peuples autochtones

 

  • ASIE : « Pendant la pandémie, le racisme envers les peuples autochtones s’est intensifié »

    CIVICUS s’entretient avec Gam Shimray, secrétaire général du Asian Indigenous Peoples Pact (AIPP) (Pacte asiatique des peuples autochtones), sur la situation des groupes autochtones en Asie pendant la pandémie de COVID-19. L’AIPP est une fédération régionale de mouvements de peuples autochtones d’Asie qui œuvre à la promotion et à la défense des droits humains des peuples autochtones, y compris des droits fonciers et culturels. En raison de leur position subordonnée et à l’écart de la culture et de la politique dominantes, lespeuples autochtones sont victimes de violations flagrantes des droits humains, de racisme systémique, de discrimination et d’expropriation. Étant donné que leurs droits à la terre, au territoire et aux ressources naturelles sont bafoués, de nombreuses communautés indigènes font partie des groupes les plus vulnérables et les plus défavorisés.

    Gam Shimray

    Quepouvez-vous nous dire sur le travail de l’AIPP ?

    Le travail de l’AIPP est guidé par notre conviction que les droits humains sont universels et que tous les peuples, y compris les peuples autochtones, ont un droit inhérent à l’autodétermination. Les droits à l’autodétermination et à l’autonomie gouvernementale sont une nécessité sociale pour assurer la continuité des processus sociaux et le développement personnel des autochtones.

    Bien que notre travail de plaidoyer ait une portée principalement régionale et mondiale, nous établissons, par l’intermédiaire de nos membres et de nos réseaux, des liens avec les processus développés au niveau des pays. L’AIPP consolide une position commune des organisations autochtones pour le plaidoyer à l’échelle mondiale et régionale. À cette fin, nous axons nos efforts sur le renforcement des capacités communautaires, la consolidation des mouvements indigènes et la mise au point d’un programme commun pour les campagnes collectives et les activités de plaidoyer au niveau national.

    L’AIPP s’efforce également de développer le leadership et de promouvoir le « leadership partagé » dans toute l’Asie, y compris parmi les femmes, les jeunes et les personnes handicapées.

    Quelle était la situation des peuples indigènes en Asie avant la pandémie de COVID-19 ?

    Avant la pandémie de COVID-19, la situation politique en Asie s’était dégradée, surtout ces dernières années. Dans de nombreux pays asiatiques, nous avons constaté une répression croissante de la société civile et une restriction de l’espace démocratique nécessaire au débat et à la formation de l’opinion publique. Certains intellectuels ont attribué cette tendance à l’existence de leaderships politiques de plus en plus détachés de la démocratie et des droits humains. 

    Les transitions des régimes autoritaires vers la démocratie qu’ont connues certains pays au cours des dernières décennies, comme les Philippines dans les années 1980, l’Indonésie à la fin des années 1990 et le Népal au début des années 2000, n’ont pas été menées à bien. D’autres pays, comme la Chine, le Laos et le Vietnam, ont des systèmes unipartites de jure, tandis que le Cambodge en a un de facto. Au Myanmar, l’armée a toujours une emprise sur le gouvernement, tandis que la grande tolérance dont la Thaïlande a traditionnellement fait preuve ne lui a pas encore permis de devenir un État démocratique moderne et stable. En outre, la montée du populisme constitue une menace sérieuse pour les démocraties. En Inde, qui est la plus grande démocratie du monde et probablement l’une des plus solides d’Asie, nous assistons sous le gouvernement populiste du Premier ministre Narendra Modi à des attaques continues contre chaque institution autonome, du système judiciaire à la banque centrale en passant par la presse indépendante.

    Il en résulte que, ces dernières années, la majorité des défenseurs des droits humains qui ont été tués sont des autochtones. Ils ont perdu la vie en défendant leurs droits, leurs maisons, leurs terres, leurs territoires et leurs ressources.

    Ces difficultés révèlent également des problèmes sous-jacents plus profonds de capacité politique et institutionnelle insuffisante pour relever efficacement les défis posés par la démocratie et les droits humains dans les pays asiatiques. Nous sommes confrontés à des questions morales et politiques qui exigent que nous évaluions sérieusement l’érosion des normes et des pratiques en matière de droits humains et l’amoindrissement de la capacité politique et institutionnelle à faire face aux défis sociaux et politiques du présent. La souffrance endurée par les personnes pauvres pendant la pandémie de COVID-19 en est la preuve.

    Quels défis ont dû relever les groupes et les militants autochtones pendant la pandémie ?

    Les problèmes et les défis varient en fonction de la situation de chaque pays. Néanmoins, l’un des principaux défis à relever est lié au fait que la plupart des gouvernements asiatiques ont imposé des quarantaines dans leur pays sans grande préparation, ce qui a entraîné le chaos. La situation était tout simplement presque ingérable et nous n’étions pas en mesure de répondre aux besoins des militants, des communautés et des travailleurs migrants.

    Les travailleurs migrants, les réfugiés et les apatrides ont le plus souffert. Ceux qui n’avaient pas de pièces d’identité rencontraient des difficultés à prouver leur citoyenneté, ce qui est pourtant indispensable à l’obtention d’une aide gouvernementale. La plupart des migrants et des réfugiés n’avaient pas les documents requis. Les erreurs d’enregistrement étaient également fréquentes et ceux qui ne figuraient pas sur le registre national ne pouvaient pas recevoir de document d’identité.

    Au cours de la pandémie, le racisme envers les peuples autochtones s’est intensifié, notamment en Inde, où les habitants du nord-est du pays ont été expulsés de leurs hôtels et des maisons qu’ils louaient, sans pouvoir acheter de la nourriture, se rendre sur les marchés ou utiliser les transports publics. Des personnes se sont fait cracher dessus et ont été arrêtées sans explication. Bon nombre d’entre elles, notamment des femmes, ont été battues sans raison apparente, et beaucoup d’Indiennes vivent constamment dans la peur.

    Dans certains pays, les gouvernements utilisent la situation actuelle comme alibi pour lancer des campagnes militaires, s’emparer de terres, autoriser des grands projets d’infrastructure, revenir sur des droits relatifs à la protection des autochtones et affaiblir les réglementations et les protections environnementales. De nombreux militants et membres de communautés dans des pays comme le Bangladesh, l’Inde, les Philippines et le Myanmar ont été tués ou emprisonnés sur des accusations forgées de toutes pièces. Les forces de police et de sécurité ont également empêché les dirigeants communautaires de mener des actions humanitaires et d’aider les communautés frappées par la famine.

    Ces évènements sont graves et nous ne pouvons pas y faire grand-chose, car les gens ne peuvent pas sortir pour manifester ou faire campagne, et accèdent difficilement à la justice. En Inde, les pétitions en ligne sont autorisées, et les affaires les plus urgentes sont encore examinées par les tribunaux par vidéoconférence, mais la plupart des communautés ne sont pas familiarisées avec des procédures aussi complexes et n’ont même pas accès à Internet de manière fiable.

    Comment l’AIPP et d’autres organisations de défense des droits des personnes autochtones ont-elles réagi à cette situation ?

    La première chose que nous avons faite a été de contacter nos membres et nos réseaux pour recueillir des informations sur le terrain. Nous avons également répondu à ceux qui nous ont contactés pour obtenir de l’aide. Nous avons en premier lieu fourni ou mobilisé de l’aide, notamment de la nourriture pour les personnes en situation critique dans différentes régions, par l’intermédiaire de nos membres et de nos réseaux. Nous avons également partagé des informations concernant les communautés indigènes, ce qui était indispensable étant donné qu’énormément de fausses informations circulaient, déclenchant des réactions de panique. Nous avons diffusé les appels à la solidarité pour encourager les réponses humanitaires et diffuser les bonnes pratiques que les communautés pourraient mettre en œuvre.

    La situation est compliquée car il ne s’agit pas seulement de faire face à la pandémie. Les communautés indigènes souffrent de nombreux problèmes sous-jacents. Nous tenions au moins à faire entendre nos protestations et à faire campagne par le biais des réseaux numériques.

    La pandémie de COVID-19 a mis en évidence de nombreux problèmes qui étaient jusque-là dissimulés, et soulève de nouveaux défis. Par conséquent, nous évaluons la situation et nous nous efforçons de prendre des mesures supplémentaires pour faire face aux effets à long terme de la pandémie. À cet égard, nous avons également créé un partenariat régional pour gérer la riposte à la COVID-19, lequel est en train de s’étendre. Notre rapport préliminaire d’évaluation à l’échelle régionale sera bientôt prêt, ce qui nous aidera à mieux planifier les prochaines étapes. Nous savons déjà que le renforcement des capacités des communautés sera essentiel à mesure que nous nous adaptons à « la nouvelle réalité ».

    De quel autre soutien les groupes indigènes auraient-ils besoin en ce moment ?

    Le soutien dont les communautés indigènes ont besoin est vraiment conséquent, car les répercussions de la pandémie continueront à se faire sentir à long terme. Toutefois, les principaux besoins sont les suivants.

    Premièrement, nous devons mettre en place des cellules d’intervention pour la COVID-19 dotées de fonds alloués à l’échelle locale et d’une équipe de correspondants désignés pour assurer la coordination avec les autorités provinciales ou étatiques et les organisations de la société civile, afin de faire le suivi des questions liées aux communautés indigènes et de leur apporter le soutien dont elles ont besoin. L’équipe d’intervention doit également se coordonner avec les autorités compétentes pour répondre aux besoins particuliers des femmes, des enfants, des personnes âgées et des personnes handicapées dans les communautés autochtones.

    Deuxièmement, nous devons veiller à ce que les autorités locales et provinciales reçoivent des conseils et des instructions appropriés concernant les mesures à prendre pour que les populations autochtones puissent faire face à la COVID-19 et respecter la quarantaine.

    Troisièmement, il est essentiel de sensibiliser le public et de garantir l’accès aux services de santé. Il est donc important de préparer des supports d’information adaptés à la communauté, qui expliquent clairement la nature de la maladie, les mesures de quarantaine et de confinement et les tests de dépistage, afin d’aider à dissiper les mythes autour du virus. Une coordination entre les agents des services de santé et les guérisseurs traditionnels est nécessaire pour garantir l’intégration des systèmes de connaissances indigènes dans les mécanismes d’intervention. Il faut encourager les stratégies de quarantaine localisées et séparées qui favorisent un environnement naturel et la participation de la communauté. Des centres de soins pour la COVID-19 gérés par des guérisseurs et des infirmiers communautaires peuvent également être préparés.

    Des unités sanitaires mobiles avec des guérisseurs traditionnels et des agents de santé devraient être déployées dans les zones reculées. Une attention particulière devrait être accordée aux zones où il y a plus de travailleurs migrants qui sont rentrés chez eux. L’accès au dépistage doit également être facilité et des installations doivent être prévues pour que ces personnes puissent être mises en quarantaine. L’accès aux services de santé doit également être assuré en cas d’urgence, y compris le transport. L’accès à l’eau à des fins d’hygiène et de consommation est un autre besoin essentiel qui doit être assuré.

    Il est également crucial de garantir la sécurité alimentaire, les niveaux de revenus et les moyens de subsistance économiques, étant donné les niveaux de malnutrition qui existent dans de nombreuses régions indigènes. Pendant les six prochains mois au moins, il sera absolument indispensable de distribuer des rations alimentaires nutritionnelles et gratuites de manière indiscriminée, indépendamment du statut migratoire des bénéficiaires de l’aide et du fait qu’ils aient une carte d’identité ou non.

    Enfin, il est urgent de renforcer les moyens de subsistance basés sur la production forestière non ligneuse, en concevant des mécanismes institutionnels efficaces pour la collecte, le stockage, l’approvisionnement et la vente. L’Asie est très dépendante de la production forestière non ligneuse. Un soutien financier et logistique devrait directement être apporté aux communautés pour leur permettre de générer une source de revenus durable. Les communautés vivant dans les zones protégées doivent avoir accès aux forêts à des fins de subsistance.

    Quels enseignements avez-vous tirés de la situation des peuples autochtones pendant la pandémie ?

    Pendant la pandémie, la situation était presque ingérable, et les mesures imposées par les gouvernements ont déclenché la violence de la police et des forces de sécurité. Des centaines de personnes pauvres sont mortes de faim, et celles qui se sont aventurées par désespoir en dehors de la zone de confinement ont été violemment agressées par la police.

    Les effets potentiels de la pandémie semblaient être très négatifs, et si nous n’avions pas fait confiance aux personnes et aux communautés, nos efforts auraient été beaucoup moins fructueux. Les opérations humanitaires se devaient d’être efficaces, et le fait d’avoir eu confiance en la capacité des bénévoles de chaque communauté à faire le travail a été la clé de notre succès, comme en Malaisie et en Thaïlande. Toutes les ressources que nous avons pu générer leur ont été transférées et ils ont rendu compte des actions et activités qu’ils menaient par téléphone ou par d’autres moyens à leur disposition.

    En outre, d’après ce que nous avons pu voir, de nombreuses communautés ont très bien réagi à la situation en instaurant des quarantaines dans les villages, en réglementant les visites, en mettant en quarantaine les rapatriés ou en appliquant de leur propre initiative des mesures de distanciation sociale, même avec peu d’informations ou de ressources appropriées. Il y avait des craintes, mais les communautés les ont surmontées et ont amélioré leurs ripostes à la pandémie. Les communautés n’ont pas seulement reçu une aide de notre part ou d’autres sources : certaines d’entre elles ont également fourni de la nourriture à d’autres communautés dans le besoin. La plupart de ces communautés ont travaillé avec nous dans le passé et ont pu gérer avec succès leurs systèmes de production alimentaire et leurs ressources naturelles. Elles ne s’inquiétaient pas des pénuries alimentaires ; au contraire, leurs dirigeants ont profité de cette occasion pour les sensibiliser à l’importance d’améliorer la production locale et la gestion durable des ressources. J’ai trouvé cela inspirant.

    Nous avons également été inspirés par des communautés qui se sont organisées et ont utilisé des méthodes de guérison et des médicaments locaux pour améliorer l’immunité et la résistance aux maladies, ou qui ont mis en place des systèmes d’échange de nourriture avec peu ou pas d’aide de l’État, lorsque les programmes de l’État ne fonctionnaient pas ou n’étaient pas accessibles pas à temps. Plus important encore, cela a démontré que la dévolution et l’autonomisation des communautés peuvent être plus efficaces pour faire face à une crise si les institutions autonomes locales reçoivent les ressources et le soutien nécessaires.

    Les ripostes spontanées des communautés sont venues presque naturellement, car il s’agit de communautés qui ont toujours été autonomes. À l’avenir, en faisant confiance à la population et en donnant des moyens aux communautés, l’État sera en mesure de faire face plus efficacement à toute crise de santé publique et à ses répercussions à long terme. 

    Contactez leAsia Indigenous Peoples Pact via sonsite web ou son profilFacebook, et suivez@aippnet sur Twitter.

     

  • BIODIVERSITÉ : « Les gouvernements ne feront pas preuve de volonté politique sans pression de la base »

    Gadir LavadenzCIVICUS s’entretient avec Gadir Lavadenz, coordinateur mondial de l’Alliance de la Convention sur la diversité biologique (Alliance CDB), au sujet du processus en cours visant à rédiger un cadre mondial pour la biodiversité post-2020 avec la pleine participation des communautés concernées et de la société civile dans son ensemble.

    L’Alliance CDB est un réseau d’organisations de la société civile (OSC) ayant un intérêt commun pour la Convention sur la diversité biologique. Elle s’efforce de mieux faire comprendre au public les questions qu’elle aborde, d’améliorer la coopération entre les organisations qui souhaitent avoir une influence positive sur la CDB et de combler le fossé entre les participants aux sessions de la CDB et ceux qui œuvrent pour la biodiversité sur le terrain, tout en respectant l’indépendance et l’autonomie des peuples autochtones, une partie prenante essentielle.

    Qu’est-ce que l’Alliance CDB, que fait-elle et comment s’est-elle développée ?

    Les origines de l’Alliance CDB, il y a une vingtaine d’années, sont organiques : elle a émergé naturellement lorsque les participants au processus de la CDB ont reconnu la nécessité d’agir ensemble et d’amplifier les voix de la société civile dans les négociations. Dès le début, le rôle de l’Alliance CDB n’était pas de parler au nom des gens, mais de soutenir du mieux qu’elle pouvait tous les efforts de plaidoyer qui étaient faits de manière autonome.

    Malgré nos limites, nous sommes bien conscients que les groupes défavorisés ont besoin d’un soutien spécifique. En outre, bien que notre réseau soit diversifié, nous respectons le rôle des autres grands groupes impliqués dans le processus et assurons une bonne coordination avec eux, notamment le Forum international autochtone sur la biodiversité (FIAB), le Réseau mondial des jeunes pour la biodiversité (GYBN) et l’Assemblée générale des femmes.

    L’Alliance CDB est une vaste communauté : elle comprend à la fois les peuples autochtones et les communautés locales (IPLC), et les OSC qui les soutiennent. Nous respectons pleinement les structures de gouvernance et les processus décisionnels de chacun de ces groupes. Nous maintenons une communication et une coordination fluides avec le FIAB, qui représente le plus grand groupe de peuples et de communautés autochtones engagés dans la CDB. Nous appuyons leurs déclarations lors des réunions officielles, soutenons la participation des peuples autochtones et des communautés locales aux réunions internationales chaque fois que cela est possible, et amplifions toutes leurs publications et campagnes.

    Pourquoi un nouveau cadre mondial pour la biodiversité est-il nécessaire ?

    Historiquement, la mise en œuvre de la CDB s’est concentrée sur son premier objectif, la conservation de la diversité biologique, et relativement peu d’attention a été accordée à ses deuxième et troisième objectifs, qui sont l’utilisation durable des éléments constitutifs de la diversité biologique et le partage juste et équitable des avantages découlant de l’utilisation des ressources génétiques. C’est l’une des raisons pour lesquelles la CBD n’a pas été en mesure de fournir les résultats escomptés. Au cours de la dernière décennie, le manque de volonté politique des parties à la CDB a conduit à l’échec de la réalisation des objectifs d’Aichi, et une abondante littérature montre que la destruction de la biodiversité se poursuit à un rythme galopant.

    Un nouveau cadre devrait être une occasion unique de corriger les erreurs du passé. La CDB couvre un large éventail de questions, mais n’a pas réussi à s’attaquer aux causes profondes de la perte de biodiversité, et sa focalisation excessive sur des objectifs tels que les zones protégées, axés sur la quantité plutôt que sur la qualité, a masqué d’énormes incohérences dans notre approche de la perte de biodiversité.

    Par exemple, le Forest Peoples Programme, membre de l’Alliance CDB, a indiqué que le financement mondial de la biodiversité a augmenté de manière significative au cours de la dernière décennie, et est désormais estimé entre 78 et 147 milliards de dollars par an. Cependant, il est largement dépassé par les subventions publiques et les flux financiers qui entraînent la perte de biodiversité, estimés entre 500 milliards et plusieurs milliers de milliards de dollars par an.

    En outre, bien que la contribution des peuples autochtones et des communautés locales soit largement reconnue comme vitale pour la protection de la biodiversité, ceux-ci sont souvent affectés négativement par le financement de la biodiversité, et leurs efforts reçoivent peu de soutien direct.

    Un autre membre de l’Alliance CDB, le Third World Network, a indiqué qu’en 2019, 50 des plus grandes banques du monde ont soutenu avec plus de 2 600 milliards de dollars des industries reconnues comme étant à l’origine de la perte de biodiversité. Une étude récente a conclu que « le secteur financier finance la crise d’extinction massive tout en sapant les droits humains et la souveraineté des autochtones ».

    Selon la Coalition mondiale des forêts, également membre de l’Alliance CDB, le financement du climat et la production subventionnée d’énergies renouvelables constituent une forme de subvention directe qui nuit souvent aux forêts et ne réduit pas les émissions. L’exemple le plus marquant est la centrale de Drax, au Royaume-Uni, qui reçoit 2 millions de livres sterling (environ 2,8 millions de dollars) par jour pour produire de l’électricité très polluante à partir de bois récolté, entre autres, dans des forêts humides riches en biodiversité du sud-est des États-Unis. Parmi les autres exemples, citons la subvention accordée par le Fonds pour l’environnement mondial (FEM) aux entreprises sidérurgiques pour qu’elles produisent du charbon de bois à partir de plantations d’eucalyptus au Brésil, et les nombreuses subventions nationales et européennes accordées à l’industrie de la pâte et du papier au Portugal.

    Récemment, lors d’un événement organisé par le secrétariat de la CDB, plusieurs soi-disant leaders mondiaux ont promis d’importantes sommes d’argent pour la biodiversité. Cependant, les pays du Nord ont renoncé à leurs engagements internationaux en matière de fonds nouveaux et supplémentaires. Ce qu’ils promettent pour la nature est mélangé à toutes sortes de dispositifs qui ne s’attaquent pas aux causes réelles de la perte de biodiversité. Et les montants promis pour protéger la biodiversité sont clairement dépassés par tout l’argent dépensé pour sa destruction.

    Outre ces contradictions et incohérences inquiétantes, les groupes puissants et les nations développées tentent constamment et par tous les moyens d’échapper à leurs responsabilités. Nous pensons que la volonté d’intégrer des termes tels que « solutions fondées sur la nature » dans la CDB n’est qu’une nouvelle astuce de la part des grands pollueurs pour se soustraire à leurs obligations et une nouvelle forme de « blanchiment écologique » et d’accaparement des terres par les entreprises.

    Pourquoi tout cela n’est-il pas relayé par les médias ? C’est ce qui se produit lorsque les principaux acteurs concentrent toute leur attention sur certaines politiques et activités, comme l’augmentation des zones protégées. Les zones protégées ne sont pas mauvaises en soi, mais elles sont loin d’être une véritable solution, tout comme la modification de nos modes de production et de consommation. Le discours sur la CDB doit être recentré sur les causes profondes de la perte de biodiversité, qui sont plus structurelles et liées à la justice et à l’équité. De la même manière que le changement climatique n’est plus considéré comme un problème purement environnemental, nous devons comprendre le tableau d’ensemble de la destruction de la biodiversité en relation avec les droits des peuples autochtones et tribaux, des paysans, des femmes, des générations futures et de la nature elle-même. Il faut mettre un terme à la marchandisation de la nature, car celle-ci n’appartient ni à nous ni à quelques privilégiés parmi nous. La nature n’a pas besoin d’artifices et de gros sous pour se développer, elle a besoin que nous cessions de la détruire. Ce récit devrait nous inciter à vouloir et à travailler réellement à un profond changement individuel et collectif.

    Quels changements le Cadre mondial pour la biodiversité post-2020 devrait-il apporter ?

    La CDB est un accord juridiquement contraignant et, si elle est pleinement mise en œuvre, elle offre un grand potentiel. Le Cadre mondial pour la biodiversité pour l’après 2020 devrait être l’instrument permettant de faire respecter les obligations juridiques des parties à la CDB grâce à des mécanismes de responsabilisation qui sanctionnent l’inaction. C’est également l’occasion d’adopter une approche fondée sur les droits qui place les droits des peuples autochtones et tribaux, des femmes et des paysans, ainsi que les droits de la nature, au centre du débat, en reliant la CDB à l’architecture internationale des droits humains.

    Plusieurs rapports ont montré que des violations des droits humains ont été commises au nom de la promotion des zones protégées. Bien qu’il soit possible et inévitable de s’attaquer à la crise de la biodiversité et au changement climatique, divers intérêts font pression pour que ce lien se concentre sur les soi-disant « solutions fondées sur la nature », qui ne sont rien d’autre qu’une couverture pour des systèmes tels que les compensations, qui ne profitent pas à la nature mais au statu quo et n’apportent pas de véritables solutions à nos problèmes structurels.

    Un autre défi majeur réside dans le fait que la mise en œuvre des normes environnementales est souvent entre les mains des ministères de l’environnement, qui sont souvent complètement impuissants face aux autres acteurs qui sont les véritables moteurs de la perte de biodiversité. Avec le nouveau cadre mondial pour la biodiversité, cela doit changer.

    La Conférence des Nations unies sur la biodiversité a été reportée à deux reprises en raison de la pandémie de COVID-19. Quels défis cette situation a-t-elle posés ?

    Le premier défi auquel nous avons été confrontés est que les pays du Nord ont exercé une forte pression pour poursuivre les négociations par des moyens virtuels, sans tenir compte des diverses difficultés rencontrées non seulement par leurs pairs du Sud mais aussi par la société civile. L’Alliance CDB a exprimé à plusieurs reprises son inquiétude quant aux inégalités et aux injustices des négociations virtuelles, et a soutenu la proposition des parties du sud de la planète de reporter les négociations. Ce n’est que lorsque les États africains et certains États d’Amérique latine ont exprimé leur profonde inquiétude face à cette situation que les nations riches ont fait marche arrière. Les réunions en ligne ont été maintenues afin que les discussions puissent se poursuivre, mais il a été établi que les décisions ne seraient prises que lors de réunions en face à face.

    Comment la société civile internationale peut-elle soutenir au mieux le travail que vous réalisez autour du Cadre mondial pour la biodiversité pour l’après 2020 ?

    Certains de nos objectifs sont de veiller à ce que le Cadre mondial pour la diversité pour l’après 2020 se concentre sur une déclaration de principes forte, telle que l’équité et les responsabilités communes mais différenciées (CBDR) ; un mécanisme pour traiter le non-respect, y compris des sanctions et bien intégré au principe CBDR ; un objectif axé sur les défenseurs des droits humains, les défenseurs de l’environnement et les femmes, car ce sont elles qui défendent la biodiversité dans le monde réel ; et un objectif sur l’interdiction des altérations majeures de la nature.

    Une fois le cadre approuvé, notre mission sera de coordonner avec les régions, les réseaux et les organisations qui ont un lien direct avec ceux qui travaillent sur le terrain et en première ligne. Cette coordination devrait inclure une diffusion massive et intense du cadre, mais en mettant l’accent sur la manière dont il peut renforcer les personnes dans leurs résistances, leurs luttes et leurs projets.

    Même s’ils sont confrontés à des obligations juridiquement contraignantes, les gouvernements ne feront pas preuve de volonté politique s’ils ne subissent pas une pression suffisante de la base. Une telle pression ne peut avoir lieu en l’absence d’autonomisation et d’information sur les décisions prises au niveau international.

    Contactez l’Alliance CDB via sonsite web, sa pageFacebooket son compteTwitter. 

     

  • CANADA : « Le pape n’a pas présenté d’excuses claires aux peuples autochtones au nom de l’Église catholique »

    Virginie LadischCIVICUSéchange avec Virginie Ladisch du International Center for Transitional Justice (ICTJ : le Centre international pour la justice transitionnelle) au sujet des récentes excuses du pape François aux peuples autochtones canadiens et de l’empreinte laissée par la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

    L’ICTJ est une organisation de la société civile (OSC) qui travaille en partenariat avec des victimes et survivants afin d’obtenir la reconnaissance et la réparation des violations massives de droits humains, d’obliger les responsables à rendre des comptes, de réformer et de construire des institutions démocratiques et de prévenir que la violence et la répression ne resurviennent.

     

    Quelles violations des droits humains commises à l’encontre des peuples autochtones la Commission de vérité et réconciliation a-t-elle révélées ?

    Lerapport final de laCommission de vérité et réconciliation du Canada décrit très clairement les violations des droits humains et le génocide culturel résultant du système des « pensionnats indiens », qui a fait l’objet des récentes excuses du pape François.

    Les pensionnats indiens et les abus qui y ont été commis sont parmi de nombreuses autres violations des droits humains subies par les populations autochtones au Canada, notamment les violations sexuelles et sexistes à l’encontre des femmes et des filles autochtones, la dépossession des terres, la violation du droit à l’eau potable, les taux d’incarcération disproportionnés, le recours excessif à la force contre les manifestants pour les droits fonciers, les pratiques discriminatoires et le manque d’accès aux services de base, y compris les soins de santé.

    Quelle est l’importance des excuses du pape ?

    Lesexcuses du pape constituent une première étape importante dans le processus de reconnaissance et de réparation des torts du passé. Dans ses excuses, le pape a reconnu l’intention assimilationniste du système des pensionnats et les dommages causés en marginalisant systématiquement les populations autochtones, en dénigrant et en supprimant leurs langues et leurs cultures, en arrachant les jeunes enfants de leur foyer, en affectant de manière indélébile leur relation avec leurs parents et leurs grands-parents et en les soumettant à des violences physiques, verbales, psychologiques et spirituelles.

    Les derniers pensionnats ayant fermé dans les années 1990, il était important qu’il reconnaisse le préjudice intergénérationnel causé, qui persiste encore aujourd’hui. Cependant, plusieurs survivants ont été déçus de constater que le pape a omis les abus sexuels, très répandus dans les pensionnats indiens, dont les effets demeurent nuisibles pour les survivants et leurs familles.

    Bien que le pape ait souligné la nature systématique des préjudices commisà l’encontre des populations autochtones du Canada, ses excuses ont tu le rôle de l’Église catholique dans le système visant à« tuer l’Indien dans l’enfant ». Il a déclaré : « Je suis affligé. Je demande pardon, en particulier, pour la manière dont de nombreux membres de l’Église et des communautés religieuses ont coopéré,mêmeà travers l’indifférence, aux projets de destruction culturelle et d’assimilation forcée promus par les gouvernements de l’époque, qui ontabouti au système des pensionnats ».

    Les paroles du Pape reflètent des excuses personnelles et des excuses au nom des catholiques individuels, mais pas d’excuses claires au nom de l’Église catholique en tant qu’institution. Certes, il est possible d’interpréter ces excuses personnelles comme des excuses au nom de l’Église en tant que le pape est lui-même représentant de l’Église catholique. Cependant, les violations de l’Église catholique à l’encontre des peuples autochtones ont représenté des atteintes systémiques et se sont ancré profondément, d’où il est nécessaire de reconnaître clairement que le système était en faute et qu’il y a eu un effort institutionnel concerté pour assimiler de force les enfants autochtones. Il ne s’agissait pas de l’œuvre de quelques individus malavisés.

    Il faut un effort concerté pour démêler les idées colonialistes sous-jacentes du système des pensionnats. qui demeurentà l’origine du racisme persistant aujourd’hui.

    Quels devraient être les prochains pas pour l’Église catholique et le gouvernement canadien ?

    L’ICTJreconnaît que les excuses constituent un élément important du processus de justice transitionnelle en raison de leur valeur morale et symbolique significative. Mais pour qu’elles soient significatives, elles doivent être suivies d’actions réelles et de réparations matérielles. Le pape a reconnu cela dans ses excuses et a noté qu’« une enquête sérieuse sur les faits » et des efforts « pour aider les survivants des pensionnats à guérir des traumatismes qu’ils ont subis » seraient essentiels pour éviter que de telles situations ne se reproduisent. En fin de compte, l’importance des excuses du pape dépendra de la manière dont il conduira l’Église catholique à traduire ces paroles en actes.

    En ce qui concerne les prochaines étapes, l’Église catholique et le gouvernement du Canada devraient suivre les94 appels à laction de la Commission de vérité et réconciliation, qui traitent des préjudices durables causés par les pensionnats et appellent tous les secteurs de la société à investir dans des moyens nouveaux et respectueux d’avancer ensemble. Lorsque des informations supplémentaires sont nécessaires, par exemple au sujet des enfants disparus et des tombes non marquées, l’Église catholique devrait ouvrir ses archives et entreprendre une enquête rigoureuse.

    Comment l’ICTJ travaille-t-il pour faire avancer les droits des peuples autochtones ?

    L’ICTJ travaille aux côtés des victimes et des survivants dans leur quête de justice et veille à ce qu’ils aient leur mot à dire dans les politiques qui les concernent. Nous sensibilisons les gens à leurs droits et soutenons les efforts déployés pour que les auteurs de ces crimes soient tenus responsables, pour découvrir la vérité sur les violations qu’eux-mêmes et leurs communautés ont subies et pour obtenir reconnaissance et réparation.

    Nous collaboronségalementavec des groupes de la société civile, notamment des groupes de femmes, de jeunes et de minorités, qui ont intérêt à construire une société plus juste, plus pacifique et plus démocratique. Ensemble, nous faisons avancer les réformes institutionnelles et les garanties nécessaires pour éviter que ces violations ne se reproduisent.

    Au cours des trois dernières décennies, les processus de justice transitionnelle ont représenté un moyen de remédier aux injustices historiques de longue date commises à l’encontre des peuples autochtones dans le monde entier. Les processus et institutions spécifiques associés à la justice transitionnelle, tels que les commissions de vérité, les organes spéciaux de poursuites, la commémoration et les réparations, peuvent ainsi catalyser des changements politiques, sociaux, institutionnels et culturels qui contribuent à la reconnaissance et à la concrétisation des droits des peuples autochtones, tel que souligné dans unrapport que nous avons publié en 2012.

    L’ICTJ a œuvré pour faire progresser les droits des peuples autochtones dans différents pays, notamment en Australie, au Canada, en Colombie, au Guatemala, au Pérou et aux États-Unis. Au Canada, il a accompagné la Commission de vérité et réconciliation depuis avant sa création en 2008 jusqu’à la fin de son mandat en 2015.

    Reconnaissant l’importance d’impliquer les jeunes dans ce processus de vérité et de réconciliation au Canada, l’ICTJsest associé à la Commission pour mener des activités d’engagement des jeunes. Les initiatives comprenaient une série derassemblements pour les jeunes au cours desquelles les participants ont développé les compétences techniques et de communication nécessaires pour mieux engager avec leurs pairs sur les questions autochtones, ainsi qu’un projetvidéo dirigé par des jeunes. Celui-ci concernait l’histoire des pensionnats et la connaissance, ou le manque de connaissance, des jeunes de cette histoire, ainsi que la situation contemporaine des peuples autochtones au Canada.

    Comme l’a dit un lycéen d’Edmonton qui a participé à l’un des événements de l’ICTJ, « Nous sommes la prochaine génération. Dans dix ans, nous serons les adultes - les avocats, les premiers ministres. Nous devons nous informer lorsque nous sommes jeunes, et quand nous serons plus âgés, nous pourrons faire en sorte que cela ne se produise plus ».

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  • CANADA : « Les peuples autochtones les plus marginalisés subissent de sévères violations de leurs droits humains »

    Melanie OmenihoCIVICUS parle des droits des peuples autochtones au Canada avec Melanie Omeniho, présidente de Les Femmes Michif Otipemisiwak/Femmes de la Nation Métisse (LFMO).

    Fondée en 1999 et constituée en société en 2010, LFMO est une organisation de la société civile qui défend les droits des peuples autochtones au Canada. Cela inclut notamment le droit à l’égalité de traitement, à la santé et au bien-être des femmes, et les droits des personnes de diverses identités de genre et des minorités sexuelles de la Nation Métisse.

    Quelle est la situation actuelle des peuples autochtones au Canada ?

    D’après notre expérience au LFMO, les personnes autochtones les plus marginalisées subissent d’importantes violations de leurs droits humains. Beaucoup d’entre elles tentent de surmonter des traumatismes et n’ont ni le temps, ni les ressources nécessaires pour faire face au racisme systémique responsable de la violation persistante de leurs droits.

    Par exemple, nous avons entendu de nombreuses expériences concernant les difficultés d’accès au système canadien de services d’assistance aux victimes. Dans certaines régions si une personne a déjà eu des démêlés avec le système de justice pénale, même des décennies auparavant, et que cela reste dans son casier judiciaire, elle peut ne pas être admissible à des services aux victimes. Cette politique a de graves répercussions sur les personnes autochtones qui sont victimes de crimes, y inclus d’agressions sexuelles, et représente une violation de leurs droits.

    Au LFMO, nous sommes très conscients de l’expérience du racisme anti-autochtone. Certains d’entre nous sommes attaqués sur la base de notre apparence ou de nos propos dans notre vie quotidienne. Ce qui nous concerne particulièrement est le manque de volonté de catégoriser comme des crimes de haine les attaques physiques contre les femmes autochtones.

    Nous encourageons un changement de politiques et de pratiques dans toutes les facettes du système de justice pénale, afin d’identifier les crimes de haine contre les personnes autochtones au lieu de les classer comme des agressions ordinaires. Pour créer un changement et tenir les agresseurs dûment responsables, nous devons faire en sorte que le racisme anti-autochtone soit reconnu comme un crime de haine.

    Comment la LMFO travaille-t-elle pour faire avancer les droits des peuples autochtones au Canada ?

    La LMFO est l’organisation nationale qui représente les femmes Métisses dans toute la mère patrie de la Nation Métisse. Les Métis sont l’un des trois peuples autochtones reconnus du Canada, avec les Premières Nations et les Inuits. Selon le recensement de 2016, près de 600 000 Canadiens s’identifient comme Métis.

    La LMFO défend l’égalité des femmes Métisses, des personnes bispirituelles et des personnes Métisses de diverses identités de genre dans toute la mère patrie de la Nation Métisse – notre mère patrie Métisse. Le terme « bispirituel » a été repris dans les années 1990 pour désigner les personnes autochtones LGBTQI+. Il correspond à un concept ancien dans les communautés autochtones qui désigne une personne qui incarne à la fois un esprit masculin et féminin.

    Le LFMO joue un rôle important dans l’amélioration de l’espace social, culturel, économique, environnemental et de leadership (rôles de dirigeance) occupé par les femmes Métisses et les minorités de genre. Notre mission primordiale est d’assurer l’égalité de traitement, la santé et le bien-être de tous les Métis, en mettant l’accent sur les femmes, les jeunes et les personnes bispirituelles et de genre diverse.

    Dans le cadre de notre plan stratégique, nous avons 10 objectifs : défendre les priorités et les besoins des femmes de la Nation Métisse, du Canada et du monde entier ; prendre soin de la terre et des eaux ; préserver le savoir traditionnel des femmes Métisses ; promouvoir la justice sociale et l’égalité ; créer des occasions pour les femmes Métisses de développer leurs compétences en leadership ; aider les Métis à mener une vie plus saine et soutenir des communautés saines et dynamiques ; veiller à ce que les perspectives et les priorités des femmes Métisses soient prises en compte dans les initiatives de développement économique, et qu’un soutien soit apporté à leur esprit d’entreprise ; favoriser des espaces d’apprentissage culturellement adéquats, dès la jeunesse et tout au long de la vie, afin d’améliorer les résultats éducationnels pour les enfants, les femmes et tous les apprenants Métis ; élaborer une stratégie de recherche d’informations spécifique aux Métis afin de produire des données désagrégées ; et bâtir une organisation forte, prospère, inclusive, responsable et transparente.

    Nous faisons partie d’un mouvement global de groupes de peuples autochtones du monde entier qui luttent et plaident collectivement pour être vus, entendus et reconnus. Plus nous prenons la parole, partageons nos histoires et luttons pour préserver nos traditions et nos cultures, plus nous aurons de chances d’obtenir la reconnaissance de nos droits et la création de politiques qui nous soutiennent et nous protègent.

    Comment le gouvernement devrait-il contribuer à l’avancement des droits des peuples autochtones du Canada ?

    Nous espérons qu’en transposant la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones dans son droit interne, le gouvernement mettra en œuvre des politiques visant à concrétiser les droits des peuples autochtones, et que les femmes autochtones participeront à ces conversations. C’est en vue de cet objectif que LFMO préconise une approche fondée sur le genre avec une optique intersectionnelle dans l’élaboration des politiques et la co-création de la législation.

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  • COP26 : « Les communautés marginalisées doivent être au cœur de l’action climatique »

    À la veille de la 26ème Conférence des parties des Nations unies sur le changement climatique (COP26), qui se tiendra à Glasgow, au Royaume-Uni, du 31 octobre au 12 novembre 2021, CIVICUS a interrogé des militants, des dirigeants et des experts de la société civile sur les défis environnementaux auxquels ils sont confrontés dans leur contexte, les actions qu’ils entreprennent pour y faire face et leurs attentes pour le sommet à venir.

    CIVICUS s’entretient avec Jessica Dercontée, co-organisatrice du Collectif contre le racisme environnemental (CAER), un groupe de la société civile au Danemark qui s’efforce d’introduire la question de la discrimination et de l’injustice raciale dans le débat danois sur le climat en attirant l’attention du public sur le racisme environnemental.

    Le militantisme et le travail universitaire de Jessica se concentrent sur la gouvernance climatique et explore les injustices sociales et climatiques profondément enracinées liées à la classe, au genre et à la race. Jessica est coordinatrice de projets de développement international à l’Union des étudiants danois et au Conseil danois de la jeunesse pour les réfugiés, et assistante de recherche au cabinet de conseil In Futurum.

    Jessica Dercontee

    Quels sont les objectifs du CAER ?

    Nous sommes un collectif de femmes et de personnes de couleur non binaires travaillant à la croisée de l’environnementalisme, de l’antiracisme et de la justice climatique. Le CAER cherche à mobiliser et à amplifier les voix des personnes les plus touchées par le racisme environnemental, y compris les Noirs, les autochtones et les personnes de couleur dans le Sud et le Nord du monde. Notre collectif a été formé pour apporter une visibilité et un regard critique sur les débats et les conceptualisations actuels, en mettant en évidence les effets différenciés de la crise climatique et environnementale.

    Quel est le principal problème climatique ou environnemental sur lequel vous travaillez ?

    Le CAER se concentre sur l’écologie politique et le néocolonialisme des débats danois sur l’environnement et le climat. Les principaux débats publics sur la crise climatique au Danemark se concentrent sur les effets néfastes de notre culture de consommation et de nos modes de vie sur les biosystèmes de la planète, et accordent moins d’attention aux personnes touchées par ces effets, et à l’éternel désir des grandes entreprises de faire des profits et de maximiser leurs bénéfices. Si nous sommes d’accord sur l’urgence de ces questions, notre collectif estime que le débat au Danemark doit aller au-delà de l’affirmation de la nécessité pour les gouvernements et les autres parties prenantes de trouver des solutions technologiques grandioses pour atténuer la crise climatique. Le débat public actuel est trop simpliste, apolitique et technique, axé sur la recherche de solutions vertes. 

    Le CAER met en lumière les différentes dynamiques de pouvoir qui caractérisent nos systèmes actuels, ainsi que la manière dont les pratiques et les modes de pensée actuels perpétuent le colonialisme et l’oppression mondiale, qui sont également fortement ancrés dans le capitalisme. Pour ce faire, nous organisons des ateliers, rédigeons des articles, diffusons des informations sur les médias sociaux et collaborons avec des personnes ou des groupes marginalisés dans le Sud. 

    Un exemple de notre façon d’apporter une perspective différente à la question de la transition verte est notre analyse de la manière dont les grandes entreprises danoises causent la dégradation de l’environnement et favorisent l’accaparement des terres dans le Sud du monde. La société danoise d’énergie éolienne Vestas fait actuellement l’objet d’une action en justice intentée par des communautés autochtones du Mexique, qui l’accusent d’avoir des répercussions négatives sur les moyens de subsistance des populations autochtones, et l’associent à de graves violations des droits humains à l’encontre de manifestants locaux et de militants de la société civile, qui ont fait l’objet d’actes d’intimidation et de menaces de mort pour avoir dénoncé ces abus. Les gouvernements des deux pays ont conclu des accords qui, selon eux, étaient mutuellement bénéfiques, car ils étaient censés apporter croissance et développement économiques au Mexique, tout en aidant le Danemark à rendre son économie plus verte. Cependant, les accaparements de terres qui ont suivi ont privé les communautés du Sud de leurs droits, perpétuant le cycle de la dépendance à l’aide et faisant ressurgir les formes néocoloniales de contrôle et d’exploitation des terres et des populations autochtones.

    Un autre exemple beaucoup plus proche du Danemark est le racisme environnemental qui imprègne les relations du Danemark avec le Groenland, ancienne colonie et actuelle nation du Commonwealth danois. En raison du contrôle exercé par le Danemark sur les ressources naturelles du Groenland, la population groenlandaise est exclue des décisions importantes concernant l’avenir de l’Arctique, ce qui peut être considéré comme ayant un impact racial majeur dans le domaine de la conservation, de la politique environnementale et du consumérisme.

    L’objectif principal du CAER a été de fournir un espace sûr pour les Noirs, les autochtones et les personnes de couleur, y compris les personnes homosexuelles et transsexuelles, qui souhaitent se mobiliser dans les espaces de l’environnementalisme et de l’antiracisme au Danemark. Le mouvement climatique danois est souvent perçu comme ayant été excluant et discriminatoire envers ces personnes. Nous espérons que le discours public danois ne se contentera pas d’utiliser et de présenter les communautés marginalisées comme des études de cas, mais qu’il les placera au centre de l’action climatique en tant que fournisseurs légitimes de solutions, et participants actifs à la prise de décision.

    Avez-vous été confronté à des réactions négatives face au travail que vous faites ?

    Nous avons rencontré un véritable enthousiasme de la part d’autres organisations et acteurs désireux de changer leurs structures organisationnelles et de les rendre plus inclusives et capables de trouver des solutions à la crise que nous traversons. Bien que nous n’ayons pas eu de réactions négatives directes en raison de notre travail ou de l’accent que nous mettons sur la race et la nature discriminatoire de la politique environnementale, il nous semble que la société n’est pas prête à faire face aux diverses réalités vécues par les gens sur le terrain, qui sont différentes du récit extrêmement homogénéisé de l’expérience danoise. Au Danemark, les lois et les politiques ont été considérées comme inclusives sur la base de l’image progressiste de notre modèle d’État-providence qui protège toutes les personnes. Ainsi, les institutions et les individus ont plus de mal à comprendre que leur propre position privilégiée repose sur l’exploitation et l’oppression d’autres groupes sociaux, non seulement dans le passé mais encore aujourd’hui.

    Quel lien entretenez-vous avec le mouvement international pour le climat ?

    Nous nous engageons dans le mouvement climatique international sur la base de notre objectif de décolonisation des structures de l’activisme climatique. Nous cherchons aussi activement à nous engager dans des partenariats, ce qui se reflète dans les exemples que nous sélectionnons comme la face visible de nos projets et les voix que nous cherchons à amplifier. Nous cherchons à redonner du pouvoir et à créer des espaces où les personnes marginalisées peuvent raconter leur propre histoire et apporter leurs connaissances et leurs solutions à la crise climatique. De plus, en construisant et en partageant des connaissances à partir d’une diversité de perspectives et avec la contribution d’autant de chercheurs du Sud que possible, nous cherchons à faire contrepoids à l’ethnocentrisme qui imprègne l’échange de connaissances dans la gouvernance climatique, l’action climatique et l’environnementalisme.

    Dans quelle mesure espérez-vous que la COP26 permettra de progresser sur les questions climatiques ?

    Au CAER, nous espérons que, même si le scénario actuel de la COP26 présente l’inconvénient important de manquer de représentation diversifiée, il y aura un espace pour l’expression des connaissances vitales du Sud de la planète, et pour l’engagement d’un ensemble diversifié de voix dans l’élaboration des politiques, afin que le prochain cycle d’objectifs soit aussi nuancé et intersectionnel que possible.

    Quel changement souhaiteriez-vous voir se produire pour contribuer à résoudre la crise climatique ?

    Nous espérons que, dans un avenir proche, notre mouvement contre le racisme environnemental se développera et que cela nous permettra de jeter des ponts entre le mouvement climatique dominant et le mouvement antiraciste danois, afin d’atténuer la crise climatique d’une manière beaucoup plus inclusive et ouverte à la diversité et à la pluralité des connaissances, en englobant différents secteurs et institutions au Danemark, ainsi que dans le reste du monde.

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  • COP26 : « Nous devons donner aux communautés et aux femmes les moyens de gérer les ressources climatiques »

    Nyangori OhenjoÀ la veille de la 26ème Conférence des Parties des Nations Unies sur le changement climatique (COP26), qui se tiendra à Glasgow, au Royaume-Uni, du 31 octobre au 12 novembre 2021, CIVICUS a interrogé des militants, des dirigeants et des experts de la société civile sur les défis environnementaux auxquels ils sont confrontés dans leur contexte, les actions qu’ils entreprennent pour y faire face et leurs attentes pour le sommet à venir.

    CIVICUS s’entretient avec Nyang’ori Ohenjo, directeur général du Minority Rights Development Centre (CEMIRIDE), une organisation de la société civile kenyane qui milite pour la reconnaissance des minorités et des peuples autochtones dans les processus politiques, juridiques et sociaux et s’efforce de donner aux communautés les moyens d’assurer des moyens de subsistance durables.

    Quel est le problème climatique dans votre pays qui est au centre de votre travail ?

    Nous nous concentrons sur l’aggravation des effets du changement climatique, notamment sur les groupes les plus vulnérables tels que les populations autochtones. Malgré un grand nombre de programmes climatiques, le Kenya n’atteint pas les objectifs souhaités. Par exemple, le nord du pays connaît une augmentation des sécheresses, avec les conséquences désastreuses habituelles, et le président a déjà déclaré catastrophe nationale la sécheresse de cette année.

    La principale difficulté réside dans le fait que les cadres politiques ne tiennent pas compte des circonstances des communautés autochtones, qui comprennent les communautés pastorales, les habitants des forêts et les communautés de pêcheurs. Cela rend ces communautés et leurs systèmes économiques vulnérables et ne fournit pas de solutions pour renforcer leur résilience. Les programmes et les politiques ignorent souvent les éléments culturels.

    Les éleveurs, par exemple, diversifient leurs troupeaux en termes de sexe, d’âge et d’espèces pour répartir les risques et maximiser les pâturages disponibles. La taille du troupeau est équilibrée avec la taille de la famille, et la composition du troupeau cherche à répondre aux besoins de la famille. Parfois, les troupeaux sont divisés comme une stratégie de survie, surtout en période de sécheresse, et pour permettre une utilisation innovante des ressources disponibles. Grâce à des systèmes de soutien mutuel, les éleveurs veillent les uns sur les autres afin de pouvoir se remettre rapidement des catastrophes. Chaque groupe pastoral a une façon différente de soutenir ses membres, par exemple en leur permettant de gagner de l’argent et de diversifier leurs moyens de subsistance. Cependant, l’aide alimentaire et les allocations sont devenues la norme politique en temps de crise, comme durant la sécheresse actuelle, ce qui n’a de sens économique pour personne, et surtout pas pour les communautés pastorales.

    Les 50 années d’une approche axée principalement sur l’aide alimentaire n’ont pas permis d’apporter une solution durable, d’où la nécessité d’un véritable changement de politique pour passer d’une réponse réactive aux catastrophes à une préparation proactive. Cela signifie qu’il faut disposer de ressources de base, y compris d’argent liquide si nécessaire, avant qu’une crise ne survienne, pour aider les communautés à traverser les périodes difficiles, tout en se concentrant sur les investissements et le développement à long terme afin d’accroître la résilience des communautés pour absorber les chocs futurs.

    Quel lien entretenez-vous avec le mouvement international pour le climat ?

    Nous établissons des liens par le biais de notre travail avec de nombreux réseaux mondiaux de la société civile, dont CIVICUS, et avec des organisations kenyanes de défense du développement, des organisations de base et des groupes réclamant une action en faveur du climat, ainsi qu’avec des institutions universitaires, des organes des Nations unies et des institutions régionales et internationales de défense des droits humains. L’objectif principal de ces liens est de faire en sorte que les voix des communautés autochtones du Kenya soient entendues au sein du mouvement de lutte contre le changement climatique et puissent influencer les discussions internationales.

    La participation des peuples autochtones au mouvement international pour le climat, et le fait que les peuples autochtones fassent partie d’une conversation qui, en tenant compte de la dimension de genre, reconnaît leurs droits et valorise leurs connaissances traditionnelles, ainsi que leurs pratiques innovantes en matière de résilience climatique, sont essentiels pour concevoir et mettre en œuvre des politiques et des actions climatiques efficaces.

    Au niveau national, par le biais de la Direction du changement climatique, un département du ministère kenyan de l’Environnement et des Forêts, et de la Plateforme multisectorielle pour une agriculture intelligente face au climat, le CEMIRIDE a été impliqué dans le processus d’établissement de la position du gouvernement kenyan pour la COP26 et au sein de la Plateforme des communautés locales et des peuples autochtones (Plateforme CLPA).

    Comment les communautés autochtones interagissent-elles avec le gouvernement kenyan ?

    L’initiative relative aux situations d’urgence liées à la sécheresse, qui prend fin en 2022, a permis d’élaborer une politique climatique, mais a peu progressé dans la résolution du problème de la sécheresse. Il existe également le Plan d’action national sur le changement climatique (2018-2022), qui prévoit la participation et l’inclusion effectives des communautés autochtones marginalisées, mais là encore, les progrès sont très limités pour ce qui est de garantir une participation structurée et significative de ces communautés à la mise en œuvre et au suivi du Plan d’action national.

    Le gouvernement met également en œuvre le projet Kenya Climate-Smart Agriculture, dont l’un des éléments clés est l’atténuation du changement climatique. Cependant, sa mise en œuvre manque de mécanismes structurés d’engagement avec les communautés autochtones, qui ont donc une présence et une capacité minimales pour contribuer à sa conception et à sa mise en œuvre.

     

    Dans quelle mesure espérez-vous que la COP26 fera des progrès sur ces questions et quelle est, selon vous, l’utilité de ces processus internationaux ?

    Les processus internationaux tels que la COP26 sont importants pour donner une visibilité aux peuples autochtones dans les négociations sur le changement climatique. S’il a fallu du temps aux gouvernements, et notamment à ceux d’Afrique, pour reconnaître le rôle des peuples autochtones et la nécessité de faire entendre leur voix à la table des décisions internationales sur le changement climatique, ils ont désormais compris que les peuples autochtones peuvent réellement influencer l’orientation de ces processus. Plus précisément, la Plateforme CLPA a été créée pour promouvoir l’échange d’expériences et de bonnes pratiques, renforcer les capacités de participation des parties prenantes à tous les processus liés à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, et exploiter les divers systèmes de connaissances et leurs innovations pour la conception et la mise en œuvre des politiques et actions climatiques.

    Le CEMIRIDE espère que la voix des peuples autochtones occupera le devant de la scène et que les gouvernements s’engageront à mettre en œuvre des solutions locales pour lesquelles ils seront tenus responsables, plutôt que de faire de grandes promesses mondiales qui ne sont jamais tenues et pour lesquelles personne ne leur demande de rendre des comptes. En particulier, nous attendons des gouvernements qu’ils s’engagent à soutenir et à faciliter la mise en œuvre d’un cadre national pour l’engagement des communautés autochtones dans l’action contre le changement climatique.

    Quel changement voudriez-vous voir - dans le monde ou dans votre communauté - qui aiderait à résoudre la crise climatique ?

    Nous voulons voir une réelle dévolution de pouvoir aux communautés, et en particulier aux femmes, dans la gestion des ressources climatiques. Les peuples autochtones sont des collectifs uniques, non seulement en raison des impacts que le changement climatique a sur eux, mais aussi en raison du rôle qu’ils jouent pour assurer le succès des mesures d’intervention, et des perspectives et expériences qu’ils apportent grâce à leurs connaissances autochtones et locales. Personne ne connaît mieux une communauté que les personnes qui y vivent et dépendent de ses ressources.

    Les communautés autochtones marginalisées ont depuis longtemps développé des connaissances et une expertise spécifique pour préserver et conserver les environnements naturels dont elles tirent leurs moyens de subsistance et autour desquels elles ont développé leurs systèmes et structures sociaux, culturels et religieux. Leur gestion directe des ressources climatiques leur permettra donc d’influencer positivement le développement, l’examen, l’adoption et la mise en œuvre des politiques et des réglementations concernant le changement climatique, en se concentrant spécifiquement sur l’amélioration de leur résilience face aux impacts du changement climatique.

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    Contactez le Minority Rights Development Centre via sonsite web et suivez@CEMIRIDE_KE sur Twitter. 

     

  • PEUPLES AUTOCHTONES : « Les Canadiens sont solidaires avec nous et veulent voir des changements »

    TeresaEdwardsCIVICUS s’entretient avec Teresa Edwards, directrice exécutive et conseillère juridique de la Fondation Legacy of Hope (LHF), sur les réactions aux preuves récentes d’atrocités commises à l’encontre des peuples autochtones du Canada dans le cadre du système des pensionnats du pays, et sur les efforts de la société civile pour obtenir vérité, justice et réparations. La LHF est une organisation caritative autochtone nationale à but non lucratif qui cherche à éduquer le public, à sensibiliser, à favoriser l’empathie et à inspirer l’action autour des questions d’inégalité, de racisme et de violations des droits humains commises contre les peuples autochtones du Canada.

     

    Qu’est-ce qui a changé pour les peuples autochtones du Canada depuis que les autorités ont commencé à reconnaître l’existence des tombes d’enfants dans les pensionnats ?

    En tant que peuples autochtones, nous avons toujours été informés de ces atrocités par les survivants, nos familles et nos communautés depuis des générations. Nous avons également soulevé ces questions auprès des autorités pendant des années, sans réponse ou presque.

    Depuis que les restes des enfants ont commencé à être déterrés en mai, et que les Canadiens s’en rendent compte grâce aux preuves ADN indéniables et irréfutables découvertes autour des écoles, nous avons reçu une vague de soutien que nous n’aurions jamais pu imaginer. Nous avons été contactés par des particuliers, des familles, des fondations, des élèves d’écoles primaires et secondaires, des syndicats d’enseignants et de nombreux autres syndicats, des petites, moyennes et grandes entreprises, des agents de police et des agents correctionnels, des paroissiens, et la liste est encore longue - tous demandant ce qu’ils pouvaient faire pour aider ou contribuer à la réconciliation d’une manière ou d’une autre.

    Le personnel de la Fondation Legacy of Hope travaille sans relâche depuis le mois de mai pour mener à bien nos projets, expositions et programmes habituels, tout en répondant aux milliers de demandes de renseignements que nous recevons chaque jour, et cela ne s’est pas arrêté. Nous avons embauché davantage de personnel et de travailleurs occasionnels afin de nous assurer que nous ne manquons pas une occasion de produire davantage de ressources éducatives, d’expositions, de programmes d’études, d’ateliers et d’autres opportunités d’engagement avec le public. C’est incroyablement encourageant de voir que les Canadiens ont tellement de cœur en prenant connaissance de la véritable histoire du Canada !

    Quelles actions les groupes de la société civile autochtone ont-ils entreprises pour mettre en avant les problèmes d’abus et d’exclusion, notamment à l’occasion de la fête du Canada et de la campagne électorale ?

    Depuis des décennies, les groupes autochtones tentent de sensibiliser l’opinion publique aux nombreuses injustices qui touchent l’ensemble de nos nations, ainsi qu’aux problèmes particuliers de chaque territoire, mais la plupart des médias grand public et des gouvernements ne s’y intéressent guère. Lorsque les histoires concernant les dépouilles des enfants ont fait le tour des médias sociaux et des petits médias, les grands médias ont commencé à couvrir davantage ce qui s’était passé. À chaque nouvelle découverte d’un nouveau lieu dans un pensionnat, de plus en plus de Canadiens ont commencé à poser des questions, à chercher des réponses et à tendre la main aux peuples autochtones du Canada. Face à la pression croissante, les Canadiens se sont tournés vers le gouvernement pour qu’il réagisse.

    Le 1er juillet, des centaines de milliers d’alliés canadiens ont marché avec les peuples autochtones à travers le Canada pour une journée de réflexion, envoyant au gouvernement le message que les Canadiens sont solidaires avec nous et veulent voir un changement.

    En ce qui concerne la campagne électorale, nous ne sommes pas une organisation politique, mais je peux dire que nous avons vu les droits des autochtones pris en compte par certains partis plus que par d’autres. Quel que soit le parti au pouvoir, nous sommes toujours prêts et désireux de travailler avec lui concernant les efforts de réconciliation.

    Quelle différence les récents actes de reconnaissance et d’excuses - tels que lesexcuses des évêques catholiques et la célébration de laJournée nationale de la vérité et de la réconciliation en septembre – ont-ils produit, et quelles mesures supplémentaires sont encore nécessaires ?

    Nous sommes encouragés par les excuses des évêques catholiques et leur engagement à collecter des fonds pour les ressources des survivants et des organisations qui les servent. Cependant, nous attendons avec impatience que le Pape vienne au Canada pour s’excuser également et s’engager à soutenir les efforts de réconciliation.

    Quels sont les principaux défis auxquels les peuples autochtones sont confrontés au Canada, et quels sont les obstacles à la réalisation des droits des peuples autochtones ?

    Il y en a plusieurs, et ils varient d’un océan à l’autre, mais de nombreux droits humains fondamentaux doivent être respectés : l’accès à l’eau potable dans toutes les communautés autochtones d’un pays aussi riche que le Canada, la nécessité d’un financement équitable de l’éducation des enfants autochtones, la nécessité d’un financement équitable des services médicaux pour les peuples autochtones, la possibilité de vivre sans violence ou sans crainte d’être tué simplement parce que vous êtes autochtone, la possibilité d’exercer les droits issus de traités, la lutte contre les taux élevés de pauvreté et l’accès au développement économique, pour n’en citer que quelques-uns.

    Nous avons connu sept générations de discrimination et d’injustice. J’espère qu’en travaillant avec les Canadiens, nous pourrons améliorer les choses pour les sept prochaines générations. Ainsi, lorsque nos descendants se pencheront sur les mesures que nous avons prises de notre vivant, ils verront que nous avons travaillé ensemble pour créer un avenir meilleur.

    Quelles actions sont nécessaires pour faire progresser les droits des peuples autochtones, et quel soutien est nécessaire pour permettre ces actions ?

    L’enseignement de l’histoire des peuples autochtones dans toutes les écoles, de la maternelle à la douzième année, d’une manière adaptée à l’âge des élèves, comme nous le faisons pour toutes les autres atrocités commises au cours de l’histoire, serait un moyen concret d’influencer les générations futures qui seront nos enseignants, nos médecins, nos politiciens, nos juges et nos décideurs, car cela aurait un impact considérable sur la manière dont les peuples autochtones seront traités à l’avenir. La Commission Vérité et Réconciliation a déjà présenté très clairement 94 appels à l’actionqui permettraient de faire progresser de manière significative les droits des peuples autochtones. Il ne nous reste plus qu’à continuer à les mettre en œuvre.

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