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Le Cameroun a vu l'État imposer toute une série de restrictions aux droits fondamentaux de la société civile en 2017, notamment une fermeture d'Internet de quatre mois dans les régions anglophones du pays en réponse aux protestations contre la marginalisation de ces régions. CIVICUS parle avec Maximilienne Ngo Mbe, Directrice du Réseau des Défenseurs des Droits de l’Homme de l’Afrique Centrale (REDHAC). Créé en 2007, le REDHAC est un réseau d’activistes et d’organisations de la société civile d’Afrique centrale qui compte des membres dans huit pays de la région et se concentre principalement sur la protection des droits humains fondamentaux.

  1. Comment décririez-vous l'état actuel de la démocratie au Cameroun? La pratique de la démocratie dans le pays a-t-elle changé au cours des dernières années?

La démocratie est actuellement en recul au Cameroun malgré des nombreuses structures successivement mises en place par le gouvernement pour garantir la pratique démocratique. Tels sont les cas de l’Observatoire National des Élections (ONEL), une structure indépendante de supervision et contrôle du processus électoral créé en Décembre 2000; et ses successeurs l’ONEL1 et ELECAM (Elections Cameroun) de 2006. Tous les membres d’ELECAM sont des cadres du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), le parti au pouvoir, nommées par décret présidentiel et financés par le gouvernement. En conséquence, son impartialité n’est pas garantie.

Il y’a une décennie on observait que la pratique démocratique se mettait en place étant entendu que c’était un processus. Mais cela n’a été que de courte durée car en 2013 le président a déclaré la guerre à la secte terroriste Boko Haram qui sème la terreur à l’Extrême Nord du Cameroun. En conséquent, la démocratie a pris un coup dur, sous la forme d’une loi électorale qui ne favorise pas la transparence et l’alternance, qui n’est pas indépendante et qui limite la participation par les coûts exorbitants, alors que le salaire minimum est de 25000 francs; des lois restrictives des libertés fondamentales; de l’absence d’application des lois votées; et de l’établissement d’un État de non droit.

L'Etat du Cameroun reste répressif. Nous assistons chaque jour à la violation des libertés fondamentales, et en particulier de la liberté d'expression et de la liberté d'association. La prédominance du pouvoir exécutif sur les pouvoirs législatif et judiciaire reste constante. La pratique de la démocratie n'a véritablement pas changé au cours de ces dernières années, car nous avons toujours eu le même président depuis 35 ans. En plus de cela il y a l’absence véritable d'un vrai parti d'opposition car toute manifestation d'un parti autre que le parti au pouvoir est réprimée par le gouvernement.

  1. La société civile est-elle actuellement en mesure de contribuer à la gouvernance démocratique au Cameroun?

On peut répondre par oui et non: Oui, car elle reste la moins corrompue et la plus neutre parmi les autres forces (traditionnels, religieuses, élites, administratives); et non, parce qu’elle est déstructurée, amateur, sans financement.

  1. Comment les restrictions récentes à la liberté d'expression, telles que le blocage de l'accès à Internet, ont-elles affecté la société civile?

Les restrictions à la liberté d’expression sont devenues une règle au Cameroun, et incluent la censure, des menaces, des arrestations et détentions arbitraires, des intimidations, des cambriolages dans les locaux des OSC, des fermetures des medias, des impôts très élevés pour les patrons de télévision privés, et la mise en résidence surveillée. De novembre 2016, date à laquelle la crise a commencé dans le Nord-Ouest et le Sud-ouest du Cameroun, on a assisté à des restriction additionnelles: la coupure de la connexion internet pendant trois mois (janvier-avril 2017) et des perturbations de la communication et coupures dans les organisations de la société civile hors des deux régions où les activistes qui manifestait avaient été arrêtés. En conséquent, la société civile a été privée d’accès à l’information, de moyens pour diffuser et partager de l’information et pour s’organiser efficacement, et de la possibilité de recevoir des rapports pour poursuivre des activités, ce qui a produit des retards auprès des bailleurs et le ralentissement de la mise en œuvre des activités. En plus, la société civile a été affectée par l’interruption du soutien financier par des partenaires en raison de leurs délais dans la soumission des rapports narratifs.

  1. Comment la société civile y a-t-elle réagi?

La société civile a très mal appréhendé la coupure d’internet dans les régions du nord et du sud-ouest Cameroun suite à une décision du gouvernement. Du coup elle a mobilisé toutes ses forces et énergies afin de convoquer ce dernier à rétablir la connexion internet dans ces deux régions. Plusieurs organisations de la société civile d’autour le monde, et notamment les sociétés civiles camerounaises à l’instar du REDHAC, se sont démarquées par ses multiples communiqués de presse condamnant ce geste du gouvernement. Bien plus, le représentant spécial du Secrétaire général et chef du Bureau régional des Nations Unies pour l’Afrique centrale (UNOCA), François Louncény Fall, a décrit la décision du gouvernement comme ayant créé une «situation déplorable». Après d’énormes efforts et de multiples combats fournis par les organisations de la société civile, internet fut rétablit trois mois plus tard.

  1. Quel soutien ou solidarité la société civile internationale peut-elle vous offrir en ces temps?

Nous avons besoin de plusieurs formes de soutien. Premièrement, de soutien financier à moyen et à long terme et avec une certaine souplesse dans la soumission des projets et rapports, ainsi que des fonds d’urgence permanents capables de réduire les vulnérabilités des défenseurs en danger. Deuxièmement, on a besoin de soutien technique, sous la forme par exemple de l’approvisionnement de matériel sophistiqué de sécurité (cameras de surveillance, systèmes d’alarme, empreinte digital, cameras photo avec la capacité d’authentifier des photos et vidéos lors du monitoring et la soumission de rapports) et autres outils informatiques sécurisés. Finalement, on a besoin aussi des formations permanentes pour renforcer les capacités de la société civile en termes de sécurité numérique, physique et de gestion de leurs données informatiques; des formations relatives à la consolidation de la démocratie et l’état de droit et à l’implication au processus électoral et à la bonne gouvernance; des formations sur la surveillance et le signalement des violations des droits humains en toutes circonstances et en particulier dans les périodes de conflit ou de terrorisme; et des formations en plaidoyer national, régional et international.

·         L'espace civique au Cameroun est classé comme ‘répressif’ par le CIVICUS Monitor, indiquant de sérieuses restrictions aux libertés d'association, de réunion pacifique et d'expression.

 

 

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