réponses de la société civile

 

  • ASIE : « Pendant la pandémie, le racisme envers les peuples autochtones s’est intensifié »

    CIVICUS s’entretient avec Gam Shimray, secrétaire général du Asian Indigenous Peoples Pact (AIPP) (Pacte asiatique des peuples autochtones), sur la situation des groupes autochtones en Asie pendant la pandémie de COVID-19. L’AIPP est une fédération régionale de mouvements de peuples autochtones d’Asie qui œuvre à la promotion et à la défense des droits humains des peuples autochtones, y compris des droits fonciers et culturels. En raison de leur position subordonnée et à l’écart de la culture et de la politique dominantes, lespeuples autochtones sont victimes de violations flagrantes des droits humains, de racisme systémique, de discrimination et d’expropriation. Étant donné que leurs droits à la terre, au territoire et aux ressources naturelles sont bafoués, de nombreuses communautés indigènes font partie des groupes les plus vulnérables et les plus défavorisés.

    Gam Shimray

    Quepouvez-vous nous dire sur le travail de l’AIPP ?

    Le travail de l’AIPP est guidé par notre conviction que les droits humains sont universels et que tous les peuples, y compris les peuples autochtones, ont un droit inhérent à l’autodétermination. Les droits à l’autodétermination et à l’autonomie gouvernementale sont une nécessité sociale pour assurer la continuité des processus sociaux et le développement personnel des autochtones.

    Bien que notre travail de plaidoyer ait une portée principalement régionale et mondiale, nous établissons, par l’intermédiaire de nos membres et de nos réseaux, des liens avec les processus développés au niveau des pays. L’AIPP consolide une position commune des organisations autochtones pour le plaidoyer à l’échelle mondiale et régionale. À cette fin, nous axons nos efforts sur le renforcement des capacités communautaires, la consolidation des mouvements indigènes et la mise au point d’un programme commun pour les campagnes collectives et les activités de plaidoyer au niveau national.

    L’AIPP s’efforce également de développer le leadership et de promouvoir le « leadership partagé » dans toute l’Asie, y compris parmi les femmes, les jeunes et les personnes handicapées.

    Quelle était la situation des peuples indigènes en Asie avant la pandémie de COVID-19 ?

    Avant la pandémie de COVID-19, la situation politique en Asie s’était dégradée, surtout ces dernières années. Dans de nombreux pays asiatiques, nous avons constaté une répression croissante de la société civile et une restriction de l’espace démocratique nécessaire au débat et à la formation de l’opinion publique. Certains intellectuels ont attribué cette tendance à l’existence de leaderships politiques de plus en plus détachés de la démocratie et des droits humains. 

    Les transitions des régimes autoritaires vers la démocratie qu’ont connues certains pays au cours des dernières décennies, comme les Philippines dans les années 1980, l’Indonésie à la fin des années 1990 et le Népal au début des années 2000, n’ont pas été menées à bien. D’autres pays, comme la Chine, le Laos et le Vietnam, ont des systèmes unipartites de jure, tandis que le Cambodge en a un de facto. Au Myanmar, l’armée a toujours une emprise sur le gouvernement, tandis que la grande tolérance dont la Thaïlande a traditionnellement fait preuve ne lui a pas encore permis de devenir un État démocratique moderne et stable. En outre, la montée du populisme constitue une menace sérieuse pour les démocraties. En Inde, qui est la plus grande démocratie du monde et probablement l’une des plus solides d’Asie, nous assistons sous le gouvernement populiste du Premier ministre Narendra Modi à des attaques continues contre chaque institution autonome, du système judiciaire à la banque centrale en passant par la presse indépendante.

    Il en résulte que, ces dernières années, la majorité des défenseurs des droits humains qui ont été tués sont des autochtones. Ils ont perdu la vie en défendant leurs droits, leurs maisons, leurs terres, leurs territoires et leurs ressources.

    Ces difficultés révèlent également des problèmes sous-jacents plus profonds de capacité politique et institutionnelle insuffisante pour relever efficacement les défis posés par la démocratie et les droits humains dans les pays asiatiques. Nous sommes confrontés à des questions morales et politiques qui exigent que nous évaluions sérieusement l’érosion des normes et des pratiques en matière de droits humains et l’amoindrissement de la capacité politique et institutionnelle à faire face aux défis sociaux et politiques du présent. La souffrance endurée par les personnes pauvres pendant la pandémie de COVID-19 en est la preuve.

    Quels défis ont dû relever les groupes et les militants autochtones pendant la pandémie ?

    Les problèmes et les défis varient en fonction de la situation de chaque pays. Néanmoins, l’un des principaux défis à relever est lié au fait que la plupart des gouvernements asiatiques ont imposé des quarantaines dans leur pays sans grande préparation, ce qui a entraîné le chaos. La situation était tout simplement presque ingérable et nous n’étions pas en mesure de répondre aux besoins des militants, des communautés et des travailleurs migrants.

    Les travailleurs migrants, les réfugiés et les apatrides ont le plus souffert. Ceux qui n’avaient pas de pièces d’identité rencontraient des difficultés à prouver leur citoyenneté, ce qui est pourtant indispensable à l’obtention d’une aide gouvernementale. La plupart des migrants et des réfugiés n’avaient pas les documents requis. Les erreurs d’enregistrement étaient également fréquentes et ceux qui ne figuraient pas sur le registre national ne pouvaient pas recevoir de document d’identité.

    Au cours de la pandémie, le racisme envers les peuples autochtones s’est intensifié, notamment en Inde, où les habitants du nord-est du pays ont été expulsés de leurs hôtels et des maisons qu’ils louaient, sans pouvoir acheter de la nourriture, se rendre sur les marchés ou utiliser les transports publics. Des personnes se sont fait cracher dessus et ont été arrêtées sans explication. Bon nombre d’entre elles, notamment des femmes, ont été battues sans raison apparente, et beaucoup d’Indiennes vivent constamment dans la peur.

    Dans certains pays, les gouvernements utilisent la situation actuelle comme alibi pour lancer des campagnes militaires, s’emparer de terres, autoriser des grands projets d’infrastructure, revenir sur des droits relatifs à la protection des autochtones et affaiblir les réglementations et les protections environnementales. De nombreux militants et membres de communautés dans des pays comme le Bangladesh, l’Inde, les Philippines et le Myanmar ont été tués ou emprisonnés sur des accusations forgées de toutes pièces. Les forces de police et de sécurité ont également empêché les dirigeants communautaires de mener des actions humanitaires et d’aider les communautés frappées par la famine.

    Ces évènements sont graves et nous ne pouvons pas y faire grand-chose, car les gens ne peuvent pas sortir pour manifester ou faire campagne, et accèdent difficilement à la justice. En Inde, les pétitions en ligne sont autorisées, et les affaires les plus urgentes sont encore examinées par les tribunaux par vidéoconférence, mais la plupart des communautés ne sont pas familiarisées avec des procédures aussi complexes et n’ont même pas accès à Internet de manière fiable.

    Comment l’AIPP et d’autres organisations de défense des droits des personnes autochtones ont-elles réagi à cette situation ?

    La première chose que nous avons faite a été de contacter nos membres et nos réseaux pour recueillir des informations sur le terrain. Nous avons également répondu à ceux qui nous ont contactés pour obtenir de l’aide. Nous avons en premier lieu fourni ou mobilisé de l’aide, notamment de la nourriture pour les personnes en situation critique dans différentes régions, par l’intermédiaire de nos membres et de nos réseaux. Nous avons également partagé des informations concernant les communautés indigènes, ce qui était indispensable étant donné qu’énormément de fausses informations circulaient, déclenchant des réactions de panique. Nous avons diffusé les appels à la solidarité pour encourager les réponses humanitaires et diffuser les bonnes pratiques que les communautés pourraient mettre en œuvre.

    La situation est compliquée car il ne s’agit pas seulement de faire face à la pandémie. Les communautés indigènes souffrent de nombreux problèmes sous-jacents. Nous tenions au moins à faire entendre nos protestations et à faire campagne par le biais des réseaux numériques.

    La pandémie de COVID-19 a mis en évidence de nombreux problèmes qui étaient jusque-là dissimulés, et soulève de nouveaux défis. Par conséquent, nous évaluons la situation et nous nous efforçons de prendre des mesures supplémentaires pour faire face aux effets à long terme de la pandémie. À cet égard, nous avons également créé un partenariat régional pour gérer la riposte à la COVID-19, lequel est en train de s’étendre. Notre rapport préliminaire d’évaluation à l’échelle régionale sera bientôt prêt, ce qui nous aidera à mieux planifier les prochaines étapes. Nous savons déjà que le renforcement des capacités des communautés sera essentiel à mesure que nous nous adaptons à « la nouvelle réalité ».

    De quel autre soutien les groupes indigènes auraient-ils besoin en ce moment ?

    Le soutien dont les communautés indigènes ont besoin est vraiment conséquent, car les répercussions de la pandémie continueront à se faire sentir à long terme. Toutefois, les principaux besoins sont les suivants.

    Premièrement, nous devons mettre en place des cellules d’intervention pour la COVID-19 dotées de fonds alloués à l’échelle locale et d’une équipe de correspondants désignés pour assurer la coordination avec les autorités provinciales ou étatiques et les organisations de la société civile, afin de faire le suivi des questions liées aux communautés indigènes et de leur apporter le soutien dont elles ont besoin. L’équipe d’intervention doit également se coordonner avec les autorités compétentes pour répondre aux besoins particuliers des femmes, des enfants, des personnes âgées et des personnes handicapées dans les communautés autochtones.

    Deuxièmement, nous devons veiller à ce que les autorités locales et provinciales reçoivent des conseils et des instructions appropriés concernant les mesures à prendre pour que les populations autochtones puissent faire face à la COVID-19 et respecter la quarantaine.

    Troisièmement, il est essentiel de sensibiliser le public et de garantir l’accès aux services de santé. Il est donc important de préparer des supports d’information adaptés à la communauté, qui expliquent clairement la nature de la maladie, les mesures de quarantaine et de confinement et les tests de dépistage, afin d’aider à dissiper les mythes autour du virus. Une coordination entre les agents des services de santé et les guérisseurs traditionnels est nécessaire pour garantir l’intégration des systèmes de connaissances indigènes dans les mécanismes d’intervention. Il faut encourager les stratégies de quarantaine localisées et séparées qui favorisent un environnement naturel et la participation de la communauté. Des centres de soins pour la COVID-19 gérés par des guérisseurs et des infirmiers communautaires peuvent également être préparés.

    Des unités sanitaires mobiles avec des guérisseurs traditionnels et des agents de santé devraient être déployées dans les zones reculées. Une attention particulière devrait être accordée aux zones où il y a plus de travailleurs migrants qui sont rentrés chez eux. L’accès au dépistage doit également être facilité et des installations doivent être prévues pour que ces personnes puissent être mises en quarantaine. L’accès aux services de santé doit également être assuré en cas d’urgence, y compris le transport. L’accès à l’eau à des fins d’hygiène et de consommation est un autre besoin essentiel qui doit être assuré.

    Il est également crucial de garantir la sécurité alimentaire, les niveaux de revenus et les moyens de subsistance économiques, étant donné les niveaux de malnutrition qui existent dans de nombreuses régions indigènes. Pendant les six prochains mois au moins, il sera absolument indispensable de distribuer des rations alimentaires nutritionnelles et gratuites de manière indiscriminée, indépendamment du statut migratoire des bénéficiaires de l’aide et du fait qu’ils aient une carte d’identité ou non.

    Enfin, il est urgent de renforcer les moyens de subsistance basés sur la production forestière non ligneuse, en concevant des mécanismes institutionnels efficaces pour la collecte, le stockage, l’approvisionnement et la vente. L’Asie est très dépendante de la production forestière non ligneuse. Un soutien financier et logistique devrait directement être apporté aux communautés pour leur permettre de générer une source de revenus durable. Les communautés vivant dans les zones protégées doivent avoir accès aux forêts à des fins de subsistance.

    Quels enseignements avez-vous tirés de la situation des peuples autochtones pendant la pandémie ?

    Pendant la pandémie, la situation était presque ingérable, et les mesures imposées par les gouvernements ont déclenché la violence de la police et des forces de sécurité. Des centaines de personnes pauvres sont mortes de faim, et celles qui se sont aventurées par désespoir en dehors de la zone de confinement ont été violemment agressées par la police.

    Les effets potentiels de la pandémie semblaient être très négatifs, et si nous n’avions pas fait confiance aux personnes et aux communautés, nos efforts auraient été beaucoup moins fructueux. Les opérations humanitaires se devaient d’être efficaces, et le fait d’avoir eu confiance en la capacité des bénévoles de chaque communauté à faire le travail a été la clé de notre succès, comme en Malaisie et en Thaïlande. Toutes les ressources que nous avons pu générer leur ont été transférées et ils ont rendu compte des actions et activités qu’ils menaient par téléphone ou par d’autres moyens à leur disposition.

    En outre, d’après ce que nous avons pu voir, de nombreuses communautés ont très bien réagi à la situation en instaurant des quarantaines dans les villages, en réglementant les visites, en mettant en quarantaine les rapatriés ou en appliquant de leur propre initiative des mesures de distanciation sociale, même avec peu d’informations ou de ressources appropriées. Il y avait des craintes, mais les communautés les ont surmontées et ont amélioré leurs ripostes à la pandémie. Les communautés n’ont pas seulement reçu une aide de notre part ou d’autres sources : certaines d’entre elles ont également fourni de la nourriture à d’autres communautés dans le besoin. La plupart de ces communautés ont travaillé avec nous dans le passé et ont pu gérer avec succès leurs systèmes de production alimentaire et leurs ressources naturelles. Elles ne s’inquiétaient pas des pénuries alimentaires ; au contraire, leurs dirigeants ont profité de cette occasion pour les sensibiliser à l’importance d’améliorer la production locale et la gestion durable des ressources. J’ai trouvé cela inspirant.

    Nous avons également été inspirés par des communautés qui se sont organisées et ont utilisé des méthodes de guérison et des médicaments locaux pour améliorer l’immunité et la résistance aux maladies, ou qui ont mis en place des systèmes d’échange de nourriture avec peu ou pas d’aide de l’État, lorsque les programmes de l’État ne fonctionnaient pas ou n’étaient pas accessibles pas à temps. Plus important encore, cela a démontré que la dévolution et l’autonomisation des communautés peuvent être plus efficaces pour faire face à une crise si les institutions autonomes locales reçoivent les ressources et le soutien nécessaires.

    Les ripostes spontanées des communautés sont venues presque naturellement, car il s’agit de communautés qui ont toujours été autonomes. À l’avenir, en faisant confiance à la population et en donnant des moyens aux communautés, l’État sera en mesure de faire face plus efficacement à toute crise de santé publique et à ses répercussions à long terme. 

    Contactez leAsia Indigenous Peoples Pact via sonsite web ou son profilFacebook, et suivez@aippnet sur Twitter.

     

  • JAPON : « La vulnérabilité des sans-abri est le résultat de l’exclusion, une réalité ancrée dans la société contemporaine »

    CIVICUS s’entretient avec Tsubasa Yuki, duCentre de soutien à la vie indépendante de Moyai, sur la situation des personnes sans domicile pendant la pandémie de COVID-19 au Japon. Fondé en 2001, le Centre Moyai soutient les sans-abri en créant un espace communautaire et en fournissant des conseils et des garanties de loyer pour ceux qui cherchent un logement.

    Au Japon, il est illégal de faire la manche dans la rue et les sans-abri suscitent peu de sympathie, car ils sont souvent considérés comme des personnes fuyant les dettes qu’ils ont contractées en jouant à des jeux de hasard. À Tokyo, les préparatifs des Jeux olympiques, initialement prévus pour 2020 mais désormais reportés à 2021, ont entraîné le démantèlement de tentes pour sans-abri situées près des gares et des parcs. Dans le contexte de la pandémie de COVID-19, le Centre Moyai a lancé une pétition en ligne pour demander aux organisateurs des Jeux olympiques de Tokyo et au gouvernement de la ville l’autorisation d’utiliser le village olympique comme refuge pour les sans-abri.

    Tsubasa Yuki

    Pouvez-vous nous parler du travail du Centre de soutien à la vie indépendante de Moyai ?

    Nous avons trois types de programmes d’aide aux personnes sans domicile, dont la plupart ne leur sont pas exclusivement destinés. Premièrement, nous avons un service de conseil, nommé Seikatsu-Soudan. Chaque mardi, une vingtaine de personnes se rendent dans nos bureaux à la recherche d’un soutien immédiat. Dans de nombreux cas, il s’agit de personnes complètement démunies qui ont besoin d’une aide publique. Nous leur donnons alors des informations précises sur les services d’aide sociale et les aidons à préparer leurs demandes d’aide.

    Deuxièmement, nous donnons des garanties de loyer aux sans-abri qui cherchent un logement. Après avoir demandé l’aide publique, ces personnes sont souvent envoyées dans des refuges, avant de commencer à chercher des appartements, et c’est là que nous intervenons. En tout, nous avons fourni des garanties de loyer à plus de 2 000 personnes. Récemment, cependant, les assurances émises par des sociétés privées sont devenues plus courantes. Nous recommandons donc aux personnes qui sollicitent notre aide d’utiliser ces assurances si elles le peuvent, et il arrive souvent que nos représentants laissent leur numéro de téléphone comme contact d’urgence lorsqu’elles font une demande d’assurance privée.

    Troisièmement, nous avons un espace communautaire. Bien souvent, même après avoir obtenu un logement, les personnes qui auparavant étaient sans-abri n’ont nulle part où aller lorsqu’elles veulent sortir. C’est pourquoi nous avons créé un café, le Café Komorebi, qui est ouvert tous les samedis. Il est géré par notre personnel et de nombreux bénévoles, parmi lesquels des anciens sans abri. Malheureusement, le café est actuellement fermé en raison de la pandémie de COVID-19.

    Quelle était la situation des sans-abri au Japon avant la pandémie ?

    Certaines tendances se dégagent. À Tokyo, et probablement dans d’autres villes japonaises, on compte au moins 1 000 personnes qui dorment dans la rue, dont la plupart sont des hommes relativement âgés, de 55 ans en moyenne. Elles survivent en combinant généralement plusieurs stratégies d’adaptation : elles trouvent des petits boulots ou d’autres occupations informelles, font les poubelles pour trouver de la nourriture ou mangent à la soupe populaire. Dans la capitale, le gouvernement métropolitain de Tokyo (GMT) dispose d’un programme d’emploi public dans le cadre duquel les personnes qui dorment dans la rue peuvent gagner un revenu mensuel en espèces de 20 000 yens (environ 190 dollars américains). Ces personnes sont pour la plupart des hommes seuls, mais beaucoup d’entre elles font partie d’une sorte de communauté dans laquelle elles partagent des informations utiles et, plus rarement, des opportunités d’emploi.

    Outre les personnes qui dorment dans la rue, au moins 4 000 autres passent la nuit dans des cybercafés et autres espaces clos. Beaucoup d’entre eux travaillent dans les secteurs les plus précaires, généralement en tant que personnel d’entretien ou de sécurité, ouvriers du bâtiment ou employés des transports. Même si leur situation semble plus sûre que celle des personnes qui dorment dans la rue, la vérité est tout autre : les cybercafés sont compartimentés et les isolent donc des autres, si bien qu’elles n’ont généralement pas de communauté d’appartenance.

    Quels défis particuliers doivent relever les sans-abri pendant la pandémie ?

    Le défi le plus évident résulte du fait que de nombreuses organisations confessionnelles et communautaires ainsi que d’autres groupes ont suspendu les soupes populaires par crainte de propager le virus. Une telle décision a nui à la capacité des personnes qui dorment dans la rue à se nourrir suffisamment et à obtenir les informations nécessaires sur le virus et les services publics à leur disposition.

    En outre, les services publics de l’emploi ont été supprimés en avril 2020. Par conséquent, les personnes qui dorment dans la rue ont perdu leur principale source de revenus. Les revenus en espèces provenant du secteur informel de l’économie, notamment de la collecte et du tri des déchets, ont diminué en raison des mesures de confinement.

    En avril, le GMT a demandé aux entreprises du secteur des services de suspendre leurs activités. Les cybercafés et autres établissements similaires ont également été priés de cesser leurs activités. Bien qu’elles ne soient pas légalement tenues de le faire, de nombreuses entreprises ont décidé d’appliquer ces mesures. Ainsi, les personnes qui dormaient dans les cybercafés ont perdu leur abri. Nombre d’entre elles ont également perdu leur emploi et leurs revenus en raison du déclin économique provoqué par les politiques de quarantaine.

    Comment le Centre Moyai et les autres organisations de la société civile (OSC) ont réagi à la situation ?

    De nombreuses OSC ont également dû suspendre leurs activités. Nous avons fermé notre café en avril 2020, mais dans le même temps, nous avons étendu notre service de conseil. Actuellement, en plus de poursuivre notre service de conseil du mardi avec l’aide d’une autre OSC, nommée Shinjuku Gohan Plus, nous avons créé une soupe populaire. Rien qu’en avril, nous avons distribué plus de 600 repas et conseillé plus de 150 personnes.

    En plus de fournir des services directement aux personnes dans le besoin, nous avons lancé une pétition pour être autorisés à utiliser le village olympique préparé pour les Jeux olympiques de Tokyo de 2021 comme abri pendant la pandémie de COVID-19. À ce jour, la pétition a recueilli plus de 50 000 signatures.

    Pendant la pandémie, le GMT a mis 2 000 chambres d’hôtel à la disposition des personnes qui avaient été chassées des cybercafés, dont plus de 800 personnes ont profité. Mais nous ignorons encore si cette politique sera prolongée au-delà de l’état d’urgence. Le village olympique pourrait potentiellement loger ces personnes dans le futur.

    En juillet et août 2020, il y aura des élections pour le GMT. Nous tentons de remédier à la pénurie d’abris décents pour les personnes sans domicile en plaçant cette question en tête de l’ordre du jour de la prochaine élection du gouverneur de Tokyo. Cette question est en lien avec les Jeux olympiques et la COVID-19 et retient donc l’attention de nombreuses personnes à Tokyo et ailleurs. Nous avons donc l’intention de soumettre une pétition et une lettre ouverte aux candidats à cette élection. Ils seront ensuite obligés d’exprimer leur opinion sur la question des sans-abri à Tokyo.

    Toutefois, nous avons conscience du fait que toutes ces solutions ne sont que temporaires. Les hôtels et le village olympique seraient au mieux des abris temporaires. La prochaine étape pour nous est d’aider les sans-abri à obtenir un logement, c’est-à-dire un appartement bien à eux. Il s’agit-là d’un défi, même pour ceux qui ont réussi à demander et à recevoir une aide publique. Nous essayons de les contacter et de les soutenir dans leur recherche d’appartement.

    Mais les OSC ne peuvent y parvenir seules. La transition de ces personnes des abris vers des appartements ne peut se faire avec succès qu’avec la collaboration de propriétaires et de gestionnaires consciencieux et volontaires. Le prochain objectif des OSC et des entités publiques doit donc être de gagner leur soutien.

    Quels enseignements avez-vous tirés jusqu’à présent de la pandémie de COVID-19 et de son incidence sur les sans-abri ?

    La situation actuelle a montré que les soupes populaires et autres activités bénévoles jouent un rôle essentiel en tant que centres d’information pour les personnes sans domicile, et surtout pour celles qui dorment dans la rue. Ces personnes ont peu d’accès aux informations essentielles sur la COVID-19 et sur les politiques et les services liés à la pandémie. Certaines se tiennent informées grâce à la radio ou aux journaux, mais les personnes qui dorment dans la rue n’y ont pas toujours accès. Par conséquent, les activités bénévoles représentent pratiquement la seule source d’informations fiables à laquelle bon nombre d’entre elles ont accès.

    En outre, s’il peut sembler évident que les sans-abri sont particulièrement vulnérables lors de catastrophes, il convient de noter que ces personnes, ainsi que celles qui occupent des emplois précaires, ont été les premières et les plus durement touchées par la pandémie. Les mesures de quarantaine sont peut-être les stratégies les plus efficaces contre la pandémie, mais elles impliquent que les gens disposent d’un logement sûr et d’une certaine somme d’argent mise de côté. Pour ceux qui ne disposent ni d’économies, ni d’un logement ou d’un emploi sûr, il est presque impossible de se conformer aux mesures. En outre, les sans-abri ne peuvent prétendre à aucune des formes d’indemnisation ou de revenu complémentaire temporaire dont bénéficient les autres personnes. La vulnérabilité des personnes sans domicile est le résultat de l’exclusion, qui est ancrée dans la société japonaise contemporaine.

    L’espace civique au Japon est classé comme « rétréci » par leCIVICUS Monitor.
    Contactez le Centre Moyai via sonsite web.

     

  • MALAISIE : « Les migrants sont parmi les premiers à être victimes de traitements injustes et de discriminations pendant la pandémie »

    Adrian PereiCIVICUS s’entretient avec Adrian Pereira, directeur exécutif de l’Initiative Nord-Sud (NSI par son sigle anglais), sur la situation des travailleurs migrants en Malaisie dans le contexte de la pandémie de COVID-19.

    La NSI contribue à renforcer les capacités de plaidoyer et de leadership des migrants, des réfugiés et des apatrides, qu’ils soient ou non en situation régulière, afin qu’ils puissent faire valoir leurs droits. Elle surveille également les violations en matière de travail et de migration commises par les autorités, les employeurs et les travailleurs locaux, en veillant à ce que les organisations de migrants soient reliées à un réseau de solidarité solide et soient en mesure de coopérer avec d’autres organisations de la société civile (OSC) et des syndicats.

    On estime qu’il y a entre trois et six millions detravailleurs migrants en Malaisie. Ces personnes sont souvent exploitées en raison de multiples facteurs combinés, à savoir des recruteurs et des employeurs sans scrupules, des politiques migratoires sévères, des chaînes d’approvisionnement non contrôlées, et la non-application des mesures de protection des travailleurs. En outre, leur passeport leur est confisqué, ils sont sous-payés (en violation aux lois sur le salaire minimum), vivent dans des conditions précaires, se voient infligés des amendes comme forme de punition, et paient des frais de recrutement et des dettes élevés aux agences de recrutement et aux employeurs. Ils doivent également faire face au travail forcé, à la traite des êtres humains et à des retenues sur leur salaire. Unrapport sur la capacité des migrants et des réfugiés à exercer leurs libertés civiques, produit par CIVICUS et le Solidarity Center en collaboration avec la NSI, a montré qu’en Malaisie, le droit aux libertés d’association, de réunion pacifique et d’expression de ces minorités vulnérables est sévèrement restreint.

    Quelle était la situation des travailleurs migrants en matière d’accès aux services de santé avant la pandémie ?

    En 2016, la Malaisie a supprimé les subventions qui permettaient aux travailleurs migrants d’accéder aux services de santé publique. Comme les migrants dépendent fortement des services médicaux publics, ce mouvement a entraîné une baisse de la qualité et de l’accessibilité des services de santé à leur détriment, qu’ils soient en situation régulière ou non, car le coût élevé des services de soins privés les dissuade généralement de chercher une alternative. Bien que les migrants, leurs employeurs et leurs agents paient chaque année des milliards de dollars malaisiens en prélèvements, taxes et autres types de frais, ils ne reçoivent pas en retour les soins de santé auxquels ils ont droit.

    Les personnes sans papiers ne peuvent accéder qu’aux soins de santé privés :  si elles tentent d’accéder aux soins de santé publics, les services d’immigration en seront informés et les arrêteront. Au fil des ans, les sans-papiers ont brutalement été réprimés par la police, les services de l’immigration et des douanes et le Corps des volontaires du peuple, les décourageant encore plus à chercher à se faire soigner.

    Il existe également un manque de compréhension au niveau culturel entre les professionnels de la santé et les migrants, ce qui leur complique encore plus l’accès à des services de santé appropriés. Les personnes employées comme domestiques, qui n’ont aucun jour de congé et sont enfermées entre quatre murs, ont encore plus de difficultés à y accéder.

    Un grand pas a été franchi en 2019 : les migrants en situation régulière ont été inclus dans le système national de sécurité sociale, ce qui leur garantit des indemnités plus élevées et de meilleurs soins de santé en cas d’accidents ou de maladies liés au travail. Mais lorsqu’il s’agit d’accidents et de blessures non liés au travail, les assureurs privés offrent une couverture minimale.

    Quels sont les autres défis auxquels les travailleurs migrants sont confrontés depuis la pandémie de COVID-19 ?

    De nombreux travailleurs migrants, notamment ceux qui sont sans papiers ou clandestins, ont perdu leur source de revenus. Par conséquent, ils ne peuvent pas payer la nourriture, le loyer ou les médicaments, sauf s’ils ont été testés positifs à la COVID-19, auquel cas leurs frais de quarantaine et de soins sont couverts par le gouvernement. Seuls les migrants qui fournissent des « services essentiels » approuvés par le gouvernement sont autorisés à travailler. Toutefois, leur sécurité dépend du respect des règles fixées par le gouvernement par les entreprises autorisées à opérer. Ces règles visent à protéger le travailleur contre le risque de contracter le virus, afin qu’il puisse continuer à travailler. Cependant, en règle générale, personne ne surveille la situation.

    Le gouvernement a annoncé le lancement d’un programme de relance économique qui a malheureusement exclu les travailleurs migrants. Il existe une subvention salariale pour les travailleurs afin que les entreprises ne soient pas obligées de licencier des employés, mais elle ne s’applique pas aux travailleurs migrants. Auparavant, les travailleurs migrants étaient également exclus du régime d’assurance des travailleurs relevant de l’agence nationale de sécurité sociale, qui offre un filet de sécurité aux travailleurs licenciés. Les ordres de contrôle des mouvements (OCM) imposés par le gouvernement pour restreindre les déplacements, qui sont entrés en vigueur le 18 mars, ont rendu beaucoup plus difficile pour les migrants de se déplacer pour accéder aux services de base, à la nourriture, aux services bancaires et autres biens ou services essentiels. Dans les zones des OCM élargies, les prestataires de services ne peuvent même pas entrer. Les secteurs informels de l’économie licencient et abandonnent ceux qui y travaillaient, notamment les sans-papiers et les réfugiés.

    Les employeurs obligent leurs employés migrants à démissionner ou à prendre un congé sans solde et profitent des OCM pour éviter de payer leurs employés. La NSI a reçu des rapports sur au moins deux cas de salaires impayés avant l’imposition des OCM. L’une de ces personnes n’avait pas été payée depuis décembre 2019, tandis que l’autre n’avait pas été payée depuis février 2020.

    La peur est également instillée par de faux messages et de la désinformation sur Internet, exposant ainsi les migrants à une réaction hostile de la part de la population malaisienne. Le gouvernement a promis de ne pas arrêter ou détenir les migrants qui se rendent au test de dépistage de la COVID-19. Cependant, les migrants ont encore très peur, et beaucoup ne se manifestent pas. Certains secteurs plus « agressifs » sur le plan économique font pression sur le gouvernement pour que ce dernier les autorise à reprendre leurs activités, afin que les travailleurs puissent retourner au travail. Ce cas de figure s’est produit, par exemple, dans le secteur de l’huile de palme dans l’État de Sabah.

    L’Union européenne (UE) expose également les travailleurs migrants et malaisiens au risque de travail forcé en demandant aux fabricants malaisiens d’équipements de protection individuelle (EPI) d’assurer la continuité de la production pendant la pandémie. L’UE a proposé des incitations fiscales aux entreprises malaisiennes qui fournissent des EPI. En outre, les petites et moyennes entreprises qui, pendant de nombreuses années, ont embauché des travailleurs sans papiers, abandonnent aujourd’hui leurs employés, sous prétexte qu’ils manquent d’argent.

    Comment la NSI et d’autres OSC ont-ils réagi à cette situation ?

    Nous formons des leaders migrants afin de garantir que leurs communautés aient accès aux réseaux qui fournissent des services et puissent partager des informations précises sur les besoins existants avec ceux qui fournissent ces services. Certains réseaux publics, tels que le groupe Care Mongering Malaysia, offrent à la population malaisienne une plateforme pour aider les migrants et les réfugiés dans le besoin. Il s’agit d’une plateforme en ligne qui met en relation ceux qui ont besoin d’aide et ceux qui peuvent payer pour ce service. Les temples sikhs offrent également de la nourriture et des paniers-repas.

    D’autres OSC travaillent d’arrache-pied sur le terrain pour distribuer de la nourriture : BRESH 1.0, Beyond Borders, Dapur Jalanan, Engage, Geutanyoe Foundation, HOPE, Liga Rakyat Demokratik, Malaysian Trades Union Congress, Our Journey, The Patani, Refuge for the Refugees, Tenaganitaet d’autres organisations communautaires de réfugiés et de migrants. Les travailleurs migrants peuvent les appeler lorsqu’ils ont besoin d’aide pour obtenir de la nourriture.

    Nous formons un réseau pour assurer la fourniture de services à long terme, car nous pensons que la situation va perdurer pendant de nombreux mois. De nombreux travailleurs migrants vont rester en Malaisie et ont besoin d’aide, c’est pourquoi nous développons une chaîne d’approvisionnement pour les soutenir.

    Nous veillons à ce que les migrants reçoivent des informations correctes de la part d’agences mondiales telles que l’Organisation internationale pour les migrations, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et l’Agence des Nations unies pour les réfugiés, ainsi que de différentes agences gouvernementales liées à la santé, au travail, à la sécurité et au bien-être. Nous fournissons, entre autres, des informations dans différentes langues avec des infographies sur les services de conseil et les questions de santé.

    Nous luttons également contre la désinformation liée aux travailleurs migrants et aux réfugiés. Il y a eu beaucoup de craintes parce qu’ils ont été accusés de propager le virus.

    D’autre part, nous encourageons les migrants à se faire soigner s’ils sont malades et nous surveillons les employeurs qui profitent de la situation actuelle et commettent des violations des droits du travail, notamment parce que les OCM ont en partie empêché les avocats de leur fournir une représentation et des conseils juridiques.

    D’autres OSC fournissent des conseils, distribuent de la nourriture, collectent des fonds, surveillent le trafic d’êtres humains, proposent des services en matière d’égalité des sexes et de maternité et répondent aux besoins des femmes.

    De quel type de soutien la société civile malaisienne a-t-elle besoin en ce moment ?

    Nous avons besoin d’argent pour répondre aux besoins des migrants, par exemple pour acheter de la nourriture, payer les factures et le loyer, et pour les rapatrier en toute sécurité lorsque les OCM seront révoquées. Nous sommes également à la recherche de possibilités de financement, car tant que les OCM restent en vigueur, nous ne pouvons pas organiser de réunions physiques et la plupart des campagnes de collecte de fonds sont basées sur ces réunions. Nous avons également besoin de services d’aide juridique pour les personnes qui sont injustement licenciées et détenues.

    Quelles leçons avez-vous tirées jusqu’à présent de la pandémie ?

    Nous avons constaté que le gouvernement a à peine consulté les OSC avant de mettre en œuvre des politiques, ce qui n’est pas conforme aux principes de bonne gouvernance. En outre, ceux qui violent les OCM sont excessivement punis, y compris ceux qui sont contraints de commettre de telles violations pour résoudre des problèmes liés à leur subsistance. En outre, l’approche de la migration de plus en plus axée sur la sécurité au fil des ans a entraîné des représailles contre les migrants, qui ont été marginalisés.

    Les migrants sont parmi les premiers à être victimes de traitements injustes et de discriminations pendant la pandémie, car ils sont exclus et ne disposent pas de réseaux de soutien solides. Un système capitaliste qui fonctionne sur la base de chaînes d’approvisionnement mondiales et d’énormes sociétés ne dispose pas d’un plan de gestion des risques approprié pour garantir la transparence et la reddition de comptes. En outre, les statistiques publiées par le gouvernement malaisien ne sont pas fiables, puisque ce dernier falsifie le nombre de personnes en situation de pauvreté. D’autre part, il n’a pas su faire face aux problèmes résultant du grand nombre de travailleurs sans papiers en raison de l’ingérence de ce l’on appelle l’« État profond ».

    Dans le cadre des OCM et des OCM élargies, les droits civiques des migrants ont été suspendus, ce qui a affaibli leur pouvoir de négociation pour obtenir des droits. La coopération entre les pays d’origine des migrants et la Malaisie a également été insuffisante pour garantir le rapatriement en toute sécurité de ceux qui souhaitent rentrer chez eux, ce qui entraîne des risques élevés d’infection pour tout le monde. Nous avons reçu des informations selon lesquelles, dans le cadre des OCM, les migrants et les réfugiés sont contraints d’utiliser des voies irrégulières pour rentrer chez eux. Les ambassades, quant à elles, se sont tournées vers les Malaisiens pour fournir une assistance à leurs citoyens.

    Contrairement à ce que je croyais, les OSC ne sont pas assez unies pour parvenir à dégager un consensus afin de résoudre efficacement les difficultés, car elles ont également eu du mal elles-mêmes à y faire face. Dans le même temps, certains Malaisiens qui avaient peut-être des préjugés envers les migrants ont agi avec compassion et se sont montrés solidaires envers eux en cette période de besoin. Comme nous le savons déjà, à long terme, les contributions économiques des migrants ont fini par profiter à tout le monde sauf aux migrants eux-mêmes.

    L’espace civique enMalaisieest classé comme « obstrué » par leCIVICUS Monitor.
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