nous voulons contribuer à la société malaisienne de toutes les manières possibles. Nous demandons instamment au gouvernement malaisien de donner aux réfugiés un accès légal au travail et de reconnaître le statut légal des réfugiés. Nous sommes actuellement dans l’incapacité de trouver un travail officiel, et le manque de reconnaissance nous expose à l’exploitation. Nous espérons que le gouvernement fera prendre conscience des véritables raisons pour lesquelles les réfugiés sont ici.

    J’espère que le gouvernement pourra travailler main dans la main avec le HCR et la société civile pour régler la question des réfugiés de manière plus appropriée et plus efficace, et ne pas expulser les réfugiés du Myanmar vers ce dernier, qui se trouve actuellement sous régime militaire. Nous devrions plutôt trouver des solutions telles qu’un programme de réinstallation. Des politiques claires et des informations sur les vaccins devraient également être accessibles à tous les réfugiés.

    L’espace civique en Malaisie est classé « obstrué » par le CIVICUS Monitor.

     

  • MALAISIE : « Les migrants sont parmi les premiers à être victimes de traitements injustes et de discriminations pendant la pandémie »

    Adrian PereiCIVICUS s’entretient avec Adrian Pereira, directeur exécutif de l’Initiative Nord-Sud (NSI par son sigle anglais), sur la situation des travailleurs migrants en Malaisie dans le contexte de la pandémie de COVID-19.

    La NSI contribue à renforcer les capacités de plaidoyer et de leadership des migrants, des réfugiés et des apatrides, qu’ils soient ou non en situation régulière, afin qu’ils puissent faire valoir leurs droits. Elle surveille également les violations en matière de travail et de migration commises par les autorités, les employeurs et les travailleurs locaux, en veillant à ce que les organisations de migrants soient reliées à un réseau de solidarité solide et soient en mesure de coopérer avec d’autres organisations de la société civile (OSC) et des syndicats.

    On estime qu’il y a entre trois et six millions detravailleurs migrants en Malaisie. Ces personnes sont souvent exploitées en raison de multiples facteurs combinés, à savoir des recruteurs et des employeurs sans scrupules, des politiques migratoires sévères, des chaînes d’approvisionnement non contrôlées, et la non-application des mesures de protection des travailleurs. En outre, leur passeport leur est confisqué, ils sont sous-payés (en violation aux lois sur le salaire minimum), vivent dans des conditions précaires, se voient infligés des amendes comme forme de punition, et paient des frais de recrutement et des dettes élevés aux agences de recrutement et aux employeurs. Ils doivent également faire face au travail forcé, à la traite des êtres humains et à des retenues sur leur salaire. Unrapport sur la capacité des migrants et des réfugiés à exercer leurs libertés civiques, produit par CIVICUS et le Solidarity Center en collaboration avec la NSI, a montré qu’en Malaisie, le droit aux libertés d’association, de réunion pacifique et d’expression de ces minorités vulnérables est sévèrement restreint.

    Quelle était la situation des travailleurs migrants en matière d’accès aux services de santé avant la pandémie ?

    En 2016, la Malaisie a supprimé les subventions qui permettaient aux travailleurs migrants d’accéder aux services de santé publique. Comme les migrants dépendent fortement des services médicaux publics, ce mouvement a entraîné une baisse de la qualité et de l’accessibilité des services de santé à leur détriment, qu’ils soient en situation régulière ou non, car le coût élevé des services de soins privés les dissuade généralement de chercher une alternative. Bien que les migrants, leurs employeurs et leurs agents paient chaque année des milliards de dollars malaisiens en prélèvements, taxes et autres types de frais, ils ne reçoivent pas en retour les soins de santé auxquels ils ont droit.

    Les personnes sans papiers ne peuvent accéder qu’aux soins de santé privés :  si elles tentent d’accéder aux soins de santé publics, les services d’immigration en seront informés et les arrêteront. Au fil des ans, les sans-papiers ont brutalement été réprimés par la police, les services de l’immigration et des douanes et le Corps des volontaires du peuple, les décourageant encore plus à chercher à se faire soigner.

    Il existe également un manque de compréhension au niveau culturel entre les professionnels de la santé et les migrants, ce qui leur complique encore plus l’accès à des services de santé appropriés. Les personnes employées comme domestiques, qui n’ont aucun jour de congé et sont enfermées entre quatre murs, ont encore plus de difficultés à y accéder.

    Un grand pas a été franchi en 2019 : les migrants en situation régulière ont été inclus dans le système national de sécurité sociale, ce qui leur garantit des indemnités plus élevées et de meilleurs soins de santé en cas d’accidents ou de maladies liés au travail. Mais lorsqu’il s’agit d’accidents et de blessures non liés au travail, les assureurs privés offrent une couverture minimale.

    Quels sont les autres défis auxquels les travailleurs migrants sont confrontés depuis la pandémie de COVID-19 ?

    De nombreux travailleurs migrants, notamment ceux qui sont sans papiers ou clandestins, ont perdu leur source de revenus. Par conséquent, ils ne peuvent pas payer la nourriture, le loyer ou les médicaments, sauf s’ils ont été testés positifs à la COVID-19, auquel cas leurs frais de quarantaine et de soins sont couverts par le gouvernement. Seuls les migrants qui fournissent des « services essentiels » approuvés par le gouvernement sont autorisés à travailler. Toutefois, leur sécurité dépend du respect des règles fixées par le gouvernement par les entreprises autorisées à opérer. Ces règles visent à protéger le travailleur contre le risque de contracter le virus, afin qu’il puisse continuer à travailler. Cependant, en règle générale, personne ne surveille la situation.

    Le gouvernement a annoncé le lancement d’un programme de relance économique qui a malheureusement exclu les travailleurs migrants. Il existe une subvention salariale pour les travailleurs afin que les entreprises ne soient pas obligées de licencier des employés, mais elle ne s’applique pas aux travailleurs migrants. Auparavant, les travailleurs migrants étaient également exclus du régime d’assurance des travailleurs relevant de l’agence nationale de sécurité sociale, qui offre un filet de sécurité aux travailleurs licenciés. Les ordres de contrôle des mouvements (OCM) imposés par le gouvernement pour restreindre les déplacements, qui sont entrés en vigueur le 18 mars, ont rendu beaucoup plus difficile pour les migrants de se déplacer pour accéder aux services de base, à la nourriture, aux services bancaires et autres biens ou services essentiels. Dans les zones des OCM élargies, les prestataires de services ne peuvent même pas entrer. Les secteurs informels de l’économie licencient et abandonnent ceux qui y travaillaient, notamment les sans-papiers et les réfugiés.

    Les employeurs obligent leurs employés migrants à démissionner ou à prendre un congé sans solde et profitent des OCM pour éviter de payer leurs employés. La NSI a reçu des rapports sur au moins deux cas de salaires impayés avant l’imposition des OCM. L’une de ces personnes n’avait pas été payée depuis décembre 2019, tandis que l’autre n’avait pas été payée depuis février 2020.

    La peur est également instillée par de faux messages et de la désinformation sur Internet, exposant ainsi les migrants à une réaction hostile de la part de la population malaisienne. Le gouvernement a promis de ne pas arrêter ou détenir les migrants qui se rendent au test de dépistage de la COVID-19. Cependant, les migrants ont encore très peur, et beaucoup ne se manifestent pas. Certains secteurs plus « agressifs » sur le plan économique font pression sur le gouvernement pour que ce dernier les autorise à reprendre leurs activités, afin que les travailleurs puissent retourner au travail. Ce cas de figure s’est produit, par exemple, dans le secteur de l’huile de palme dans l’État de Sabah.

    L’Union européenne (UE) expose également les travailleurs migrants et malaisiens au risque de travail forcé en demandant aux fabricants malaisiens d’équipements de protection individuelle (EPI) d’assurer la continuité de la production pendant la pandémie. L’UE a proposé des incitations fiscales aux entreprises malaisiennes qui fournissent des EPI. En outre, les petites et moyennes entreprises qui, pendant de nombreuses années, ont embauché des travailleurs sans papiers, abandonnent aujourd’hui leurs employés, sous prétexte qu’ils manquent d’argent.

    Comment la NSI et d’autres OSC ont-ils réagi à cette situation ?

    Nous formons des leaders migrants afin de garantir que leurs communautés aient accès aux réseaux qui fournissent des services et puissent partager des informations précises sur les besoins existants avec ceux qui fournissent ces services. Certains réseaux publics, tels que le groupe Care Mongering Malaysia, offrent à la population malaisienne une plateforme pour aider les migrants et les réfugiés dans le besoin. Il s’agit d’une plateforme en ligne qui met en relation ceux qui ont besoin d’aide et ceux qui peuvent payer pour ce service. Les temples sikhs offrent également de la nourriture et des paniers-repas.

    D’autres OSC travaillent d’arrache-pied sur le terrain pour distribuer de la nourriture : BRESH 1.0, Beyond Borders, Dapur Jalanan, Engage, Geutanyoe Foundation, HOPE, Liga Rakyat Demokratik, Malaysian Trades Union Congress, Our Journey, The Patani, Refuge for the Refugees, Tenaganitaet d’autres organisations communautaires de réfugiés et de migrants. Les travailleurs migrants peuvent les appeler lorsqu’ils ont besoin d’aide pour obtenir de la nourriture.

    Nous formons un réseau pour assurer la fourniture de services à long terme, car nous pensons que la situation va perdurer pendant de nombreux mois. De nombreux travailleurs migrants vont rester en Malaisie et ont besoin d’aide, c’est pourquoi nous développons une chaîne d’approvisionnement pour les soutenir.

    Nous veillons à ce que les migrants reçoivent des informations correctes de la part d’agences mondiales telles que l’Organisation internationale pour les migrations, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et l’Agence des Nations unies pour les réfugiés, ainsi que de différentes agences gouvernementales liées à la santé, au travail, à la sécurité et au bien-être. Nous fournissons, entre autres, des informations dans différentes langues avec des infographies sur les services de conseil et les questions de santé.

    Nous luttons également contre la désinformation liée aux travailleurs migrants et aux réfugiés. Il y a eu beaucoup de craintes parce qu’ils ont été accusés de propager le virus.

    D’autre part, nous encourageons les migrants à se faire soigner s’ils sont malades et nous surveillons les employeurs qui profitent de la situation actuelle et commettent des violations des droits du travail, notamment parce que les OCM ont en partie empêché les avocats de leur fournir une représentation et des conseils juridiques.

    D’autres OSC fournissent des conseils, distribuent de la nourriture, collectent des fonds, surveillent le trafic d’êtres humains, proposent des services en matière d’égalité des sexes et de maternité et répondent aux besoins des femmes.

    De quel type de soutien la société civile malaisienne a-t-elle besoin en ce moment ?

    Nous avons besoin d’argent pour répondre aux besoins des migrants, par exemple pour acheter de la nourriture, payer les factures et le loyer, et pour les rapatrier en toute sécurité lorsque les OCM seront révoquées. Nous sommes également à la recherche de possibilités de financement, car tant que les OCM restent en vigueur, nous ne pouvons pas organiser de réunions physiques et la plupart des campagnes de collecte de fonds sont basées sur ces réunions. Nous avons également besoin de services d’aide juridique pour les personnes qui sont injustement licenciées et détenues.

    Quelles leçons avez-vous tirées jusqu’à présent de la pandémie ?

    Nous avons constaté que le gouvernement a à peine consulté les OSC avant de mettre en œuvre des politiques, ce qui n’est pas conforme aux principes de bonne gouvernance. En outre, ceux qui violent les OCM sont excessivement punis, y compris ceux qui sont contraints de commettre de telles violations pour résoudre des problèmes liés à leur subsistance. En outre, l’approche de la migration de plus en plus axée sur la sécurité au fil des ans a entraîné des représailles contre les migrants, qui ont été marginalisés.

    Les migrants sont parmi les premiers à être victimes de traitements injustes et de discriminations pendant la pandémie, car ils sont exclus et ne disposent pas de réseaux de soutien solides. Un système capitaliste qui fonctionne sur la base de chaînes d’approvisionnement mondiales et d’énormes sociétés ne dispose pas d’un plan de gestion des risques approprié pour garantir la transparence et la reddition de comptes. En outre, les statistiques publiées par le gouvernement malaisien ne sont pas fiables, puisque ce dernier falsifie le nombre de personnes en situation de pauvreté. D’autre part, il n’a pas su faire face aux problèmes résultant du grand nombre de travailleurs sans papiers en raison de l’ingérence de ce l’on appelle l’« État profond ».

    Dans le cadre des OCM et des OCM élargies, les droits civiques des migrants ont été suspendus, ce qui a affaibli leur pouvoir de négociation pour obtenir des droits. La coopération entre les pays d’origine des migrants et la Malaisie a également été insuffisante pour garantir le rapatriement en toute sécurité de ceux qui souhaitent rentrer chez eux, ce qui entraîne des risques élevés d’infection pour tout le monde. Nous avons reçu des informations selon lesquelles, dans le cadre des OCM, les migrants et les réfugiés sont contraints d’utiliser des voies irrégulières pour rentrer chez eux. Les ambassades, quant à elles, se sont tournées vers les Malaisiens pour fournir une assistance à leurs citoyens.

    Contrairement à ce que je croyais, les OSC ne sont pas assez unies pour parvenir à dégager un consensus afin de résoudre efficacement les difficultés, car elles ont également eu du mal elles-mêmes à y faire face. Dans le même temps, certains Malaisiens qui avaient peut-être des préjugés envers les migrants ont agi avec compassion et se sont montrés solidaires envers eux en cette période de besoin. Comme nous le savons déjà, à long terme, les contributions économiques des migrants ont fini par profiter à tout le monde sauf aux migrants eux-mêmes.

    L’espace civique enMalaisieest classé comme « obstrué » par leCIVICUS Monitor.
    Contactez l’Initiative Nord-Sud via sonsite web ou son profilFacebook, et suivez@nsinitiative11 sur Twitter. 

     

  • MALAYSIA: ‘We need global solidarity to push back on attacks on rights’

    As part of our 2019thematic report, we are interviewing civil society activists and leaders about their experiences of backlash from anti-rights groups and their strategies to strengthen progressive narratives and civil society responses. CIVICUS speaks to Thilaga Sulathireh of Justice for Sisters and Seksualiti Merdeka about LGBTQI rights in Malaysia and the ways in which state and non-state forces are working together to deny rights.

    Can you tell us about your work and the status of LGBTQI rights in Malaysia?

    I work with Justice for Sisters and Seksualiti Merdeka. Justice for Sisters is a network that primarily works for the human rights of trans people in Malaysia, and we provide legal support, do human rights documentation, engage in national policy work and undertake advocacy with the United Nations (UN) to highlight human rights violations. At Seksualiti Merdeka, we recently launched a website, Queer Lapis. We do capacity strengthening and content production. The work we do is very much grounded in feminist, intersectional principles, and from a queer perspective.

    The human rights of LGBTQI people are definitely regressing in Malaysia. Malaysia historically inherited section 377 of the Penal Code, which criminalises ‘unnatural’ sexual acts, from British colonial rule. Section 377 has been amended several times, and the last amendment in 2017 resulted in the imposition of mandatory whipping as a punishment for consensual carnal intercourse deemed unnatural. The law is gender-neutral but it is used in political ways. As a result, people see it as a law that applies to gay people. We also have shariah laws in three states of Malaysia, introduced between 1995 and 2013, that penalise same-sex relations and posing as a woman or man. Unlike Section 377, these laws directly criminalise sexual and gender identity. The implementation of these laws varies according to state, but amongst them, the law against posing as a woman is most actively used.

    Has the situation for LGBTQI people changed in recent years?

    In recent years, arrests and raids made under these laws have decreased, because of a legal challenge that took place between 2010 and 2015. An appeal went through the different stages of courts. We got a negative decision in the High Court and then won in the Court of Appeal, which upheld that the law was unconstitutional, but then the decision was overturned by the Federal Court. But because of the activism around this case, the number of arrests significantly reduced.

    At the same time we saw a shift in tactics by the government’s Islamic Department, which has adopted a softer evangelical approach towards LGBTQI people. They saw that heavy prosecutions were giving the department a bad image, so there was a shift towards a softer approach, around promoting the ‘rehabilitation’ of LGBTQI people. There is a narrative that LGBTQI people need help in returning to the ‘right path’.

    We saw an increase in state-funded ‘rehabilitation’ activities in this decade, at the same time that Seksualiti Merdeka, which used to organise festivals, was banned in 2011. The government decided it needed to increase its response to this growing LGBTQI movement. This gave rise to more groups that promote and provide ‘rehabilitation’ or ‘conversion therapy’. We have seen more anti-LGBTQI campaigns in universities and on social media. We have seen more concerted efforts overseen by the Ministry of Religious Affairs, which sits under the Prime Minister’s office, and which launched a five-year action to plan to address the ‘social ills’ caused by LGBTQI behaviour. This brought together most ministries.

    As well as the use of various laws and increased state funding for anti-LGBTQI activities, we have seen a heavy-handed response to the freedoms of association and assembly of LGBTQI people. For example, when LGBTQI people have taken part in women’s marches, their organisations have been investigated.

    Did anything alter as a result of the May 2018 election, which saw the first change of government in Malaysia’s independent history?

    The 2018 election has historic in that it changed the administration, but the government has adopted and continued the same policies. Nothing has changed from the LGBTQI perspective. We still see the same amount of resources going into policies that treat LGBTQI people as a problem.

    There is also an ongoing struggle between the new government and the former ruling party that is now in opposition, and this is used to justify the lack of change for LGBTQI people. Right after the election a lesbian couple was arrested in the state of Terengganu, which is an opposition-controlled state. They were charged for sexual relations between women and caned openly in the public court. After this there were also two cases of caning of sex workers.

    So there is all this moral policing. Homophobia is real, but there is also a political tussle and mind games being played over who are the guardians of Islam and race. In this crossfire LGBTQI issues and people become politicised.

    Who are the main groups attacking LGBTQI rights in Malaysia?

    All the groups attacking LGBTQI rights use evangelical language, similar to the right wing in Europe or the USA. They reject the universality of human rights, are nationalistic, oppose pluralism and diversity in many ways, prioritise a particular race or religion and support ‘conversion therapy’. Some of the state-funded activities towards LGBTQI people are carried out by these groups.

    There are celebrity preachers who post social media videos encouraging people to troll LGBTQI people and those who post LGBTQI-related content. There are also individuals who make homophobic comments and conservative student groups who organise against LGBTQI people. But they are less physically aggressive than those in Europe and the USA. They are often careful not to insult LGBTQI people out of fear of giving Islam a bad name.

    There are also ethno-nationalist groups, with the purpose of protecting Muslims and ethnic Malays, that also engage in anti-LGBTQI activity. These don’t adopt an evangelical approach. They engage more in reporting LGBTQI people to the police, and sometimes physical intimidation and violence. At the last women’s march, we saw some of these groups physically intimidating participants. They also issue statements and have an active social media presence.

    Then there are groups that call themselves Islamic non-governmental organisations (NGOs), some of which come together under a coalition of Islamic NGOs that participate in the Universal Periodic Review (UPR) process of the UN Human Rights Council (UNHRC). These include groups that use more rights-oriented language, given that they engage in the UPR process, and particularly use the language of religious rights. They position what they call the ‘rehabilitation’ of LGBTQI people as consistent with these religious rights. They also cite examples such as the case of a bakery in the USA that was taken to court for refusing to provide a cake for a same-sex wedding to support their arguments for religious rights. Some of these are groups of doctors, lawyers and academics, and they make pseudo-scientific and legal arguments against LGBTQI rights. Some of these Islamic NGOs also provide services, and as such are involved in the government’s ‘rehabilitation’ programme.

    Within civil society, there is a tension between groups that support the universality of human rights and those that oppose it. Between those that promote pluralism and liberalism and those that oppose these. Between those that support LGBTQI rights and those that talk in terms of ‘rehabilitating’ LGBTQI people.

    How do these tensions play out around civil society’s engagement at the international level?

    Some of those Islamic NGOs engage in policy spaces. If LGBTQI CSOs attend a government consultation on the UPR, they share the space with these.

    The UPR process – and UN processes more generally – offer a key site of contestation between these two camps. The second UPR cycle in 2013 was seen by critics as an attempt by civil society to push for the recognition of LGBTQI rights and destabilise the position of Islam in the Federal Constitution. There was a lot of pushback. And then in the third UPR cycle in 2018, these groups participated in the process and claimed space. Some of the recommendations of this group were included in the report compiled by the UNHRC.

    When the Government of Malaysia tried to ratify the International Convention on the Elimination of All Forms of Racial Discrimination and the Rome Statue of the International Criminal Court, there was a lot of pushback from these groups and attempts to mobilise Muslim people against ratification. The government pulled out of ratifying on the grounds that it would affect the position of Islam and could offer an entry point to the recognition of LGBTQI rights.

    How do different groups that oppose LGBTQI rights connect and receive support?

    After the corruption scandal that led to the ruling party losing the election, ethno-nationalist groups are no longer as closely linked to political parties as they used to be. I suspect now they are mostly self-funded. With Islamic NGOs, I suspect they receive some foreign funding. Some have a presence outside Malaysia as well. There is an umbrella group, ISMA (Malaysian Muslim Solidarity), which apparently has an office in Germany.

    We also believe some groups receive state funding for their participation in the government’s anti-LGBTQI programme. When a colleague raised the issue of state-sponsored violence against LGBTQI people at a UPR meeting, this created a lot of protest from Islamic NGOs, including those linked with ISMA, who demanded an apology and retraction. The small organisations that are providing ‘rehabilitation’ services also mobilised in their support, making quite clear the connections between groups receiving state funding to provide services and Islamic NGOs advocating against LGBTQI rights.

    How is progressive, rights-oriented civil society trying to respond?

    In the last few years LGBTQI groups are also pushing back and being more organised. The coalition of human rights organisations that participated in the UPR process has also tried to engage with Islamic NGOs and tried to increase engagement by pro-human rights Islamic organisations. They had some success in the UPR process in getting some groups to recognise the discrimination LGBTQI people face. Now there are more civil society groups that are countering arguments against universal human rights online, and more actions to communicate human rights messages in popular ways and in different languages. LGBTQI groups are working on communication strategies. We need this because we face overwhelming misinformation about LGBTQI people.

    LGBTQI groups recognise that these issues aren’t restricted to Malaysia alone. We see a lot of tension at the UN level and realise these issues are ongoing, with states pushing the adoption of problematic language. For example at the Commission on the Status of Women in 2019, language about sexual orientation and gender identity was dropped because of pushback from conservatives. This is a global issue. Civil society everywhere is dealing with these challenges. So how can we come together and strategise around this? How can we do global activism better?

    We need to make sure there is diverse representation in these international forums. We need to have global solidarity to push back on attacks on rights.

    Because there’s a religious dimension to this, and because Islamophobia is on the rise, we need also to be careful when talking about these issues not to encourage more Islamophobia. We need to have more conversations about how we address intersectional forms of oppression and also give spaces for Islamic groups to participate in processes that help address Islamophobia. This is something that as civil society we need to be sensitive to.

    Civic space in Malaysia is rated as ‘obstructed’ by theCIVICUS Monitor.

    Get in touch with Justice for Sisters through itswebsite andFacebook page, orfollow@justice_sisters on Twitter.